Interview d’Olivier Magne

(rugby)

Olivier Magne fait partie des joueurs qui ont marqué l’histoire du rugby français. Lors de la Coupe du monde 1999, il a participé à la demi-finale de légende gagnée contre la Nouvelle-Zélande et a joué la finale. Il revient pour nous sur sa longue carrière marquée par deux participations à la Coupe du monde et par quatre Grands Chelems remportés.

Olivier, vous avez été un joueur emblématique de l’équipe de France entre 1997 et 2007. Avec le recul, quel est votre meilleur souvenir pendant ces dix années en équipe de France ?

C’est difficile de sortir un match en particulier. Si je devais en choisir un, ce serait la demi-finale contre la Nouvelle-Zélande (lors de la Coupe du monde 1999, ndlr). On avait fait un match incroyable qui est resté dans les mémoires. Mais plus qu’un match en particulier, je retiens surtout des périodes où on jouait plutôt bien avec l’équipe de France et où on prenait beaucoup de plaisir à se retrouver et à gagner des matchs. Ça a été notamment le cas lors des quatre Grands Chelems que j’ai pu remporter en 1997, 1998, 2002 et 2004. Je n’ai pas envie de choisir une période parce que toutes ont été plutôt sympathiques !

La Coupe du monde 1999 a été marquée par la victoire de la France en demi-finale contre la Nouvelle-Zélande. Presque 20 ans après, vous avez conscience d’avoir marqué les gens ?

Complètement ! C’est un match qui a dépassé le cadre du rugby. On reste un sport confidentiel, même si beaucoup de travail est fait pour qu’on en sorte, mais ce match a touché énormément de monde. Il y avait l’improbabilité pour l’équipe de France de gagner face à la meilleure équipe du monde, surtout dans une demi-finale. Et il y avait le match en lui-même, avec un scénario incroyable avec les Blacks qui menaient à la mi-temps et la France qui a ensuite retourné la situation. C’est un match qui reste aujourd’hui comme une référence dans l’histoire du rugby. Même les Anglo-saxons reconnaissent que c’est un des grands matchs de l’histoire du rugby !

Vous avez disputé en tant que titulaire la finale de la Coupe du monde en 1999. Quels souvenirs gardez-vous de ce match perdu contre l’Australie ?

La semaine qui a suivi la demi-finale était vraiment particulière. On ne s’attendait pas du tout à se retrouver dans cet engouement populaire et je pense qu’on a été dépassé par l’ampleur et le caractère de cette victoire en demi-finale. Ça ne nous a pas permis de nous concentrer face à une équipe qui avait très bien préparé sa Coupe du monde et qui a mérité son titre.

Sur le match en lui-même, je retiens que ça a été serré jusqu’au début de la deuxième période. Mais après, le travail de sape des Australiens a fait son effet et on a lâché prise. C’était un bras de fer gagné par les Australiens à l’usure. Au niveau mental, on avait été très secoué la semaine précédente et ça avait été difficile de se concentrer pour tenir 80 minutes face à l’une des meilleures équipes du monde.

Vous avez aussi disputé la Coupe du monde 2003, où la France a été éliminée en demi-finale par l’Angleterre. On imagine que c’est un match qui laisse de grands regrets ?

Oui, complètement. Cette Coupe du monde était différente. Lors de la précédente, en 1999, on avait fait des matchs de poule étriqués, on avait du mal à trouver nos marques et on ne produisait pas de très bon rugby. A l’inverse, en 2003, on a montré du très bon rugby jusqu’en quarts de finale, où on a mis 40 points aux Irlandais en première période. Tout nous réussissait. Mais je pense que cette équipe était faite pour se retrouver dans des conditions avec un ballon sec, du mouvement et de la vitesse. Malheureusement, les dieux du rugby étaient cette fois-ci avec les Anglais. La pluie les a bien aidés. En plus, ils avaient une conquête dominante et un Jonny Wilkinson qui manœuvrait à sa guise dans des conditions difficiles. Ces deux Coupes du monde ont été perdues contre les champions du monde. C’est la seule consolation qu’on peut avoir !

Malgré une dernière sélection en juin 2007, vous n’avez pas été sélectionné pour la Coupe du monde 2007 en France. Cela avait-il été difficile à digérer pour vous à l’époque ?

Oui. J’avais eu pas mal de soucis. J’étais parti aux London Irish et j’étais donc moins visible pour le sélectionneur que si j’étais resté dans le Championnat de France. J’avais fait de cette dernière Coupe du monde un objectif et je pense que j’aurais pu y trouver ma place avec mes qualités de joueur. L’idée de jouer une dernière fois avec l’équipe de France pour une Coupe du monde m’aurait permis de me concentrer sur une préparation de trois mois et je pense que j’aurais pu jouer cette Coupe du monde dans de bonnes conditions, même si j’étais plus près de la fin que du début. Ça reste un regret, car c’est toujours sympa de disputer une Coupe du monde en France et je pense que j’aurais pu aider cette équipe de France. C’est comme ça, ce sont des choix de sélectionneur ! Je ne garde que du positif de toutes ces années avec les Bleus et de toutes les belles victoires qu’on a eues.

Vous avez remporté quatre Grand Chelems dans votre carrière (1997, 1998, 2002 et 2004). Lequel de ces Grand Chelems a été le plus difficile à remporter selon vous ?

Peut-être celui de 2004. Il était dur parce que c’était celui d’après Coupe du monde. Cinq mois après, ce n’était pas évident de se remettre de la déception de la Coupe du monde, de se replonger dans le tournoi et de retrouver les Anglais. Mais on a su montrer que l’équipe de France était l’une des meilleures au monde et on a réussi ce Grand Chelem !

Vous avez arrêté votre carrière en 2007, et votre reconversion a notamment été orientée en tant qu’entraîneur et en tant que consultant. Aviez-vous pensé à cette reconversion quand vous étiez joueur ?

Je n’avais rien de défini sur ma reconversion. Mais depuis tout jeune, j’avais formalisé des idées sur le jeu. Très vite, j’ai su ce que je souhaitais en tant que joueur voir sur un terrain de rugby. Un bon joueur, c’est aussi quelqu’un qui dans l’âme se met à la place de l’entraîneur. C’est ce que je faisais. Le fait de passer entraîneur s’est fait lorsque j’ai signé à Brive pour ma dernière année de joueur. Finalement, je n’ai jamais joué et on m’a demandé d’entraîner. J’ai alors basculé sur le poste d’entraîneur. Après, j’ai bien évidemment passé tous mes diplômes. J’ai travaillé avec World Rugby pour former des éducateurs dans les pays émergents. Ça m’est tombé un peu dessus ! Mais quand on a de l’expérience, l’idée est de pouvoir transmettre et essayer d’apporter sa pierre à l’édifice du rugby français. Et le meilleur moyen de le faire, c’est de passer à l’entraînement.

Devenir consultant a aussi été une opportunité. Les télévisions s’intéressent de plus en plus à ce jeu et j’ai rencontré des journalistes qui m’ont proposé de commenter les matchs. Je suis toujours à la fois entraîneur et consultant.

L’équipe de France de rugby est dans une mauvaise passe au niveau des résultats. En tant que consultant et ancien joueur de l’équipe, avez-vous des pistes de réflexion pour que l’équipe de France retrouve sa place dans le top rugby mondial ?

Bien sûr. Il y a évidemment beaucoup de choses à revoir.

Au niveau de notre championnat, même s’il y a beaucoup de pression sur les épaules des clubs, il faudrait trouver un bon compromis pour que les équipes se lâchent au niveau du jeu et se tournent vers un rugby plus offensif. Il faudrait aussi essayer de protéger un peu notre championnat en réduisant plus le nombre d’étrangers, afin de laisser la place à de jeunes joueurs. Ces derniers pourraient ainsi avoir du temps de jeu et progresser.

Au niveau de l’équipe de France, il faut peut-être redéfinir le projet de jeu, avec des exigences différentes. On pourrait établir des critères de sélection qui permettent de prendre à la fois des joueurs athlétiques qui répondent au défi physique de ce niveau et à la fois de très bons joueurs de rugby qui savent lire des situations, comprendre ce qu’ils font et donner du sens à ce jeu.

Il y a aussi plein de choses qui touchent à la formation. Il faudrait que nos joueurs rentrent dans un système beaucoup plus élitiste, ce qui permettrait d’avoir des joueurs de 20-22 ans quasiment prêts à jouer au très haut niveau, ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui.

Merci beaucoup Olivier pour le temps consacré et bonne année 2019 !

La carrière d’Olivier Magne en quelques lignes :

Evoluant au poste de troisième ligne aile, Oliver Magne connaît sa première sélection en équipe de France en 1997, année où il remporte le Grand Chelem. L’année suivante, il gagne un nouveau Grand Chelem avec l’équipe de France et atteint la finale de la Coupe d’Europe avec son club de Brive.

En 1999, il est sélectionné pour la Coupe du monde. Après la victoire contre la Nouvelle-Zélande en demi-finale, l’équipe de France s’incline en finale contre l’Australie. Olivier Magne est titulaire lors de la finale. Il signe en 1999 dans le club de Clermont, au sein duquel il jouera jusqu’en 2005. Il remporte de nouveau le Grand Chelem en 2002.

Pour sa deuxième Coupe du monde, en 2003, il est éliminé avec la France en demi-finale par l’Angleterre. L’année suivante, il remporte son 4e Grand Chelem. Malgré une sélection en juin 2007, il n’est malheureusement pas sélectionné pour la Coupe du monde 2007. Olivier Magne est actuellement entraîneur de l’équipe de France des -20 ans et consultant pour Eurosport.