Interview d’Audrey Labeau

(plongeon)

Pour le tout premier article de ce site, je vous propose de découvrir Audrey Labeau, spécialiste française du plongeon à 10 mètres qui a participé aux derniers Jeux Olympiques de Pékin. Récente septième des championnats d’Europe à Turin, elle a eu la gentillesse de répondre à quelques questions.

Audrey, peux-tu tout d’abord nous présenter ta discipline, le plongeon ?

« Le plongeon est un sport acrobatique qui se fait au départ d’un tremplin à 1 ou 3 mètres et d’une plateforme à 10 mètres. L’arrivée se fait dans l’eau par la tête. Le but est de réaliser le plus de tours et de vrilles dans les airs tout en privilégiant l’esthetisme et la maîtrise du risque. Le plongeur doit pouvoir arriver dans l’eau sans faire d’éclaboussures, on appelle cela un « trou ». »

Comment le classement des différentes plongeuses est-il établi ?

« Les filles ont 5 plongeons différents à réaliser et à choisir dans les 6 catégories de plongeon :
– les plongeons en avant
– les plongeons en arrière
– les plongeons en renversé (le départ se fait face à l’eau et le plongeur tourne en arrière)
– les plongeons en retourné (le départ se fait dos à l’eau et le plongeur tourne en avant)
– les plongeons avec des vrilles
– les plongeons avec un départ en équilibre (uniquement en plateforme)

La plongeuse ne peut pas réaliser 2 plongeons dans la même catégorie. Les garçons ont quant à eux 6 plongeons différents à réaliser. Chaque plongeon a un coefficient de difficulté qui est inscrit dans une table des coefficients.

En compétition, chaque plongeur passe l’un après l’autre. Au coup de sifflet du juge arbitre, le plongeur peut commencer son plongeon, dès que le plongeur est arrivé dans l’eau, le juge arbitre donne un coup de sifflet et les juges doivent directement afficher leur note.

Le jury est composé de 7 juges qui donnent chacun une note allant de 0 à 10 (par ½ points). Pour calculer le total de points réalisé à chaque plongeon, on enlève les 2 notes les plus hautes ainsi que les 2 plus basses. On additionne les 3 notes restantes et on multiplie la somme trouvée par le coefficient de difficulté. Le total de point final est l’addition du total de chaque plongeon.

Le meilleur plongeur sera donc celui qui arrivera à concilier la difficulté et l’esthétisme. Le plus gros coefficient de difficulté est de 3,8 il s’agit d’un double et demi arrière avec 2 vrilles et demi. Les critères de jugement sont : la hauteur du plongeon, la vitesse de rotation, l’esthétisme (les pointes et les jambes tendues, serrées…), la distance du plongeur par rapport à l’extrémité du tremplin ou de la plateforme (ni trop loin, ni trop près) et la qualité de l’entrée à l’eau (sans éclaboussures). »

Après plusieurs années d’acrosport (aujourd’hui appelé « gymnastique acrobatique ») à haut niveau, pourquoi as-tu décidé de changer de discipline et de passer au plongeon ? Comment cela s’est-il passé ?

« J’ai fait de l’acrosport, j’étais voltigeuse en trio féminin. Il était décidé qu’une de mes porteuses arrête après les championnats du monde en novembre 2000 pour se consacrer à ses études. Durant un stage d’acrosport à Antibes en Juillet 2000, j’ai pu voir les plongeurs de l’équipe de France (dont mon entraîneur actuel Gilles Emtoz Lacote) s’entraîner en vue des Jeux Olympiques de Sydney. J’étais captivée par ce sport que je trouve beau et acrobatique. L’entraîneur de l’équipe de France de plongeon m’a alors proposé de venir essayer le plongeon à l’INSEP lorsque j’aurais arrêté l’acrosport. A partir de Mars 2001, j’ai commencé les entraînements de plongeon à raison d’une fois par semaine pour découvrir ce sport. J’ai tout de suite aimé et je suis rentrée à l’INSEP en tant qu’interne dès septembre 2001. »

Pourquoi as-tu choisi l’épreuve du 10 mètres, et non le 3 mètres par exemple ?

« Les départs à 3 mètres se font à partir d’un tremplin, il faut donc pouvoir appuyer le plus fort et le plus longtemps possible pour pouvoir repartir très haut. Je suis plutôt fine et pas assez puissante pour pouvoir réaliser des plongeons difficiles. J’ai tout de suite été dirigée vers le travail en plateforme où la vitesse est privilégiée. De plus, l’adrénaline que l’on peut ressentir à 10 mètres, le fait de surpasser sa peur et de réussir ses plongeons est une sensation unique. »

Peux-tu nous décrire une journée type d’entraînement ?

« On s’entraîne 2 fois par jour du lundi au vendredi, une fois le samedi et repos le dimanche. Depuis que la piscine de l’INSEP a brûlé, on s’entraîne une fois par jour dans l’eau et l’autre entraînement se fait à « sec », c’est-à-dire que l’on fait de la préparation physique, du trampoline, des exercices au sol… Le matin, je vais en cours de 8 heures à 9 heures, puis je vais m’entraîner jusqu’à midi. Je reprends les cours à 14 heures jusqu’à 16 heures, puis j’enchaîne avec l’entraînement jusqu’à 19 heures environ. »

Parle-nous un peu de ta participation aux JO de Pékin en août dernier. Quels souvenirs en gardes-tu ?

« Mon rêve était de participer aux Jeux Olympiques, c’est le plus beau souvenir de toute ma carrière. J’ai vécu quelques choses d’inoubliables, les JO de Pékin étaient réellement grandioses : le village olympique, la compétition dans le cube d’eau, rencontrer des sportifs, la cérémonie de clôture… »

Tu viens de décrocher ton billet pour les championnats du Monde à Rome… Quels objectifs te fixes-tu pour cette compétition ?

« Je voudrais pouvoir dépasser les 300 points aux championnats du Monde à Rome. Mon record actuel est de 295 points en compétition internationale. »

A plus long terme, vises-tu les Jeux de Londres en 2012 ?

« Ce que j’ai vécu durant les Jeux Olympiques de Pékin m’a donné envie de continuer jusqu’à Londres. Je me fais plaisir et le plongeon me fait vivre des moments exceptionnels. »

Merci beaucoup Audrey pour ta gentillesse et ta disponibilité ! Bonne chance pour la suite de ta carrière !

La carrière d’Audrey Labeau en quelques lignes :

D’abord membre de l’équipe de France de gymnastique acrobatique, au sein de laquelle elle dispute deux championnats du monde, Audrey Labeau décide en 2001/2002 de changer de discipline et se spécialise dans le plongeon, plateforme à 10 mètres.

Ses débuts sont encourageants : elle devient championne de France en 2005, puis vice championne de France en 2006, 2007 et 2008. Au niveau international, elle termine 12e des championnats d’Europe en 2006 et en 2008, et 24e et 16e aux championnats du monde de 2005 et 2007.

En août 2008, la native de Saint-Germain-en-Laye participe à ses premiers Jeux Olympiques, à Pékin. Elle termine 21e des éliminatoires, avec un total de 289,95 points. Récemment, en avril 2009, elle termine 7e de la finale de haut vol européen à Turin, et réalise les minima pour les championnats du monde de Rome, où nous aurons donc le plaisir de la retrouver en juillet prochain.

Aujourd’hui âgée de 24 ans, Audrey est licenciée au club VGA Saint-Maur et prépare le professorat de sport, afin de le passer l’année prochaine dans la filière haut niveau. A plus long terme, elle souhaite devenir entraîneur national.