Interview de Yann Delaigue

(rugby)

Le rugby est à l’honneur cette semaine avec l’interview de Yann Delaigue. Comptant vingt sélections en équipe de France, il a remporté trois fois le Championnat de France et une fois la Coupe d’Europe. Dans notre entretien, il revient notamment sur ses souvenirs de la Coupe du monde 1995 et sur sa reconversion en tant que consultant pour Canal+.

Yann, vous avez joué deux matchs avec l’équipe de France lors de la Coupe du monde de rugby en 1995, inscrivant même un drop. Quels souvenirs gardez-vous de cette Coupe du monde ?

Un très, très bon souvenir. Déjà, parce que la Coupe du monde se déroulait en Afrique du Sud, qui est avec la Nouvelle-Zélande LE pays du rugby. C’est le sport numéro 1 là-bas. Quasiment aucun Sud-Africain n’est pas élevé dans le rugby. Il y avait donc un engouement particulier lors de cette compétition. Et puis, c’est une Coupe du monde ! C’est donc forcément un moment fort dans une carrière. Il y avait un vrai groupe et une vraie solidarité. Si je me souviens bien, tous les trois-quarts s’étaient rasés la tête pour montrer cette solidarité et ce projet commun. J’en garde donc un très bon souvenir !

Vous avez ensuite été blessé après ces deux matchs. Cela a-t-il été particulièrement difficile moralement de se remettre de ce forfait ?

En fait, je n’ai pas été blessé. Pour tout vous dire, à l’époque, il n’y avait pas de coaching comme aujourd’hui et on ne pouvait sortir que sur blessure. Le coach m’avait demandé de simuler une blessure pour pouvoir faire rentrer Christophe Deylaud. D’ailleurs, j’ai été remplaçant les matchs suivants. J’étais quand même à chaque fois dans le groupe. C’était donc plus tactique, sauf qu’on n’avait pas le droit de le faire à l’époque. Mais on n’était pas les seuls à le faire, toutes les nations faisaient pareil.

Vous comptez vingt sélections en équipe de France, obtenues entre 1994 et 2005. Avec un peu de recul, que vous a-t-il manqué selon vous pour vous installer plus durablement en équipe de France ?

Le problème que j’ai eu dans ma carrière est les blessures. J’en ai eu beaucoup. Aux moments où j’étais rappelé en équipe de France, aux moments où à ça commençait à bien tourner pour moi, aux moments où j’étais en pleine forme, il y avait une blessure qui arrivait… Et à chaque fois, ce n’était pas une petite ! Avant la Coupe du monde 2003 par exemple, je suis titulaire en équipe de France et j’ai une rupture d’un tendon du biceps en Argentine. En 1999, quand je reviens en équipe de France avant la Coupe du monde, j’ai une rupture des croisés du genou. Il y a eu des grosses blessures tout au long de ma carrière qui m’ont empêché de rejoindre durablement l’équipe de France.

Vous avez joué sept saisons au sein du Stade Toulousain. Après avoir joué dans un club aussi prestigieux, n’était-il pas difficile de se motiver à l’idée de jouer dans un autre club ?

Non, ce n’était pas dur de se motiver. On est des compétiteurs dans l’âme. J’ai vécu des moments magiques et magnifiques dans ma carrière au Stade Toulousain. Quand je suis parti à Castres, j’y allais pour un nouveau défi : aider ce club et aller chercher des titres. A titre individuel, j’avais aussi un défi. J’avais réussi au Stade Toulousain et aussi avant à Toulon. C’était certainement parce que j’avais des qualités mais aussi probablement beaucoup parce que j’avais un effectif autour de moi qui était riche et très fort. Du coup, est-ce-que je pourrais réussir à tirer mon épingle du jeu dans un effectif qui était un peu moins de qualité ? Est-ce-que je pourrais mettre en exergue mes qualités dans un club qui n’était pas aussi fort que le Stade Toulousain ? Pour moi, la motivation était aussi celle-ci. Je suis assez fier parce que ça s’est bien passé à Castres.

Vous avez gagné trois fois le Championnat de France et une fois la Coupe d’Europe. Quel est le trophée qui vous a le plus marqué ?

Je pense que le Bouclier de Brennus m’a plus marqué que la Coupe d’Europe.

Et parmi les trois Championnats de France remportés, l’un vous-a-t-il apporté plus d’émotion que les autres ?

Déjà, il y en a un qui n’a pas beaucoup de valeur pour moi : c’est celui de 1999 car c’est l’année où j’ai une rupture des ligaments croisés et je ne joue donc pas la finale, ni d’ailleurs les quatre/cinq derniers matchs. Forcément, c’est totalement différent quand on n’est pas sur la pelouse.

Après, c’est difficile de choisir… J’avais 18/19 ans avec Toulon et c’était ma première saison à haut niveau. Tout ça nous arrivait tout de suite et on avait encore des yeux d’enfants quand on a vécu ces moments-là. Ça reste donc magique. Et en 2001 avec Toulouse, cela faisait presque dix ans que l’on jouait à haut niveau sans avoir été champion. On se rendait compte de la difficulté pour l’être, donc on appréciait énormément ce moment aussi. C’était des émotions différentes !

Vous étiez demi d’ouverture et également buteur. Pouvez-vous nous décrire la façon dont vous vous prépariez et concentriez avant de tirer une pénalité ou une transformation ?

C’était un rituel, à la fois en entraînement en en matchs. Le principe, c’est d’essayer de se concentrer sur le geste technique. Il s’agit en quelque sorte de faire une checking-list : est-ce que j’ai bien reculé, est-ce que j’ai bien pris le sens du vent, il faut que je fasse ma course d’élan à tel rythme, il faut que je mette mon pied d’appui là… Il faut donc essayer de penser à toute la checking-list technique. Cela évite de penser à la pression du résultat, c’est-à-dire de savoir si mettre la pénalité est important ou non.

J’étais un des rares joueurs à ne pas prendre de marque dans la préparation au but. On voit les joueurs faire par exemple quatre pas en arrière et deux sur le côté, mais moi, je me reculais comme un joueur de foot pour un coup-franc.

Vous avez été il y a peu consultant des lignes arrières de l’Aviron Bayonnais. Cela vous manquait-il particulièrement d’être proche du terrain ?

Oui. C’est un exercice qui m’a enthousiasmé. Cela a duré un mois. C’est vrai que j’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver le terrain, même si ce n’était qu’une fois par semaine. Etre au contact des joueurs, avoir des objectifs, être dans un club, être lié à un staff… J’ai aimé cette tension, ce moment partagé. C’est quelque chose que j’ai beaucoup apprécié et si j’ai l’occasion de le refaire, je pense que je le referais !

Mis à part ce poste, quels ont été les autres axes de votre reconversion depuis l’arrêt de votre carrière en 2007 ?

Je suis consultant pour Canal+. Ça me permet de rester dans le milieu du rugby et de suivre les performances des uns et des autres en regardant beaucoup de matchs. J’ai aussi organisé des matchs de beach rugby internationaux. J’ai fait venir plein de stars du rugby pour des matchs de beach rugby à Bercy, à Toulouse ou à Marseille. Aujourd’hui, j’ai intégré le groupe Orangina Schweppes pour m’occuper de leurs partenariats sportifs dans le rugby, le hand et la boxe.

Merci beaucoup Yann pour votre disponibilité !

La carrière de Yann Delaigue en quelques lignes :

Evoluant au poste de demi d’ouverture, Yann Delaigue est formé au SC Vienne avant de rejoindre le RC Toulon, club où il devient champion de France en 1992. Il connaît sa première sélection en équipe de France en mars 1994. Sélectionné lors de la Coupe du monde de rugby en 1995, il joue deux matchs : contre les Iles Tonga et la Côte d’Ivoire. Il inscrit un drop lors de cette compétition.

Entre 1997 et 2004, il évolue au Stade Toulousain. Il y remporte deux nouveaux titres de champion de France en 1999 et en 2001. En 2003, il est sacré champion d’Europe. Il est également finaliste du Championnat de France en 2003 et de la Coupe d’Europe en 2004.

Yann Delaigue signe ensuite au Castres Olympique. Il retrouve l’équipe de France et est même titulaire lors des cinq matchs du Tournoi des VI Nations en 2005. Après une dernière saison à Toulon, il décide finalement de mettre un terme à sa carrière en 2007. Il compte vingt sélections en équipe nationale et est actuellement consultant pour Canal+.