Interview de Sandie Clair

(cyclisme sur piste)

Il y a un an, Sandie Clair revenait des Jeux Olympiques de Londres avec une sixième place en vitesse par Ă©quipe. Vice-championne du monde du 500 m en 2011, elle sort d’une saison difficile marquĂ©e par plusieurs mois sans entraĂ®neur. Aujourd’hui, elle retrouve la motivation. Nous l’avons rencontrĂ©e Ă  l’INSEP lors d’un entraĂ®nement.

Sandie, tu as participé aux Jeux Olympiques de Londres il y a un an, terminant  sixième de la vitesse par équipe. Ce résultat correspondait-il à tes attentes ?

Non. On y était allées pour une médaille, ou en tout cas au moins une demi-finale. Faire sixième, ce n’était pas terrible. Personnellement, mon premier tour n’était pas très bon donc je n’ai pas pu emmener assez vite ma coéquipière pour qu’elle finisse encore plus rapidement que ce qu’elle a fait. Ce n’était donc pas bon au niveau du chrono. Ce n’est pas comme si on avait fait notre record et qu’on avait fini sixième. Pour moi, c’était un échec !

Etais-tu particulièrement stressée pour ta course, étant donné qu’il s’agissait des Jeux Olympiques ?

Je n’étais pas plus stressée que pour une autre course. On a une routine et  on s’échauffe de la même façon à chaque compétition. C’est plus tout ce qu’il y avait autour qui a joué. L’engouement médiatique était très fort et je ne pensais pas que cela serait à ce point. En cyclisme sur piste, il y a rarement autant de medias autour de nous et on n’était pas forcément préparés. Ça a été un peu dur à gérer.

Il s’agissait de tes premiers Jeux Olympiques. Qu’est-ce-qui t’a le plus marquée ?

Je pense que ce qui m’a le plus marquée est le fait qu’on n’était qu’une équipe de France, pas juste de cyclisme mais avec tous les sports réunis. Par exemple, quand je suis allée voir la finale du handball, on s’est tous réunis en bas de notre bâtiment et on est tous partis ensemble. C’était vraiment un moment fort.

Tu as pu faire la cérémonie d’ouverture et celle de clôture ?

Je n’ai pas fait la cérémonie d’ouverture. C’est la seule chose que je n’ai pas faite (rires) ! Mais j’ai fait la cérémonie de clôture ainsi que la soirée à Paris. C’était aussi marquant. On ne se connaissait pas forcément entre athlètes mais il n’y avait pas de barrières entre nous. On était tous contents de se voir, de fêter la fin des JO et d’être là tous ensemble.

Je n’ai pas fait la cérémonie d’ouverture parce que je courrais environ une semaine après et que les entraîneurs ont décidé qu’on n’y participe pas par rapport à la performance. Aux Jeux, on est avant tout là pour courir et gagner ! Après coup, vu les performances réalisées, je me dis que j’aurais peut-être pu la faire (rires) ! Par exemple, les Allemandes ont fait la cérémonie d’ouverture et ont gagné. C’est vrai que j’aurais aimé y participer. Je me dis que si je vais à Rio, et je compte y aller, j’essaierai de la faire si ce n’est pas trop près de ma course !

Depuis les JO de Londres, le cyclisme sur piste français a été marqué par de nombreux mois sans entraîneurs suite à la démission de Florian Rousseau et au départ de Benoît Vétu en Russie. On imagine que cela a été une période particulièrement difficile à vivre pour une athlète comme toi ?

Oui, c’est sûr ! En septembre, mon entraîneur Benoît Vétu est parti en Russie. Je me suis retrouvée sans entraîneur et toute seule puisque le Pôle France de Hyères a un peu éclaté. On n’a pas forcément eu de soutien de la Fédération, donc on a dû se débrouiller par nous-mêmes. Chacun a pris un chemin différent. Pendant deux mois, on était deux ou trois à s’entraîner, et j’étais parfois même seule.

J’ai pris la décision de monter à Paris pour retrouver une structure et un entraîneur. C’était un choix par rapport à la performance parce que je préférais forcément rester chez moi avec la structure d’Hyères. Mais je vis pour mon sport et ma priorité est de gagner, donc je suis montée à Paris.

Et là, deuxième coup dur. Après avoir travaillé pour arriver à un « petit niveau » qui m’a permis d’aller aux Championnats du monde, Florian Rousseau nous a appris qu’il partait. On est restés quatre mois sans entraîneur. S’entraîner tout seul n’est pas le top pour du haut niveau… La Fédération a mis beaucoup de temps à nous trouver un entraîneur. On est certes une année post-olympique, mais ce n’est pas pour ça qu’il faut se relâcher. Quatre ans, ça passe quand même assez vite. J’ai perdu une année par rapport à mes concurrentes étrangères.

Le nouvel entraîneur de l’équipe de France, le Néo-Zélandais Justin Grace, est arrivé en juin. Comment se passent ces premiers mois ?

Pour ne pas nous perturber dans notre entraînement et donc finalement mettre peut-être encore plus de temps à s’adapter, il préfère changer les entraînements petit à petit. Ça me plaît bien et il y a des choses que je retrouve dans ce que je faisais avant. Mais on était en période de compétition, donc il était plutôt là pour nous coacher que pour nous entraîner. On a ensuite eu un peu de repos et je pense qu’il va y avoir maintenant de plus en plus de changements. C’est quelqu’un de motivant et motivé. Je retrouve la motivation. Ça fait plaisir de venir à l’entraînement, de faire du sprint et d’avoir un œil extérieur sur des petits détails. Car ce sont des petits détails qui font le haut niveau !

Tu es devenue vice-championne du monde du 500 m en 2011. Est-ce le meilleur souvenir de ta carrière à ce jour ?

Non, pas du tout ! C’est la plus mauvaise médaille, je crois ! J’avais les capacités pour gagner. Il y avait pas mal de pression et il faut gérer ça quand on est une des favorites. Je perds pour 2 centièmes. Un 500 m, c’est deux tours, et j’étais en tête jusqu’à un tour et demi. Elle me reprend donc en gros dans la dernière ligne droite. Ça fait très, très mal, d’autant plus que j’aurais pu faire mieux. Plus les années passent et plus j’ai des regrets car c’était vraiment une année où j’aurais pu gagner. Mais la première a été plus forte à ce moment-là, c’est comme ça !

Le fait que cette discipline ne soit pas olympique t’incite-t-il à travailler désormais plus les autres disciplines comme le keirin et la vitesse ?

C’est vrai que le 500 m était olympique en 2004 et a été enlevé en 2008. C’est quand même ma discipline favorite. Mon palmarès est quasiment entièrement fondé sur le 500 m. Ce n’est pas olympique, mais c’est une épreuve qui me tient vraiment à cœur. Par rapport aux derniers JO, j’ai fait des concessions parce que j’avais envie d’aller aux Jeux par équipe mais aussi en individuel. Finalement, je ne me suis pas qualifiée en individuel. Pour les Jeux, j’ai privilégié la vitesse par équipe et j’ai un peu oublié le 500 m pendant un moment. Mais je continue à m’entraîner pour ça parce que même si ce n’est pas une discipline olympique, on ne peut pas cracher sur un titre de championne du monde.

En cyclisme sur piste, et notamment sur le 500 m, le départ est primordial. Raconte-nous un peu les minutes qui précèdent une course importante ?

J’ai toujours une routine d’échauffement. Quand j’arrive sur la fin de mon échauffement et que j’ai fini mes sprints, je me mets sur le rouleau avec la musique. La musique aide à gérer les émotions ou à les faire venir. J’en écoute pour me mettre vraiment bien dedans. A tant de temps avant mon départ, c’est tout bête mais je vais aux toilettes de façon à être tranquille sur la ligne de départ. Je prends des produits énergétiques également toujours au même moment. Je mets mes chaussures et mon casque toujours de la même façon. Je n’ai pas de grigris, mais tout doit être carré car je ne peux pas me permettre cinq  minutes avant ma course de me demander où est mon casque et s’il est en bon état. Il faut vraiment que tout soit prêt quand je me prépare !

Quels sont tes objectifs, à court et à plus long terme ?

A court terme, pour cette année, c’est vraiment de retrouver mon niveau. Ça a été un peu compliqué avec l’année qui vient de se passer et ça ne sert à rien de me donner l’objectif d’être championne du monde si je n’ai pas le niveau pour. Il s’agit de retrouver des sensations, d’être parmi les meilleures, d’aller sur les compétitions en ayant en tête de ramener une médaille et non pas en partant pour faire de la figuration comme j’ai pu le faire cette année. C’est mon objectif premier. Selon mon évolution, mes objectifs peuvent changer. Si je retrouve mon niveau assez rapidement, pourquoi pas viser une médaille ou un titre aux Championnats du monde ? Mais ça, je ne peux pas le dire maintenant.

Pour les prochaines années, je cours pour les médailles et surtout un titre. Le 500 m  me tient vraiment à cœur donc je vise au moins un titre dessus. Sinon, je veux progresser dans les autres disciplines et pourquoi pas y ramener des médailles. Après, il y aura les Jeux à Rio. Et si je vais à Rio, c’est vraiment pour ramener des médailles en équipe comme en individuel.

Merci beaucoup Sandie pour ta grande disponibilité et ta gentillesse ! En te souhaitant beaucoup de succès pour la suite !

Remerciements aussi Ă  Emmanuel F. G. pour son aide.

Crédits photos : Cyclisme Féminin (photo 1) et Bart Hazen (photos 2 et 3)

La carrière de Sandie Clair en quelques lignes :

Sandie Clair remporte en 2006 le titre de championne du monde junior du 500 m. C’est en 2008 qu’elle remporte sa première médaille internationale chez les seniors avec le bronze du 500 m.

En 2010, elle brille aux Championnats d’Europe, devenant championne d’Europe à la fois de la vitesse individuelle et de la vitesse par équipe (avec Clara Sanchez). Un an plus tard, elle est vice-championne du monde du 500 m ainsi que médaille de bronze du keirin aux Championnats d’Europe.

En 2012, elle est sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Londres en vitesse par équipe. Avec sa coéquipière Virginie Cueff, elle termine à la 6e place. Lors des Championnats d’Europe, elle prend le bronze en vitesse par équipe. Aujourd’hui âgée de 25 ans, Sandie Clair compte déjà sept titres de championne de France du 500 m, gagnant chaque année depuis 2007.

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