Ugo Didier a Ă©tĂ© l’un des grands acteurs des Jeux Paralympiques de Paris 2024 en remportant une mĂ©daille d’or et deux mĂ©dailles d’argent en natation. Il a Ă©galement Ă©tĂ© l’un des six athlètes Ă Ă©teindre la flamme lors de la cĂ©rĂ©monie de clĂ´ture. Entretien.

Ugo, tu as remporté la médaille d’argent du 400 m nage libre et la médaille de bronze du 200 m 4 nages aux Jeux Paralympiques de Tokyo en 2021. Quels souvenirs gardes-tu de ces premiers Jeux, disputés dans le contexte particulier de la pandémie du Covid-19 ?
Je ne garde pas forcĂ©ment un bon souvenir des Jeux de Tokyo. Certes, c’était ma première expĂ©rience Paralympique et il y avait beaucoup de dĂ©couvertes et de nouveautĂ©s. Je participais pour la première fois aux Jeux et je ne savais donc pas Ă quoi m’attendre. Mais d’une part, le contexte sanitaire si particulier a eu une grande incidence sur l’expĂ©rience, et d’autre part, je n’ai pas atteint mes objectifs sportifs. Je suis donc reparti de Tokyo avec beaucoup de dĂ©ception.
Aujourd’hui, avec le recul, je me dis que sans cette médaille d’argent et cette déception à Tokyo, je n’aurais jamais décroché l’or à Paris.
Ces deux médailles aux Jeux de Tokyo ont amené des attentes de médaille d’or pour les Jeux de Paris. Comment s’est passée ta préparation ?
Pour être honnête, la préparation ne s’est pas très bien passée et je me suis senti très mal. L’intention et l’exigence au quotidien mises avec mon entraîneur étaient tellement importantes que ça a été très dur de tenir toute l’année avant les Jeux. Toutes les compétitions de préparation étaient largement en-deçà des attentes sportives qu’on avait à ce moment de la saison. Concrètement, les temps étaient catastrophiques et je n’étais pas très bon à l’entraînement.
L’hiver 2023 en particulier a été très dur, à la fois sur le plan physique, mental et moral. Je me suis blessé en hiver, avec une tendinite à l’épaule, et cela a été très compliqué. Je me suis fait aider par une analyste vidéo et par une psycho-nutritionniste, qui a essayé de me donner plus d’énergie pour tenir les entraînements et notamment finir les semaines. Mais je ne me sentais toujours pas très bien.
L’avant-veille des Jeux, on a effectué un entraînement à l’INSEP avec mon entraîneur. Je ne me sentais toujours pas bien, ça ne répondait pas ! La veille des Jeux, j’ai commencé à ressentir quelques bonnes sensations. Et le jour des Jeux, je me suis senti parfaitement bien !
Ça s’est vraiment joué sur un laps de temps très court. Il fallait faire confiance à la planification de l’entraîneur. Ça n’a pas été simple, mais je suis content que ça se soit terminé comme ça !
« Plus la course avançait, plus je sentais que j’allais gagner »
As-tu effectué une préparation spécifique pour prendre en compte le fait que les Jeux se dérouleraient devant le public français ?
Oui, on a bien sĂ»r travaillĂ© sur le fait que ce seraient des Jeux Ă domicile. A certains entraĂ®nements, on a utilisĂ© des enceintes qui reproduisaient un bruit de foule afin d’essayer de me perturber et de reproduire un peu le contexte de Paris 2024. C’était très loin de l’atmosphère qu’il y a finalement eue Ă la piscine, mais ça m’a prĂ©parĂ© Ă ressentir cette pression.

Tu es devenu champion paralympique du 400 m nage libre lors de la première journée de compétition des Jeux de Paris. Peux-tu nous raconter comment tu as vécu cette course de l’intérieur ?
Cette journée était hors du temps. Les planètes étaient alignées. J’ai très bien dormi la veille. Tout s’est extrêmement bien passé avant la course. Aucun élément extérieur n’est venu me perturber. Je me suis senti serein par rapport ce que j’avais fait aux entraînements. Je savais que si j’étais capable de reproduire pendant la course les entraînements à forte intensité, ça irait !
La finale s’est très bien passée. J’ai eu la chance d’être à côté de mon adversaire principal et d’avoir le public français derrière moi. Aux 200 m, j’étais en cinquième position. Sur les 15 000 personnes présentes à La Défense Arena ce jour-là , il n’y en avait alors peut-être que deux qui croyaient encore au titre : mon entraîneur et moi. Comme je ne suis ni le plus grand ni le plus musclé, je ne pouvais pas me permettre d’être le plus rapide au début. Mais je me sentais bien. J’étais dans mon nombre de coups de bras. Je sentais que mes temps de passage étaient en phase avec ce que je devais faire. Plus la course avançait, plus je sentais que j’allais gagner. Ça a pris du temps, et j’ai réussi à gagner !
Tu as ensuite remporté deux médailles d’argent, sur le 100 m dos et le 200 m 4 nages. Avec l’émotion et les sollicitations liées à la médaille d’or, on imagine que ça a été difficile de préparer les autres épreuves ?
Comme je n’avais pas bien géré les médias à Tokyo, j’avais très bien anticipé le point pour les Jeux de Paris. Avec mon entraîneur et le staff de l’équipe de France, on avait imposé un cadre très strict. On avait dit que quoiqu’il se passe pendant le 400 m, j’accorderais le lendemain 1h45 de mon temps aux médias. Pas plus, pas moins. C’était prévu depuis longtemps dans mon emploi du temps. On avait aussi défini un certain temps pour le passage en zone mixte après le 400 m : à un moment donné, le manager devait venir me chercher pour me libérer. Ça a donc été très bien géré. J’ai beaucoup appris de mon expérience à Tokyo sur ce sujet.
Ton petit frère Lucas a également remporté une médaille d’argent aux Jeux Paralympiques, en tennis de table. Malgré le fait que vous évoluiez dans deux disciplines différentes, avez-vous pu profiter des Jeux ensemble ?
Je l’ai vu dès que je suis arrivé au Village. On a pu se retrouver à plusieurs moments, notamment avant la cérémonie d’ouverture et au self. En revanche, je n’ai pas pu aller voir ses compétitions car j’étais le premier à plonger sur le 400 m et le dernier à en sortir avec le relais. Entre les courses, mon programme était dédié à la récupération et aux entraînements. Mais lui a pu venir me voir sur le 200 m 4 nages. Il venait d’être éliminé en double et il avait un peu de temps avant de commencer son tableau en simple. C’était cool qu’il ait pu venir me voir avec la famille !
« C’était fort en termes d’émotions et de partage avec les cinq autres athlètes »
Lors de la cérémonie de clôture, tu as fait partie des six athlètes français ayant éteint la flamme. A quel moment as-tu appris que tu avais été désigné ?
Juste avant la cĂ©rĂ©monie de clĂ´ture, l’ensemble de l’équipe de France s’est rĂ©unie en bas du bâtiment « France ». Je n’avais pas pu participer Ă la cĂ©rĂ©monie d’ouverture et j’étais donc tout content d’aller faire la fĂŞte avec les copains pour cette cĂ©rĂ©monie de clĂ´ture. A ce moment-lĂ , vers 17h, l’ancienne directrice de la communication du CPSF (ComitĂ© Paralympique et Sportif Français, ndlr) est venue me voir et m’a pris Ă part. J’ai alors pensĂ© Ă toutes les bĂŞtises que j’avais pu faire et j’ai cru qu’elle allait me virer de l’équipe. Mais elle m’a expliquĂ© que Tony Estanguet m’avait choisi pour ĂŞtre l’un des six athlètes chargĂ©s d’Ă©teindre la flamme. La sĂ©quence devait avoir lieu vers 22h. Je l’ai donc appris juste quelques heures avant !
Environ trente minutes après le début de la cérémonie, nous, les six athlètes, avons été emmenés dans les recoins du Stade de France. C’est à ce moment-là qu’on nous a expliqué notre rôle. On a échangé pendant une heure de cette séquence qui ne devait durer que cinq minutes !

On imagine que ça a été un grand moment à vivre ?
Pendant la séquence, on ne voyait rien à cause des lumières. On n’a donc pas trop pu profiter avec le public. Mais on a profité entre nous. J’étais avec le joueur de cécifoot Frédéric Villeroux et je le guidais. A un moment donné, on nous a dit dans l’oreillette : « Ugo et Fred, ce serait bien que vous marchiez un peu plus vite car sinon on ne va pas être dans le timing ! ». C’était très précis côté timing !
Eteindre la flamme est un souvenir très chouette. C’était le dernier moment où on la voyait, Jeux Olympiques et Paralympiques confondus. C’était fort en termes d’émotions et de partage avec les cinq autres athlètes.
Comment as-tu vécu la période après les Jeux de Paris ?
J’ai eu la chance d’atteindre mon objectif sportif. A partir de là , l’après-Jeux s’est bien passé car j’étais bien dans ma tête. Je sais que l’après Jeux aurait été terrible moralement sans cette médaille d’or. J’ai eu la chance d’être bien accompagné. J’ai repris les cours trois jours après la cérémonie de clôture et ça m’a fait du bien de retourner à une vie un peu plus normale. On a eu plein de chouettes événements, de médiatisation et de valorisation du sport Paralympique français.
En septembre, tu as remporté trois médailles de bronze aux Championnats du monde de Singapour. Quel regard portes-tu sur cette performance un an après les Jeux ?
Il faut être honnête : je pense que j’ai pris une petite claque lors de ces Championnats du monde. Je suis persuadé que cette claque est étroitement liée à ma performance aux Jeux Paralympiques. J’ai atteint mon objectif à Paris avec ce titre et je suis revenu inconsciemment avec un peu moins de hargne aux entraînements que mes adversaires. Le bilan que je fais de cette saison, c’est que je manquais d’envie. Pour la saison 2025-2026, je sens que je suis reparti avec beaucoup plus de détermination que lors de la saison post-paralympique !
Merci beaucoup Ugo pour cette interview et bonne chance pour la suite de ta carrière !
La carrière d’Ugo Didier en quelques lignes :
NĂ© avec des pieds bots et une faiblesse dans les deux jambes, Ugo Didier Ă©volue dans la catĂ©gorie S9. Il participe Ă son premier Championnat du monde en 2009 et remporte l’or sur 100 m dos. Il complète son palmarès lors des Championnats d’Europe 2018 (or sur 100 m dos et argent sur 200 m 4 nages) et lors des Championnats d’Europe 2019 (argent sur 100 m dos et bronze sur 400 m nage libre)
En 2021, lors des Jeux Paralympiques de Tokyo, il remporte la mĂ©daille d’argent du 400 m nage libre et la mĂ©daille de bronze du 200 m 4 nages. Cette mĂŞme annĂ©e, il brille aussi aux Championnats d’Europe (or sur 200 m 4 nages et 400 m nage libre, argent sur 100 m nage libre et 100 m dos).
Lors des Jeux Paralympiques de Paris 2024, il devient champion Paralympique du 400 m nage libre et vice-champion Paralympique du 100 m dos ainsi que du 200 m 4 nages. En 2025, il remporte trois mĂ©dailles de bronze lors des Championnats du monde. Aujourd’hui âgĂ© de 24 ans, Ugo Didier vise les Jeux Paralympiques de Los Angeles 2028.
Participations aux Jeux Paralympiques de Tokyo 2020 et Paris 2024
Médaillé d’or aux Jeux Paralympiques de Paris 2024 (400 m nage libre catégorie S9)
Médaillé d’argent aux Jeux Paralympiques de Tokyo 2020 (400 m nage libre catégorie S9) et Paris 2024 (100 m dos catégorie S9 et 200 m 4 nages catégorie SM9)
Médaillé de bronze aux Jeux Paralympiques de Tokyo 2020 (200 m 4 nages catégorie SM9)





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