Interview de Valérie Nicolas

(handball)

Valérie Nicolas a été la gardienne incontournable de l’équipe de France de handball des années 2000. Son palmarès est impressionnant : championne du monde en 2003, vice-championne du monde en 1999, deux médailles de bronze aux Championnats d’Europe, sans oublier trois participations aux Jeux Olympiques et de nombreux titres en club. Entretien.

Valérie, vous êtes devenue vice-championne du monde avec l’équipe de France en 1999. Considérez-vous que cette compétition a été un déclic pour la suite de votre carrière ?

« Oui, complètement ! Ca a été le déclic pour moi, mais aussi pour l’équipe de France. C’était quelque chose qu’on ne pensait pas atteindre. Déjà, c’était une qualification pour les JO, ce qui nous paraissait impossible car on ne l’avait jamais fait. Et puis ensuite, on a enchaîné les matches et on est arrivées jusqu’à la finale. C’était véritablement une belle surprise.

Cette compétition a été un élément déclencheur pour ma carrière et c’est vrai qu’à partir de là, j’ai commencé à être régulière et à faire des bons matchs. Jusqu’en 1998, je n’étais pas la première gardienne et c’est à partir de 1999 que j’ai été devant. Ca m’a bien propulsée ! »

En 2003, vous avez remporté le titre de championne du monde et vous avez été élue meilleure joueuse de la compétition. Racontez-nous un peu comment vous avez vécu cette finale de l’intérieur ?

« Je n’étais pas spécialement stressée. La finale, pour moi, on l’avait perdue au bout de quarante minutes. J’avoue que je ne voyais pas comment on pouvait renverser la tendance. A sept minutes de la fin, on perdait de sept buts : je ne pensais vraiment pas qu’on pouvait réussir à les remonter. Ca s’est fait petit à petit. On a commencé à y croire, à piquer un, deux, trois ballons, avec en plus un ou deux arrêts de ma part. Du coup, sur les dernières minutes, ça s’est complètement emballé !

Sur la finale en soit, je n’ai pas très bien joué pendant quarante-cinq ou cinquante minutes. Après, en revanche, j’ai commencé à sortir des arrêts. Mais c’est vrai que sur ce match, je ne voyais pas comment on pouvait s’en sortir vu que je ne faisais pas spécialement d’arrêts. »

En 2003, vous avez donc remporté ce titre de championne du monde avec l’équipe de France mais aussi quatre titres avec votre club de Besançon (Coupe des coupes, Championnat de France, Coupe de France, Coupe de la Ligue). Après avoir tout gagné sur une même année, avez-vous connu une baisse de motivation ?

« En fait, j’ai aussi gagné la Coupe du Danemark avec Viborg cette année-là. En 2003, j’ai donc remporté six compétitions.

Pour en revenir à ta question : non, pas du tout ! Au contraire, plus tu gagnes, et plus tu as envie de regagner et plus tu prends goût à ça. Quelque part, tu domines un peu les autres et tu as envie que ça continue. C’est une période d’euphorie. Tu te sens bien, tu te sens fort et tu as envie de le rester. Le challenge, c’est de prouver qu’on peut regagner des compétitions, que ce soit en club ou avec l’équipe de France ! »

Vous avez participé à trois éditions des Jeux Olympiques : Sydney (2000), Athènes (2004) et Pékin (2008). Votre blessure en quarts de finale à Athènes et l’élimination controversée contre la Russie à Pékin sont-ils des moments difficiles que vous avez mis du temps à digérer ?

« La blessure, ce n’est jamais un moment facile. A Athènes, ça a été très dur de voir les deux derniers matchs des tribunes. Il y avait quatre places, donc trois possibilités pour une médaille, et finalement, on ne voit pas ses copines en gagner une. On était vraiment proches et quand tu ne peux pas agir, c’est encore pire. Ca me restera comme quelque chose d’inachevé.

C’est plus facilement passé sur Pékin parce que je pars du principe que les arbitres sont foncièrement honnêtes et qu’ils peuvent faire des erreurs. Sur le moment, ça fait très mal et tu as envie de les « tuer ». Mais après, tu te rends compte que ça arrive. Parfois, c’est en notre faveur et parfois, c’est en notre défaveur. Ce sont des êtres humains et on fait tous des erreurs. Ca ne nous a pas souri, tant mieux pour les Russes. Ce n’était pas forcément évident, mais comme on dit, « c’est le sport ». Ca a donc été un peu plus facile à digérer.

Mais 2004, c’était le moment le plus évident que l’on ait une chance de médaille. C’est donc surtout Athènes qui ne restera pas un bon souvenir… D’autant plus avec tout ce qui s’est passé après par rapport à l’exclusion de certaines joueuses de l’équipe : ce n’était pas super ! »

Gardez-vous quand même des bons souvenirs de ces trois éditions des Jeux Olympiques ?

« Oui, tout à fait. Les Jeux Olympiques, dans l’ensemble, c’est quelque chose de fabuleux. En particulier au niveau des échanges que tu peux avoir. Tu rencontres du monde dans toutes les disciplines : les sportifs de ton pays, bien évidemment, mais aussi une pléiade de stars. Quelque part, on est tous pareils. Et se retrouver tous là, au même moment, c’est quelque chose d’assez magique ! Au fur et à mesure des JO, on se connaît. Je trouve ça très sympa. Le sport, c’est une grande famille. C’est une richesse qui ne vaut pas une médaille, mais qui a quand même une valeur ! »

Vous évoluez à un poste particulièrement décisif, celui de gardienne. Avez-vous une façon particulière de préparer vos matchs ?

« Oui. Tactiquement, par rapport à mes adversaires, je fais beaucoup de vidéo. Avant un match, je peux faire deux à trois heures de vidéo sur des joueuses pour mieux les connaître et pour me les remémoriser. Le but est que sur le moment du match, mon cerveau soit connecté par rapport à ces joueuses : que faut-il faire, que ne faut-il pas faire, quelles sont ses habitudes ? Cela aide à ce que mon placement avant une parade soit bon. On ne s’en rend pas forcément compte à l’œil nu, mais deux ou trois centimètres de différence sur le placement ont une influence énorme. Ce qui se passe avant le déclenchement du tir est très important. Du coup, je fais une analyse assez précise à la vidéo avant les matchs. Ca m’aide beaucoup. Et puis quand j’ai l’impression de connaître toutes les joueuses, j’arrive au match en étant vraiment sereine et j’arrive à prendre le dessus sur les adversaires. C’est comme quand on a un examen de maths : quand on a tout révisé et qu’on connaît tout par cœur, on arrive facile le jour de l’examen. Moi, c’est pareil !

En ce qui concerne l’aspect mental, ça a toujours été une de mes forces de jouer sur l’aspect psychologique par rapport aux joueuses. Même si une joueuse prend le dessus sur moi pendant dix minutes ou un quart d’heure, arriver à inverser la tendance a toujours été quelque chose qui m’intéressait. »

Après les Jeux Olympiques de Pékin, en 2008, vous avez quitté le club danois de Ikast pour rejoindre l’ASPTT Nice, qui évoluait alors en Nationale 2, la quatrième division. Racontez-nous un peu comment s’est passé ce transfert ?

« En janvier 2008, j’ai décidé de revenir en France après les Jeux de Pékin. Avec Ikast, j’avais signé pour deux saisons mais je leur ai dit que je voulais rentrer en France. Je leur ai expliqué que je voulais penser à ma reconversion. J’avais alors 32 ans, j’allais en avoir 33 à la fin des JO, et je voulais passer à autre chose et rentrer en France. J’étais célibataire et je voulais éclaircir mes situations personnelle et professionnelle. J’avais fait du très haut niveau pendant cinq ans au Danemark et auparavant à Besançon, j’avais gagné pas mal de choses, j’avais fait trois olympiades, donc je pensais avoir fait le tour. Je voulais penser un peu à moi. Le handball, c’est très bien, mais à un moment donné, il faut aussi penser à la suite. Tout ça mis bout à bout était ma réflexion de rentrer en France.

Je ne savais pas encore où. J’ai décidé tardivement. J’ai rencontré des clubs de D1 et des clubs de divisions inférieures. Je leur demandais un projet professionnel intéressant. La plupart des clubs de D1 que j’ai vus voulaient m’avoir en tant que joueuse, mais avec cinq entraînements par semaine, ce n’était pas possible de travailler à côté.

La ville de Nice m’a offert un projet. Je n’y avais pas spécialement beaucoup d’heures d’entraînements et c’était le soir : je pouvais donc commencer ma carrière professionnelle. Cela m’intéressait, d’autant plus qu’une nouvelle équipe venait de s’installer avec un nouveau maire, sportif. Tout cela m’a décidé pour Nice, qui est quand même la cinquième ville de France et qui a des beaux projets par rapport au sport. »

Depuis 2008, quelles sont vos activités à côté du handball et en quoi consiste votre reconversion ?

« Je travaille à la direction des sports de la ville de Nice. Je suis chargée de missions sur le développement du sport et sur l’événementiel sportif.

Sinon, au titre des loisirs, je fais ce que je n’avais pas forcément le temps de faire avant. Je fais du tennis, du ski (ce n’est pas loin, à une heure), des sorties… En fait, je fais un peu ce que tout le monde fait ! »

Pour finir, quels sont vos prochains objectifs avec l’ASPTT Nice ? Avez-vous déjà décidé d’une date pour l’arrêt de votre carrière ?

« Non, je n’ai pas encore planifié de date. Pour l’instant, ça va bien physiquement. J’avais signé un contrat de trois ans en arrivant ici et à la fin de la saison, ce sera la fin de la troisième année. On verra à ce moment-là ce qu’il en est.

Par rapport à Nice, l’objectif est d’amener le club en première division. Pour l’instant, on n’est pas trop mal dans les clous. On est monté chaque saison. Cette année, en D2, ça va être un peu plus compliqué car il n’y a qu’une équipe qui monte. Mais on se battra jusqu’au bout pour que ce soit nous. Si on ne peut pas cette année, c’est comme ça, et on recrutera des joueuses qui pourront nous aider à monter ! »

Merci beaucoup Valérie pour votre disponibilité et bonne chance pour cette saison !

Crédit photos : femmesdedefis.com

La carrière de Valérie Nicolas en quelques lignes :

Evoluant au poste de gardienne, Valérie Nicolas débute sa carrière à l’USM Gagny avant de rejoindre en 1995 le club de Besançon. Avec l’équipe de France, elle est sélectionnée pour la première fois en juin 1995 et devient vice-championne du monde en 1999. Après avoir participé aux Jeux Olympiques de Sydney (6e place), elle prend la médaille de bronze lors des Championnats d’Europe 2002.

Son année 2003 est exceptionnelle : l’équipe de France devient championne du monde et Valérie Nicolas est élue meilleure gardienne et meilleure joueuse de la compétition. Cette même année, elle brille également en club avec Besançon, remportant la Coupe des coupes, le Championnat de France, la Coupe de France et la Coupe de la Ligue. Partie évoluer au Danemark, à Viborg, elle gagne aussi la Coupe du Danemark.

En 2004, aux Jeux Olympiques d’Athènes, elle se blesse en quarts de finale et assiste impuissante à la 4e place de la France. Deux ans plus tard, elle prend la médaille de bronze des Championnats d’Europe avec la France et remporte la prestigieuse Ligue des Champions pour sa dernière saison avec Viborg (elle signe peu après à Ikast, autre club danois). Lors des Championnats du monde 2007 disputés en France, elle est élue meilleure gardienne (la France terminant 5e). En 2008, après une 5e place aux Jeux Olympiques de Pékin, elle arrête sa carrière internationale et retourne en France, à l’ASPTT Nice (alors de quatrième division). Actuellement, Valérie Nicolas a 35 ans et son club évolue en 2e division.

Pour en savoir plus sur Valérie, visitez son site officiel : valerienicolas.com