Interview de Joël Jeannot

(handisport)

Personnage incontournable du handisport, Joël Jeannot a même été le porte-drapeau de la délégation française lors des Jeux Paralympiques d’Athènes, en 2004. Ses deux titres de champion paralympique en athlétisme, sa nouvelle discipline (le handbike), l’évolution de sa situation de sportif handisport : autant de sujets qu’il traite dans cette interview.

Joël, vous avez remporté trois médailles en athlétisme aux Jeux Paralympiques depuis votre première participation, en 1996. Quelle est celle dont vous êtes le plus fier ?

« Forcément, on a envie de dire que c’est la première médaille d’or, aux Jeux de Sydney. C’était une médaille avec le relais 4×400 m. Mais je suis assez content parce que j’en ai aussi obtenu une en individuel, sur le 10 000 mètres à Athènes. J’ai donc envie de répondre que c’est celle-là car c’est vraiment le résultat du travail de l’athlète. Par équipe, c’est bien, mais quand on est capable de démontrer également la vraie performance personnelle, c’est une fierté supplémentaire. »

Lors des Jeux Paralympiques d’Athènes, en 2004, vous étiez le porte-drapeau de la délégation française. On imagine que cela a été une grande fierté, mais avez-vous du coup ressenti plus de pression sur vous pour vos compétitions lors de ces Jeux ?

« C’est sûr que c’est une grande fierté. En plus, j’étais à la fois porte-drapeau et capitaine, donc j’avais aussi un rôle auprès des autres athlètes : aller voir ceux qui sont dans la réussite comme ceux qui sont dans la déception. C’est vrai que c’est une activité à côté qui fait qu’on n’est pas à 100% dans sa préparation personnelle. Ca a peut-être joué sur quelques déceptions au niveau de certains de mes résultats. Mais je ne regrette pas dans la mesure où j’ai réussi à remporter une médaille d’or et une médaille d’argent et en même temps à vivre cette bonne expérience. J’espère juste que les athlètes aussi retiennent un bon souvenir de moi en tant que capitaine et porte-drapeau ! »

En 2003, vous avez remporté la médaille d’or sur 1500 m lors des Championnats du monde d’athlétisme, disputés à Paris. Cette course disputée devant un nombreux public au Stade de France n’a-t-elle pas été finalement la course la plus excitante de votre carrière ?

« Oui, tout à fait. Quand on est accidenté comme moi, on cherche à un moment donné ce qu’on pourrait faire pour redonner un sens à sa vie, pour trouver quelque chose qui vous remette un peu en connexion avec la vie et la société. Or, la cérémonie d’ouverture avait lieu le 23 août, et ça faisait treize ans jour pour jour que j’avais eu mon accident. Je me suis donc dit : « si je pouvais faire quelque chose de pas mal… ».

Et le 29 août, c’est-à-dire six jours après, il y a le 1500 m de démonstration : on a donné la chance aux handisports de montrer un peu ce qu’est notre sport. C’était une sélection des meilleurs mondiaux, puisqu’il y avait eu auparavant les séries et les demi-finales, et la finale se faisait lors de ces Championnats du monde. J’ai gagné la médaille d’or avec une superbe avance donc j’étais content. Mais surtout, j’ai trouvé très sympa que la médaille que j’ai reçue soit la même que celle des valides. »

Vous avez ensuite arrêté l’athlétisme pour vous lancer dans le handbike. Aviez-vous déjà pratiqué cette discipline auparavant ?

« Non, pas du tout. Mais bon, c’était un challenge ! J’avais déjà tout gagné en athlétisme. J’avais un peu l’impression de tourner en rond et je sentais ma motivation chuter : moins de concurrents, l’envie de faire autre chose… J’ai alors senti qu’il y avait une émulation du côté du handbike.

Ce qui me plaît aussi, c’est que j’ai rêvé de faire du vélo depuis tout petit, et ça correspond un peu à ce que j’ai toujours voulu faire. C’est pour cela que j’ai choisi cette discipline.

En 2007, je me lance dedans, et aux Championnats du monde de cette année, je remporte la médaille d’or et la médaille d’argent… Après mes titres de double champion de France en 2008, 2009 et 2010 (sur route et en contre-la-montre), je suis très content d’avoir un résultat au niveau international. Ca me conforte un peu dans mon objectif, qui est de réussir à Londres. »

Alors que vous étiez sélectionné en cyclisme pour les Jeux Paralympiques de Pékin de 2008, vous avez dû déclarer forfait. Est-ce le moment le plus dur de votre carrière à ce jour ?

« Oui. C’est la première fois que ça m’arrivait. J’étais sélectionné et je me suis blessé un mois avant d’aller aux Jeux. Je pense que ça aurait pu être évité, mais c’est comme ça et c’est de l’histoire ancienne pour moi. Sur le moment, ça m’a beaucoup embêté dans la mesure où les Jeux, ce n’est pas comme les Championnats du monde ou les Championnats de France : il faut attendre quatre ans, et quand on a déjà fait pas mal de Jeux, c’est long. Mais maintenant, je me suis reconnecté sur le projet de 2012 et j’espère aller jusqu’au bout et concrétiser par un bon résultat. »

Justement, vous parlez des Jeux Paralympiques de Londres de 2012. Quels y seront vos objectifs ?

« Je veux gagner la médaille d’or. Pas seulement sur la course en ligne : je veux essayer de remporter les deux médailles d’or. »

Votre passé en athlétisme peut-il selon vous être une clé pour l’emporter lors de ces Jeux Paralympiques de Londres ?

« Quand on a une expérience du haut niveau, on sait que l’approche des Jeux n’a rien à voir avec celle d’un championnat. Les athlètes sont deux fois plus motivés, il y a plus d’enjeux, la tension est beaucoup plus importante. Et c’est vrai qu’on peut passer à côté de certaines choses. Par exemple, mes premiers Jeux à Atlanta m’ont beaucoup servi pour après : je ne m’attendais pas du tout à un tel événement, et on est tellement envahi par ça qu’on perd un peu de ses moyens !

Ca me sert toujours. L’approche de la compétition est très importante. On peut perdre tous ses moyens et j’en connais pas mal pour qui c’est le cas. »

Depuis vos premiers Jeux en 1996, votre situation d’athlète handisport de haut niveau s’est-elle beaucoup améliorée ?

« J’ai pris des rides, j’ai pris un peu de gras, je suis moins costaud… (rires)

Oui, forcément. Quand je vois les nouveaux athlètes qui arrivent, on sent quand même qu’on est des précurseurs, comme il y en a aussi eu avant moi. Il y a eu des athlètes en France qui ont débuté sur du matériel peu évolué. J’ai pris la suite, d’autres la prendront après moi… Mais c’est vrai qu’on arrive désormais à une importante technologie. Maintenant, les coureurs n’ont plus qu’à monter dedans et profiter de la technologie à fond. Alors que nous, à notre époque, on était dans un matériel beaucoup plus ancien. Il fallait jouer un peu avec les limites pour pouvoir s’en sortir.

Ce que je ressens aussi, c’est tout doucement une certaine acceptation du grand public au handisport. Grâce à des interviews comme vous et à des gens qui s’intéressent à ce que l’on fait, on peut communiquer et faire comprendre aux autres qu’on ne choisit pas d’être handicapé. Quand ça vous arrive, c’est important de trouver un accueil, une acceptation de votre situation, et aussi un encouragement, un petit signe, un petit sourire… Quand on voit aussi tout ce qu’il y a comme projet d’accessibilité, c’est intéressant pour nous afin de rester autonome dans notre vie. »

Vous revenez des Championnats du monde disputés au Canada, où vous avez remporté deux médailles. Est-ce toujours une déception pour vous de voir que les médias ont peu parlé de vos très bons résultats ?

« Oui ! On peut aussi parler du fait que Sarkozy ait reçu certains athlètes et certains nageurs suite aux Championnats d’Europe, alors que je ne suis même pas sûr qu’il sache que les handisports sont allés disputer ces Championnats du monde.

Après, personnellement, je ne me fais pas de bile. J’espère juste que ça va évoluer et qu’il y aura une meilleure reconnaissance tout doucement. C’est sûr que je suis toujours un peu attristé du manque de médiatisation. On ne sait pas quoi faire pour que ça les intéresse un jour, mais c’est comme ça ! »

Merci beaucoup Joël d’avoir répondu à ces questions et bonne continuation !

Crédit photos : FFH (handisport.org)

La carrière de Joël Jeannot en quelques lignes :

Devenu handicapé suite à un accident du travail, Joël Jeannot commence l’athlétisme handisport et participe à ses premiers Jeux Paralympiques en 1996, à Atlanta. Quatre ans plus tard, lors des Jeux Paralympiques de Sydney, il remporte la médaille d’or avec le relais 4×400 m. En 2003, il remporte sur 1500 m la seule épreuve handisport des Championnats du monde de Paris.

En 2004, il est nommé porte-drapeau et capitaine de la délégation française aux Jeux Paralympiques d’Athènes. Il y gagne la médaille d’or du 10 000 m et la médaille d’argent du relais 4×400 m.

Multiple vainqueur du marathon de Paris, il décide après Athènes de se lancer dans le handbike. Il est sélectionné pour les Jeux Paralympiques de Pékin de 2008, mais doit déclarer forfait à cause d’une blessure. Après une médaille d’or et une d’argent lors des derniers Championnats du monde début septembre (sur le contre-la-montre et la course en ligne), Joël Jeannot vise désormais les Jeux de Londres 2012.

Pour en savoir plus sur Joël, visitez son site officiel : joel-jeannot.com