Interview de Christophe Pacaud

(journaliste sportif)

Pour la cinquantième interview du site, interviewsport.fr a interrogé l’un des journalistes sportifs français les plus connus : il s’agit de Christophe Pacaud, qui anime depuis 2001 une émission de radio plusieurs fois par semaine sur RTL. Le présentateur d’« On refait le match » se livre avec spontanéité.

Christophe, vous êtes l’un des journalistes vedettes d’RTL. Pouvez-vous nous raconter les conditions de votre arrivée à cette radio, en 2001 ?

« 2001, c’est l’année où RTL a acheté le contrat avec l’équipe de France et est devenu partenaire des Bleus, donc ils voulaient une voix du foot et ils ont pris Eugène Saccomano. Ils voulaient aussi développer l’offre football (qui était alors juste le week-end) en offrant une disponibilité le soir à la radio, avec au départ des petits modules pour en créer plus tard une émission. Il fallait un commentateur pour faire ce genre de choses et donc le présentateur, c’était moi ! On a fait une émission de deux heures, puis trois heures au fil du temps. Ce sont Noël Couëdel, le patron, et Christian Ollivier qui m’ont contacté. »

Depuis 2001, vous animez une émission de football plusieurs fois par semaine, aujourd’hui appelée « On refait le match ». Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans l’animation de cette émission ?

« C’est un pur bonheur d’être sur la première radio de France et de pouvoir avoir une bande de joyeux journalistes et de joyeux consultants ! C’est toujours différent, avec des personnes aussi diverses et variées que Pierre Ménès, Thierry Roland, Marinette Pichon, l’arbitre Alain Sars, Jean-Claude Plessis… J’aime bien avoir des gens toujours différents avec des avis bien tranchés pour pouvoir faire avancer tous les dossiers du football. Cette semaine, on a par exemple parlé de la blessure de Gallas, de Quevilly qui va recevoir le Paris Saint-Germain, en passant par une belle opportunité pour les gens de voir un Raymond Domenech avec un autre visage quand il s’occupe d’une association : celle d’Eglantine Eméyé sur l’autisme. Donc on aborde tous les thèmes du football ! »

Chaque été, vous couvrez également le Tour de France en compagnie de Laurent Jalabert. Le cyclisme est-il votre deuxième passion ?

« Ma deuxième passion, c’est plutôt le ski, et je mettrais l’automobile en troisième. Mais pour moi, le Tour de France reste l’image de l’enfance, quand on y va avec son papa sur le bord des routes. C’est une épreuve mythique qu’on suit automatiquement tous les étés, et c’est vrai que je trouvais que le Tour de France était une opportunité extraordinaire, en plus avec Laurent Jalabert. J’avais pris un petit coup derrière la tête en 1998, quand je travaillais à l’époque pour RMC, et ça m’avait un peu cassé mon petit mythe. Et puis après, en travaillant avec Laurent Jalabert, qui est quand même quelqu’un qui a tout gagné, en côtoyant Richard Virenque, qui a eu des soucis, j’essaie de comprendre ces gens-là dans leurs difficultés d’exercer ce sport, qui n’est vraiment pas un sport facile. Et puis le Tour de France c’est magique, c’est une ambiance : si on occulte un peu le côté course, ces gens au bord des routes, rien que pour ça, c’est presque un cadeau de passer à travers tous ces villages de France ! C’est juste un pur bonheur ! »

En tant que journaliste sportif, quel est votre meilleur souvenir ?

« Mon meilleur souvenir, c’est le Tour de France 1989. C’était la dernière arrivée sur les Champs-Elysées avec un contre-la-montre, puisque maintenant on arrive en groupe avec un sprint final, et Greg Lemond a gagné le Tour de France de 9 secondes sur la dernière journée. J’ai fait 45 minutes d’antenne ce jour-là et le suspense était extraordinaire. Normalement, Laurent Fignon aurait dû gagner ce Tour, mais il avait une blessure à la selle et c’était terrible pour lui. Commenter la détresse de Laurent Fignon, et ce succès dans les derniers hectomètres pour une poussière de secondes de Lemond, c’était un moment vraiment fort. Entre la joie et la déprime, entre les larmes de douleur de Fignon et les larmes de bonheur de Lemond, c’était juste exceptionnel ! »

Avez-vous une anecdote particulière qui vous serait arrivée en pleine émission et qui vous vient à l’esprit ?

« Il y en a beaucoup. La dernière, c’est l’autre jour : j’ai reçu une journaliste russe et j’avais demandé une traduction à mes assistants. Et ils m’ont traduit des choses qui n’étaient pas les bonnes, du style « Merci d’être là avec nous pour la soirée », qui devenait « Est-ce que vous êtes seule ce soir ? ». Et quand on est en direct, sur une phrase comme ça, vous imaginez la réaction de la jeune fille ! Voilà, ce sont des petits trucs rigolos !

Dans des émissions en direct, comme nous sur trois heures d’émission, il arrive toujours quelque chose… L’autre fois, c’était Lizarazu qui a commencé à chanter la chanson « ça m’énerve » en plein milieu d’émission ! Lors de la prochaine émission, je ne sais pas ce qui va se passer, on n’est jamais à l’abri, d’autant plus que les gens qui sont avec moi essaient toujours de me surprendre. C’est assez incroyable et c’est pour ça que j’aime ce métier. En plus, en radio, on n’est pas filmé donc on peut faire plus de choses : on peut se balader, quand il y a quelqu’un qui sort une bêtise, on peut lui mettre une petite tape amicale sur l’épaule, on peut se taper dans la main… Il se passe des choses différentes ! Alors qu’en télé, on est un peu bloqué par la caméra ! »

Pouvez-vous nous décrire une journée type de travail ?

« Les journées types, c’est 24h/24, donc il n’y en a pas vraiment. Tout dépend quand même de ce qu’on a le soir dans l’émission. Les journées les plus tranquilles pour nous, c’est quand il y a un gros match. Il y a alors juste la pression d’être bon au moment de l’avant match et de l’après match, et du match pour ceux qui le commentent. Le plus dur par contre, c’est quand il y a une émission pleine où il n’y a pas de rencontre de football : il faut trouver des sujets pour être bon sur trois heures d’émission. Car c’est facile d’être bon sur une heure d’émission quand vous démarrez à 20 heures, mais après, pour relancer la machine à 22 heures, il faut une équipe bien soudée et avoir des idées.

La journée type, elle commence le matin : chacun dans le groupe lit au minimum L’Equipe, regarde un peu sur les sites à droite à gauche et on se fait un petit point le matin. Ensuite, on a généralement rendez-vous à 13 heures à la radio. Le plus important pour nous, c’est le café de 17 heures, où on voit s’il ne manque rien, et la répétition générale à 19 heures. Tout le monde doit être là à ces deux moments, c’est obligatoire. Il faut toujours se dire : qu’est-ce qui nous a manqué, qu’est-ce qu’on pourrait faire de mieux ? Et puis il peut se passer n’importe quoi : on peut être tranquille à 16 heures avec une émission qui est prête pour le soir, et puis je ne sais pas, Domenech qui claque la porte par exemple, et comme on est prêt, on est capable de pouvoir réagir. »

En parallèle de vos activités sur RTL, on peut aussi vous retrouver sur Direct 8, puisque vous y avez présenté « Direct Sport » et qu’il est question que vous y animiez bientôt une nouvelle émission. Est-ce une volonté de votre part de vous diversifier ?

« L’avantage, c’est que je pense que l’on peut faire de la presse écrite, de la radio, de la télévision et même de l’Internet, quand c’est dans le même domaine : c’est ce que je fais aujourd’hui. Je ne vais pas aller animer un colloque sur le rugby, quand Direct 8 me demande d’animer une émission sur le foot, c’est plus facile pour moi. Je fais un édito le lundi dans la presse écrite sur Direct Soir, par rapport à des anecdotes, des souvenirs, ou pour présenter un gros match qui va venir, et puis là je travaille maintenant pour la web TV de la Française des Jeux. Ca fait un bon complément à l’émission du vendredi soir qui s’appelle « On joue le match », où on s’est positionné par rapport à l’ouverture du marché des paris (qui, à mon avis, va être quelque chose qui va changer le commentaire et va révolutionner la radio à partir du mois de septembre). Et aujourd’hui, je reste dans mon domaine. Alors que j’étais plutôt pluridisciplinaire, j’ai choisi de me spécialiser dans la présentation d’émissions de football. J’aimerais faire du tous sports mais c’est trop compliqué et puis on a un gros service ici à RTL, donc j’essaie de rester à ma place et de faire du mieux possible. »

Pour finir, la Coupe du monde arrive à grand pas. Quelles sont les équipes que vous voyez briller en Afrique du Sud ?

« La logique voudrait que l’Espagne soit tout en haut. Le problème de l’Angleterre, c’est qu’on ne sait pas à quel niveau l’équipe va arriver s’il n’y a pas Rooney ou autres. J’ai quand même envie de mettre la France dans le dernier carré, avec le Brésil. Généralement, on met le pays organisateur mais là, je ne vois pas l’Afrique du Sud aller jusqu’au bout. Donc il y a la place pour un quatrième, que ce soit l’Argentine, les Pays-Bas que j’adore mais n’ils arrivent jamais. Je ne sais pas, il leur manque un truc.

Sur les quatre, je dirais donc l’Espagne, la France, le Brésil et le quatrième, c’est très compliqué car il y aura toujours une surprise comme la Turquie la dernière fois. Je ne vois pas la Grèce quand même ni l’Afrique du Sud mais ça peut être une équipe comme l’Allemagne ou l’Italie ! Il y a une part de chance. Par exemple, dans notre groupe, je pense que la France doit passer au pire deuxième par la force des choses. Je ne vois pas comment on peut se faire éliminer avant. Mais après, tout dépend du huitième de finale, de si l’Espagne se fait sortir en quarts par le Portugal qui fait un match incroyable… C’est difficile à dire, c’est pour ça qu’on aime le foot ! »

Merci beaucoup Christophe pour votre gentillesse !

Remerciements aussi à Wilfried Prevost pour son aide précieuse.

Crédit photos : Abacapress/RTL

La carrière de Christophe Pacaud en quelques lignes :

Après avoir travaillé pendant une quinzaine d’années à TMC puis surtout à RMC, où il a animé « RMC Sport », Christophe Pacaud rejoint la radio RTL en 2001. Il y anime « Radio Foot » du mardi au vendredi, le soir pendant deux heures. L’émission change ensuite de nom et s’appelle « RTL Foot » puis « On refait le match », émission que l’on peut écouter actuellement de 20 h à 23 h du mardi au jeudi, et dans laquelle il revisite toute l’actualité du foot avec sa « bande à Pacaud ». Le vendredi, il est encore sur les ondes de RTL avec « On joue le match » et chaque été, il couvre le Tour de France avec Laurent Jalabert.

En parallèle de la radio, Christophe Pacaud apparaît aussi à la télévision, sur TPS Star et l’Equipe TV, puis sur Direct 8, où il anime pendant plus d’un an « Direct Sport », arrêté en décembre 2009. Une nouvelle émission sur cette chaîne est actuellement en attente. Il écrit également un édito chaque lundi dans le journal Direct Soir et travaille pour la web TV de la Française des Jeux.