Interview de David Smetanine

(handisport)

David Smetanine a marqué les Jeux Paralympiques de Pékin l’année dernière, remportant deux médailles d’or et deux médailles d’argent en natation. Qui mieux que lui pouvait donc inaugurer cette nouvelle rubrique consacrée aux sportifs paralympiques sur le site interviewsport.fr ? Rencontre avec un sportif brillant et sympathique qui, comme tous les athlètes paralympiques, mérite plus de reconnaissance.

David, vous avez gagné quatre médailles en natation lors des Jeux Paralympiques de Pékin l’année dernière… Quelle est celle dont vous êtes le plus fier ?

« C’est une bonne question parce qu’on est fier de toutes, surtout quand c’est un titre, bien entendu ! Entre les quatre médailles, il y a deux médailles d’argent et deux médailles d’or. Alors je dirais peut-être la première médaille parce-que c’est mon premier titre paralympique, et aux Jeux quand on entend la Marseillaise, c’est fantastique. C’est une médaille sur le 100 mètres, une course où j’avais du mal avant, et puis c’est vraiment l’épreuve reine, comme dans le cas de mon copain Alain Bernard. J’en suis assez fier car en plus on a fait un doublé olympique/paralympique sur le 100 mètres, ce qui est historique pour la natation française. Et puis c’est aussi la première médaille de l’équipe de France paralympique, tous sports confondus. C’est la première médaille de la délégation française, une médaille d’or en plus, donc voilà pour toutes ces raisons j’en suis particulièrement fier ! »

Qu’est ce qui vous a marqué pendant ces Jeux Paralympiques de Pékin ?

« Pour préparer cette épreuve que j’attendais tant, le 100 mètres, il a fallu la veille que j’aille me coucher et que je n’assiste pas à la cérémonie d’ouverture. Ce n’était que mes deuxième Jeux et ce n’était pas facile de se dire que je n’allais pas à la cérémonie d’ouverture, quand on sait à quelle point sa dimension était grande… La dimension de la cérémonie des Jeux était incroyable, c’est quelque chose que personne n’arrivera à refaire, c’était tellement immense, avec tellement de gens, tellement d’organisation, c’était incroyable ! Ce qui m’a marqué avant tout en allant dans ce pays, c’est la dimension du pays. Autant d’un point de vue culturel, avec notamment la muraille de Chine sur laquelle on est allé se promener une journée, que pour les équipements : le stade, la piscine, le Watercube qui était vraiment fantastique avec quasiment 20 000 personnes. En comparaison avec Athènes, qui étaient mes premiers Jeux en 2004, j’ai envie de dire qu’il y a deux poids, deux mesures : c’est vraiment autre chose. »

Est-ce que ces succès sur les Jeux ont changé quelque chose pour vous dans et en dehors des bassins ?

« Dans les bassins, oui, en termes de crédibilité. On est beaucoup plus motivé, on prend de la confiance en soi et c’est important. Gagner deux titres, quatre médailles en tout sur la même olympiade, c’est fantastique. Au haut niveau, on est du coup un peu plus confiant que ne l’est le reste des nageurs. L’envie de continuer aussi, à l’occasion des entraînements qu’on a tous les jours. Quand on va à l’entraînement et qu’on a besoin de motivation parce-que c’est souvent très dur, ça aide. Les titres, ça va être dur de les garder, mais c’est fait pour. 80% du travail se fait à l’entraînement, après il y a 10% de forme, 10% de motivation, mais c’est un sport où on travaille très dur à l’entraînement. Donc se dire qu’on est numéro 1, ça donne envie de travailler encore plus dur pour le rester.

Après, en dehors des bassins, il y a une notoriété qui est inévitable et appréciable. Quand je croise des gens dans la rue souriant parce qu’ils me reconnaissent, me demandent un autographe, ça arrive souvent ! »

En quoi consiste votre handicap ?

« Comment le décrire… Au départ, j’ai une tétraplégie incomplète, c’est-à-dire deux fractures de la colonne vertébrale qui ont entrainé une compresse à la moelle épinière, à deux niveaux. Le premier au niveau des cervicales, d’où la notion et le terme de tétraplégie, mais une compression et pas de lésion… J’ai la deuxième partie de la colonne aussi qui a été touchée, donc au niveau dorsal. Sinon, je n’ai pas d’autre problème… J’ai un tronc qui est complètement sain, notamment les abdominaux et les pectoraux.

Tout ça est arrivé après un accident de voiture qui a eu lieu en 1995. Mais je peux me déplacer d’un fauteuil roulant à un siège sans aucun problème : je conduis sans aucun problème par exemple. En fait, je n’ai aucun soucis de transfert de mon fauteuil. Pour le côté usage, je ne mange jamais dans un fauteuil roulant par exemple, je mange toujours sur une chaise comme tout le monde ! »

Quels sont vos rapports avec les nageurs valides de l’équipe de France ? Les rencontrez-vous souvent ?

« On se croise de temps en temps pour les copains qui sont des proches et j’ai de très bons rapports en général. J’ai appris à connaître les personnes de l’équipe de France dans les différents Opens auxquels j’ai la chance d’être invité par la Fédération Française de Natation et par l’équipe de France.

On se croise aussi lors des championnats, où l’équipe de France handisport fait une ou deux séries de démonstration. Donc on se croise de temps et en temps ! Après il y a l’affectif, qui fait qu’avec Alain, on se croise un peu plus, ou avec Hugues Duboscq ou d’autres nageurs avec qui j’ai partagé des moments particuliers. Par exemple, on a été invité lors de la soirée olympique à la maison des polytechniciens, à Paris. J’ai aussi inauguré une piscine avec Alain Bernard. On avait organisé avec France 2 et notre ministre Roselyne Bachelot un après-midi où on a fait une surprise à Alain… Donc oui, avec Alain on se croise de temps en temps, entre l’Open de Paris, les grands championnats, des opérations de promotion à droite à gauche… Mais j’ai de très bons rapports avec l’équipe de France en général. Le fait que j’ai été un peu plus médiatisé aussi a fait que j’ai rencontré plus d’athlètes et qu’on s’est rapproché un peu plus. »

Mis à part les Jeux Paralympiques, quelles sont les compétitions auxquelles vous prenez part ?

« L’Open de Paris, qui est l’Open EDF et qui se dispute à la Croix Catelan tous les ans depuis trois ans. Là-bas, je suis trois jours avec les autres nageurs et on peut parler d’handisport et de compétition ensemble. Et il y a les championnats, bien entendu : Championnats du monde, Championnats d’Europe, etc… »

Etes-vous confiant concernant la médiatisation des disciplines paralympiques ? Trouvez-vous qu’il y a eu de vraies améliorations ?

« Il y a des améliorations, incontestablement oui. Mais il a fallu que je gagne deux titres et quatre médailles à Pékin pour qu’on puisse parler un peu de moi, c’est un peu dommage… En fin de compte, il faut quasiment un exploit pour avoir un peu de reconnaissance. Ca avance, c’est sûr que ça avance, et j’essaie d’y contribuer régulièrement pour qu’on s’intéresse à nos épreuves, encore plus en natation, par exemple en favorisant le rapprochement entre l’équipe de France olympique et l’équipe de France paralympique. »

Bientôt, vous participerez aux Championnats du monde en bassin de 25 mètres, à Rio… Sur quelles courses serez-vous engagé et quels y seront vos objectifs ?

« On part à Rio dans une semaine, le 25 novembre. Au départ, je pensais nager quatre courses : le 50, 100, 200 mètres nage libre, et le 50 mètres dos, comme aux championnats d’Europe. Mais dans la mesure où je ne commence le 100 mètres que le troisième jour selon le programme, j’ai décidé de faire une épreuve de plus, le 150 mètres 3 nages, qui est une variante du 200 mètres 4 nages. Avec dans l’intérêt de commencer dès le premier jour, de pouvoir se mettre dans le bain. Alors je ne suis pas un spécialiste du 3 nages, mais je me défends et je vais faire du mieux possible. C’est aussi, pourquoi pas, une chance de médaille. Donc chercher une médaille sur le 50, 100, 200 mètres nage libre et pourquoi pas le 50 mètres dos. Il y a un Mexicain, je ne sais pas si il sera là, qui a un avantage par rapport à moi en dos en petit bassin car il peut pousser sur les jambes donc c‘est encore plus dur pour moi… Mais être vice champion du monde en dos comme j’ai été vice champion olympique en dos à Pékin, cela serait pas mal aussi. Et puis sur le 50, 100, 200 crawl, avoir un maximum de médailles d’or. C’est mon premier Championnat du monde en petit bassin et j’aimerais bien gagner un maximum de titres. »

Pour finir, les Jeux Paralympiques de Londres en 2012, vous y pensez déjà ?

« Oui, on se prépare vraiment pour ça… Les Championnats d’Europe, du monde, c’est bon pour le palmarès mais c’est évident qu’au départ, l’objectif c’est vraiment les Jeux. Donc il y a des phases intermédiaires pour faire des compétitions de niveau international. C’est tout aussi plaisant d’être Champion d’Europe, du monde ou champion paralympique, mais paralympique ça a beaucoup plus de valeur, c’est une autre dimension. Comme on dit souvent, c’est pas après pas, marche après marche… Cette année, on a les Championnats d’Europe et les Championnat du monde, après on fait son chemin, on va continuer, après il y aura les Championnats du monde en grand bassin, l’année prochaine les championnats d’Europe à Berlin… Toute compétition internationale, on a envie de la gagner, ne serait-ce que pour le palmarès et pour être le numéro 1 et entendre la Marseillaise. »

Merci beaucoup David pour votre gentillesse et votre disponibilité ! Bonne chance pour les Championnats du monde !

La carrière de David Smetanine en quelques lignes :

David Smetanine participe à ses premiers Jeux Paralympiques en 2004, à Athènes. Il y obtient une médaille de bronze sur le 50 mètres nage libre. Deux années plus tard, il remporte deux médailles d’argent lors des Championnats du monde, sur le 100 et le 200 mètres nage libre.

En 2008, lors des Jeux Paralympiques de Pékin, David Smetanine connaît la consécration. Il remporte deux médailles d’or (sur le 50 et le 100 mètres nage libre) et deux médailles d’argent (sur le 50 mètres dos et le 200 mètres nage libre). Il s’agit du plus gros palmarès de la délégation française, à égalité avec l’athlète Assia El’Hannouni.

Récent triple Champion d’Europe, il visera de nouvelles médailles d’or très bientôt lors des Championnats du monde en bassin de 25 mètres, à Rio, puis évidemment à Londres lors des Jeux Paralympiques de 2012.