Interview d’Amélie Goudjo

(handball)

Pour la 150ème interview sur notre site, nous somme allés à la rencontre d’Amélie Goudjo. Ancienne capitaine de l’équipe de France féminine de handball, elle est devenue vice-championne du monde en 2009 et en 2011. La joueuse d’Issy Paris Hand revient pour nous sur les grands moments de sa carrière.

Amélie, vous disputez actuellement les playoffs du Championnat de France ainsi que les demi-finales de la Coupe des Coupes avec votre club d’Issy Paris Hand. Etes-vous totalement satisfaite de la saison jusqu’à présent ?

L’objectif était de se qualifier pour les playoffs. Maintenant qu’on est qualifiées, c’est sûr qu’on aimerait accéder dans un premier temps aux demi-finales. Obtenir un titre était le deuxième objectif de la saison. Ça a été fait en février (victoire en Coupe de la Ligue, ndlr). C’était un gros plaisir parce que c’était en plus à domicile ! L’objectif inattendu était la Coupe d’Europe. Arriver jusqu’en demi-finales est une grosse performance. La saison est donc déjà bien pour nous au niveau de la réussite. Mais maintenant, on peut aller chercher d’autres choses et je pense qu’on serait déçues de ne pas être qualifiées pour la finale de la Coupe d’Europe et pour les demi-finales des playoffs.

Vous êtes qualifiées en demi-finales de la Coupe des Coupes. Remporter cette compétition n’a donc jamais été l’objectif principal ?

Non. La priorité était de se qualifier pour les playoffs du Championnat de France et la deuxième priorité était de remporter une Coupe. On s’est fait éliminer en Coupe de France mais on ne pouvait de toute façon pas jouer sur tous les tableaux. La Coupe d’Europe est vraiment un bonus. On prend beaucoup de plaisir à faire ces déplacements et à jouer contre des équipes étrangères. A titre personnel, c’est une satisfaction car n’étant plus en équipe de France, ça me fait quand même des matchs intéressants contre des nations différentes. Je ne m’étais jamais qualifiée jusqu’à ce niveau-là de la compétition puisque je n’avais jamais passé les huitièmes-de-finale.

Vous avez rejoint le club d’Issy Paris Hand en 2010 après deux saisons passées en Espagne, à Akaba Bera Bera. Quelles sont les raisons qui vous ont amenée à revenir en France et à Issy à ce moment-là ?

Avant d’aller en Espagne, je jouais déjà à Issy-les-Moulineaux. J’y avais disputé une saison et j’avais vraiment aimé le fonctionnement d’Arnaud (Arnaud Gandais, manager général, ndlr). A l’époque, le club n’était pas très stable mais j’ai cru dans le projet avec la venue de Jean-Marie Sifre à la présidence. En revenant en France, c’était le seul club où j’avais envie d’aller. En plus, j’aime bien la région parisienne. C’était l’idéal pour moi et je ne regrette pas. On a eu une année de transition car le club remontait de D2. L’année dernière était une belle saison et on a fini vice-championnes de France. Je suis contente de mon choix !

Vous avez participé à votre première grande compétition en équipe de France lors du Championnat du monde 2005, où la France a pris la douzième place. Racontez-nous un peu comment vous avez vécu cette compétition de l’intérieur ?

C’était un peu particulier ! Il y avait eu plusieurs départs et l’équipe avait été pas mal modifiée. Ça n’a pas vraiment pris sur cette compétition. Je me souviens de ma première impression : je me disais que j’allais faire un Mondial et j’étais super excitée et là, je regarde dans les tribunes et il y avait dix personnes ! Je me suis alors dit : « ah ouais, c’est un Mondial, ça ? » (rires)

Sinon, le niveau de jeu me mettait un peu les étoiles dans les yeux. J’étais quand même contente, même s’il n’y avait pas de super résultats ni une très bonne dynamique. Ça reste malgré tout un bon souvenir !

Avec l’équipe de France, vous êtes devenue deux fois de suite vice-championne du monde, en 2009 et 2011. De ces deux médailles d’argent, quelle est celle qui a été la plus dure à décrocher selon vous ?

La plus inattendue était forcément la première. Déjà, personne ne pensait qu’on allait se qualifier pour ce Mondial parce qu’on avait une qualification dure contre la Croatie. Là-bas, on était dans la poule de la mort. Personne n’y croyait. Et ça a été une expérience humainement incroyable. Quand on est arrivées, il n’y avait pas d’individualité très au-dessus. A l’époque, personne n’était connue au niveau international. Par contre, chacune a amené sa pierre à un moment de la compétition. Ça a été une vraie victoire collective et on l’a obtenu parce qu’on était solidaires. On a vécu une super compétition. C’était génial !

La deuxième fois, il fallait qu’on réussisse à confirmer notre statut avec une deuxième bonne performance. On avait été assez régulières sur les matchs d’avant avec beaucoup de victoires et on est arrivées en se disant qu’on voulait être championnes du monde. On a survolé le premier tour, sauf un match contre le Brésil. Par contre, on était déçues à la fin parce qu’on voulait vraiment le titre et  la deuxième place était décevante. J’avais le rôle de capitaine. J’étais quand même contente à ce moment-là.

C’étaient donc deux belles expériences qui étaient différentes. Ça reste deux belles médailles !

Quand on a été deux fois vice-championne du monde à la suite, quel est le sentiment qui prédomine avec un peu de recul : la joie d’avoir réussi deux très bonnes compétitions ou bien le regret d’avoir échoué de peu à devenir championne du monde ?

J’ai moins de regrets sur la première fois que sur la deuxième fois. Franchement, je pense qu’on était la meilleure équipe au Mondial 2011, sauf qu’on a manqué d’un peu de chance par rapport au parcours d’avant. On a perdu deux de nos joueuses majeures et ça faisait un peu beaucoup : Mariama Signaté à la fin du premier tour et Allison Pineau en demi-finales. Je pense qu’avec les deux, on l’aurait emporté… Mais bon, ça fait partie du jeu ! C’était un bon résultat compte tenu de cette situation avec les blessées, mais je reste déçue de ne pas être montée sur la première marche.

Vous avez été la capitaine de l’équipe de France entre 2010 et 2012. Avez-vous senti plus d’attentes sur vous sur le terrain du fait que vous étiez la capitaine ?

Dans une équipe, chacune a son rôle. Il y a des leaders sur le terrain et des leaders de groupe qui rassemblent les joueuses. Moi, j’avais un rôle plutôt rassembleur. J’avais de nombreuses actions en dehors du terrain notamment en ce qui concerne la communication dans le vestiaire. Dans les moments importants, j’étais là sur le terrain pour motiver et j’apportais mon savoir-faire et mon agressivité en défense, mais je pense qu’il y avait d’autres leaders sur le terrain.

Alors que vous étiez la capitaine de la sélection, vous n’avez pas été sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Londres en août dernier. Considérez-vous que cela a été le moment le plus dur de votre carrière ?

Oui. Ça a été un choc. Je n’avais pas du tout été préparée à l’annonce et ça a été un moment très difficile à vivre. Les Jeux Olympiques sont un rêve. Ça faisait des années et des années que j’y pensais et comme c’était ma dernière chance étant donné que j’ai 32 ans, c’était dur à encaisser. Mais après, j’ai eu d’autres belles opportunités, notamment de travailler avec beIN Sport et Sport+. J’ai aussi fait de belles choses avec l’association Hand’Elle. Ça m’a permis de travailler pas mal et de ne pas être qu’en sélection. Et puis, pour avoir échangé avec elles, vu le résultat difficile qu’elles ont vécu… (l’équipe de France a été éliminée dans les dernières secondes en quarts-de-finale des JO, ndlr)

Vous allez bientôt avoir 33 ans. Avez-vous décidé jusqu’à quand vous souhaitez poursuivre le handball et avez-vous déjà des idées de reconversion ?

Ma reconversion est entamée. Je souhaitais absolument travailler dans la politique de la ville. Par le biais de l’association qu’on a créée avec le club, ça me permet de rebondir et de commencer à mettre un pied dans ce milieu. C’est vraiment positif et c’est un bon tremplin. Ca me permet de faire la transition entre les deux et de connaître du monde dans le milieu. Concernant ma carrière, j’ai encore un an de contrat. Je ne vais pas faire d’annonce officielle, mais a priori ce sera alors la fin ! (sourires)

Merci beaucoup Amélie pour votre disponibilité et bonne chance pour la fin de saison !

Crédit photos : Sportissimo (photo 3)

La carrière d’Amélie Goudjo en quelques lignes :

Evoluant au poste de pivot, Amélie Goudjo débute sa carrière professionnelle dans les clubs de Toulon et de Fleury-les-Aubrais. En 2005, elle connaît sa première sélection en équipe de France. Elle dispute peu après le Championnat du monde en Russie, où la France termine 12e. Après un passage à Issy-les-Moulineaux, elle signe en 2008 à Akaba Bera Bera (en Espagne), où elle remporte la Coupe de la Reine.

De retour en équipe de France, elle décroche en 2009 la médaille d’argent au Championnat du monde disputé en Chine. Cette même année, elle remporte aussi les Jeux Méditerranéens. Entre 2010 et 2012, elle est désignée capitaine de la sélection. Après une 5e place au Championnat d’Europe 2010, elle devient une deuxième fois vice-championne du monde avec les Bleues en 2011 au Brésil.

Depuis 2010, elle évolue de nouveau au sein du club d’Issy Paris Hand. Vice-championne de France 2012, elle remporte en février 2013 la Coupe de la Ligue. Actuellement âgée de 32 ans, Amélie Goudjo tentera en cette fin de saison de remporter un nouveau titre avec le Championnat ou la Coupe des coupes.