Interview d’Amaury Leveaux

(natation)

Pour démarrer l’année 2010 en beauté, Amaury Leveaux nous a fait l’honneur d’accepter un entretien avec interviewsport.fr. Le double médaillé d’argent lors des Jeux Olympiques de Pékin et actuel recordman du monde du 100 m en petit bassin est l’un des leaders de la natation française. Entretien.

Amaury, l’année 2009 s’est terminée pour toi, marquée notamment par une médaille de bronze aux Championnats du monde, ainsi que par deux médailles d’or et une de bronze aux Championnats d’Europe en petit bassin… Cette année te satisfait-elle complètement sur le plan sportif ?

« Oui. Arrivé aux Championnats du monde, j’étais vice champion olympique, donc j’avais un statut qui faisait que j’y allais un peu pour faire soit deuxième, soit premier. Après, il y a eu des événements personnels qui ont fait que je n’ai fait « que » troisième, puisque ce n’était pas facile dans le contexte où j’étais à Rome (Amaury a eu la douleur de perdre son père quelques jours avant la finale, ndlr). Ensuite, j’ai décidé de partir pour le Lagardère Paris Racing. C’était un nouveau changement… J’ai repris aux alentours du 20 septembre et je suis arrivé aux Championnats d’Europe avec seulement deux mois d’entraînement et un kilométrage pas forcément assez important (il n’y avait pas du tout de foncier, c’était surtout du physique), donc sortir un 45’’5 et réussir à gagner alors que je suis à la bagarre et qu’à quinze mètres du mur je ne suis pas encore sur le podium, je pense que oui, c’est largement satisfaisant pour moi. Ce n’était pas facile à chaque fois et je m’en suis quand même pas mal sorti étant donné le contexte. »

Malgré un énorme potentiel, le relais 4×100 m nage libre dont tu fais partie n’a obtenu que la médaille de bronze aux Championnats du monde… Déjà, as-tu digéré le fait de ne pas être sélectionné en finale, et ensuite que manque-t-il à ce relais depuis deux ans pour chercher le titre ?

« On va déjà dire ce qui manque à ce relais : des dirigeants qui savent prendre des bonnes décisions, pour commencer… J’ai parlé avec certains entraîneurs Américains après le relais, et ils m’ont dit : « mais nous, si on a un mec qui fait 44’’9 en petit bain, même s’il a mal nagé le matin, on se dit que c’est lui qui fait le relais, car c’est qu’il peut faire mieux, c’était une erreur »… Alors qu’en France, comme on est six, il a été décidé qu’il y en a quatre qui nagent le matin et deux qui se réservent pour le soir (les deux meilleurs nageurs français du matin complétant le relais pour la finale du soir, ndlr). Par contre, pour avoir un relais ultra compétitif, enfin il l’est déjà mais c’est suffisamment compliqué comme ça à gérer pour tout le monde, maintenant cela se joue au niveau des dirigeants… Ce relais, il est tout nouveau, il a deux ans. Aux Etats-Unis, ils ont toujours eu ce relais, ils ont toujours été premier ou deuxième, donc eux ils ont la culture du relais, alors que nous on ne l’a pas vraiment encore. On a les sprinteurs, maintenant c’est à nous, et surtout à la fédération, aux dirigeants, au staff, de trouver le truc qui nous fera gagner… »

Et donc une petite déception de ne pas avoir fait la finale ?

« Franchement, non ! Le truc, c’est que je fais le troisième temps le matin, donc voilà, c’est un peu une leçon qu’on a tous pris avec des choix comme ça ! Il ne faut pas juger par rapport à chaque individualité, il faut que la tactique du matin et du soir soient faites avant la compétition, c’est-à-dire qu’on dise que ce sera untel le matin et que ce sera untel le soir, même si il y en a qui ne sont pas d’accord. Voilà, ce serait bien qu’on arrive dans une compétition en disant « le matin, le relais c’est ça, le soir, ce sera celui-ci » et qu’on ne change pas d’avis, comme ça on pourra se concentrer sur ce qu’on aura à faire. Alors qu’actuellement, nous, à chaque fois, on est obligé d’être à la bagarre dès le matin tandis que les Américains et les Australiens savent déjà que le matin, c’est telle équipe et que le soir, ce sera une autre qui est déjà définie ! »

La concurrence dans le sprint français est énorme, or il n’y a que deux places qualificatives par épreuve pour les grandes compétitions… N’est-ce pas frustrant ?

« Non, pas spécialement… Au contraire, ça fait nager plus vite. Les critères de sélection que notre ancien DTN Claude Fauquet avait mis et après ce qui s’est rajouté avec la FINA ont durci les conditions à partir de 1999 (quand Claude Fauquet est venu à la DTN). Et plus ça a avancé dans les années, plus il y a eu des résultats. Ca fait une certaine émulation pour tout le monde : quand on est huit en finale et qu’on sait qu’il n’y en a que deux qui seront qualifiés, on fait tout pour être dans les deux ! »

Ta médaille d’argent sur le 50 mètres nage libre aux JO de Pékin est-elle pour l’instant le meilleur souvenir de ta carrière ?

« En fait, toutes les compétitions que j’ai faites sont un peu « le meilleur souvenir ». Après, en termes de résultat, ce sont les Jeux Olympiques, parce-que c’est surmédiatisé, c’est tous les quatre ans, tous les athlètes se préparent pour cet événement plus que pour que n’importe quel autre événement, et c’est là où tu dois marcher ! C’est là où on m’attendait au tournant aussi, et j’ai réussi à répondre présent en remportant une médaille d’argent. C’est donc un bon souvenir, mais en même temps je suis passé à 8 centièmes de la médaille d’or avec le relais et à 15 centièmes de la médaille d’or sur le 50 m nage libre… Après, c’est la loi du sport !

Les plus belles compétitions pour moi, ce sont les Jeux Olympiques et les Championnats d’Europe 2008 en petit bain à Rijeka. Juste avant Rijeka, il y a eu les Championnats de France, où je bats un record du monde et après j’enchaîne à Rijeka en faisant record du monde sur record du monde, le tout en huit jours ! Donc ça, c’est un bon souvenir aussi ! »

Tu as participé aux JO de 2004 et ceux de 2008… Quels souvenirs gardes-tu de ces deux éditions ?

« A Athènes, quand je suis arrivé, j’ai fait le tour, je suis allé voir un maximum de choses le premier jour. La compétition était là mais je me suis dit « c’est bon, ça va passer tranquille, ça ne va pas me fatiguer d’aller visiter ». Je suis donc allé voir comment était le village : tout est nouveau, tout est fait pour l’athlète et pour la performance, mais tout est fait aussi pour le divertissement… Je pourrais comparer Athènes où c’était la première fois et Pékin. A Athènes, je regardais tout, je cherchais tout, j’étais devenu spectateur, et en fait quand je suis arrivé à Pékin, j’avais l’impression d’avoir déjà vécu cette compétition. L’arrivée dans le village, comment il s’organise, c’étaient des images qui ne m’étaient pas inconnues car j’avais déjà vécu plus ou moins ça à Athènes. Culturellement, par contre, c’était différent. »

Tu as battu plusieurs records du monde… Est-ce un objectif pour toi d’en battre de nouveaux ou alors tu préfères te concentrer sur le fait de gagner des médailles ?

« Pour l’instant, j’ai gardé le 44’’9 au 100 m en petit bain, donc déjà c’est assez exceptionnel car j’ai battu ce record alors que ce n’était pas encore des combinaisons en tout polyuréthane. C’est un record qui est pour moi un peu mythique car je l’ai battu sans la Jaked, sans la X-Glide d’Arena, ou toute autre combinaison de ce type. Ce record a été fait dans les règles, et pour l’instant, comme je viens d’arriver au Lagardère, j’essaie surtout de m’adapter. C’est très compliqué et je pense que mon corps n’a pas encore compris ce qui se passe vraiment : il n’y a pas de routine qui s’installe, et j’ai l’impression qu’il n’y en aura jamais car c’est toujours différent, il n’y a jamais les mêmes choses. C’est de l’adaptation à chaque fois. Voilà, je nage pour gagner, c’est l’objectif, après aux Championnats de France j’y vais pour essayer de remporter un maximum de courses ! »

L’année prochaine, il n’y aura pas de grande compétition mondiale, mis à part les Championnats d’Europe… Du coup, as-tu prévu de souffler un peu pour arriver en meilleure forme en 2011 et lors des JO de 2012 ?

« Non. C’est ce que j’avais l’habitude de faire dans mon ancien club : l’année post-olympique, on travaillait, puis l’année d’après avec les Championnats d’Europe, on se reposait un peu, avant de reprendre pour deux années fortes. Là, je viens d’arriver au Lagardère donc c’est tout nouveau… Je me dis pour sûr, j’ai trois années de natation, voire sept car ça dépend si je reste jusqu’en 2012 ou 2016. Ces trois années, je vais les faire à bloc, du mieux possible, et essayer de tout gagner. C’est vraiment l’objectif ! »

Merci beaucoup Amaury pour ta disponibilité ! Bonne année 2010 à toi !

La carrière d’Amaury Leveaux en quelques lignes :

Amaury Leveaux est sélectionné pour la première fois en équipe de France en 2004, lors des Championnats d’Europe de Madrid. Il y obtient deux médailles de bronze avec les relais 4×100 et 4×200 m nage libre. Cette même année, il participe aux JO d’Athènes dans ces deux relais. Ensuite, il progresse petit à petit.

L’année 2008 est excellente pour Amaury Leveaux : aux Jeux Olympiques de Pékin, il remporte deux médailles d’argent : l’une sur le 50 m nage libre et l’autre avec le relais 4×100 m nage libre. En décembre, il bat son premier record du monde lors des Championnats de France en petit bassin, sur le 50 m papillon, avant de réussir des Championnats d’Europe exceptionnels à Rijeka, en Croatie : il remporte quatre titres et bats quatre records du monde, dont un qui reste toujours à battre (le 100 m nage libre en petit bassin).

En 2009, il obtient la médaille de bronze du 50 m nage libre lors des Championnats du monde de Rome, ainsi que deux nouvelles médailles d’or et une de bronze lors des Championnats d’Europe en petit bassin. Aujourd’hui âgé de 24 ans, il s’entraîne au Lagardère Paris Racing.