Interview d’Anna Gomis

(lutte)

A 38 ans, Anna Gomis a un palmarès extrêmement riche marqué par quatre titres de championne du monde et une médaille de bronze remportée en 2004 aux Jeux Olympiques d’Athènes. Malheureusement, elle a échoué il y a peu à se qualifier pour les JO de Londres. Nous l’avions rencontrée juste avant les tournois qualificatifs.

Anna, vous allez devoir participer à des tournois de qualification olympique pour vous qualifier pour les JO de Londres. Comment gérez-vous cette situation ? (l’interview a eu lieu juste avant les tournois et Anna n’y a malheureusement pas réussi à obtenir une qualification pour les JO, ndlr)

La pression commence à bien arriver parce que que c’est la dernière semaine avant le départ pour les tournois. On n’a pas le choix : on doit gérer et être dans l’optimum. Il faut avoir une motivation d’excellence. On met tout en place pour n’avoir que des points positifs à retenir et ne pas partir avec des doutes ou des freins.

L’expérience accumulée au cours de votre longue carrière vous permet-elle de ressentir moins de pression ?

L’expérience ne m’a pas appris à gérer plus que ça. J’ai toujours eu un peu de mal avec la pression. J’ai un grand manque de confiance. Parfois ça vient, parfois ça repart… On y travaille. Il faut vraiment que je positive !

Se qualifier pour les JO de Londres serait-il pour vous une revanche par rapport aux JO de Pékin où vous n’aviez malheureusement pas pu vous qualifier ?

« Une revanche », non. Je reste persuadée que je ne pouvais pas faire mieux à l’époque. Les autres ont été meilleures que moi, c’est la loi du sport. Il s’agit d’essayer de mieux faire !

En 2004, vous avez obtenu la médaille de bronze aux Jeux Olympiques d’Athènes. Obtenir cette médaille de bronze était-il la réalisation d’un rêve à l’époque ?

L’année 2004 était une période où le doute était aussi assez présent. J’étais contente du parcours mais également déçue parce que j’aurais pu aller chercher une médaille d’un métal plus élevé. Maintenant, après plusieurs années, je savoure vraiment la médaille de bronze. Aux vues des résultats, je ne peux qu’être satisfaite ! Je reste quand même motivée pour la suite et pour aller chercher mieux. Mais c’est vrai que j’ai mis du temps à savourer et à apprécier la médaille de bronze de 2004.

Mis à part cette médaille, quels souvenirs gardez-vous de ces Jeux Olympiques d’Athènes ?

L’ambiance et le fait que toute la famille du CNOSF (Comité National Olympique et Sportif Français, ndlr) se côtoie. On est tous ensemble. Même si on n’a pas l’occasion de suivre les résultats des uns et des autres, c’est le moment de s’encourager. Au-delà des défaites qui sont souvent présentes, il reste une bonne ambiance. Ce sont des beaux souvenirs. C’est vraiment beau à vivre !

Qu’est-ce qui vous a poussé à continuer votre carrière jusqu’à Londres ? Est-ce cette médaille olympique remportée en 2004 ?

C’est plus la médaille de bronze que j’ai remportée en 2010 aux Championnats du monde. A deux ans des prochains JO, il valait mieux tenter cette dernière expérience et cette dernière possibilité d’aller chercher quelque chose aux Jeux.

Le physique et la technique, ça va. C’est surtout le mental qui fait défaut. Il y a encore une petite faille de ce côté-là et c’est un beau challenge que d’essayer de combler ce vide. On dit souvent que le premier ennemi auquel on fait face est soi-même, et je le vis pleinement. Mais je vais essayer d’anéantir ça !

Entre 1993 et 1999, vous avez remporté quatre titres de championne du monde et quatre titres de championne d’Europe. Quelle a été votre force durant ces années ?

La jeunesse (rires) ! Quand on est jeune, on ne se pose pas du tout de questions. On laisse parler le corps. On est là pour faire sa lutte, pas pour réfléchir. On n’a pas de doutes, on n’a pas peur, on se sent confiant. La jeunesse, c’est une belle force !

Maintenant, je fais avec d’autres armes. C’est une autre expérience. Je n’ai plus cette grande ambition : ça s’en va avec le temps car on a d’autres priorités. Je me concentre à exister en tant que lutteuse car c’est dommage d’être là et de faire de la figuration.

En 2010, vous avez remporté le bronze aux Championnats du monde. Cette médaille a-t-elle une saveur particulière pour vous ?

Oui. Ça restait quand même une surprise, même si on travaille pour avoir un résultat. C’était surtout un encouragement pour la suite, sachant qu’il restait deux ans avant les JO. C’était satisfaisant. Je me dis que ça a été possible une fois, donc pourquoi pas encore une fois ? Je sais qu’il reste beaucoup de travail. Il faut se retrouver dans cet état d’esprit de gagnante qui ne se pose pas trop de questions.

Pour finir, pouvez-vous nous parler un peu de l’évolution de la lutte féminine en France ?

A l’INSEP, on a de très jolis locaux. C’est une belle infrastructure, très luxueuse. Sur le plan des athlètes, il y a une belle suite derrière. On a eu l’occasion il y a quelques temps d’avoir des regroupements avec les cadettes, les juniors et les seniors. C’est un peu cette rencontre intergénérationnelle qui fait notre force. C’est motivant de savoir qu’il y a une relève derrière, d’agir pour elles tant qu’on a cette place de leader, de faire briller la grande famille de la lutte. Ce sont des beaux rassemblements mais il en faut plus.

Malheureusement, ça coûte cher de rassembler tout le monde sur l’INSEP. On n’a pas encore trop les moyens, ou en tout cas on ne les met pas assez de ce côté-là. C’est ce qui fait qu’il risque d’y avoir de temps en temps des passages à vide. Je ne l’espère pas, car les filles restent quand même motivées.

Quand j’ai commencé la lutte, on ne se posait pas de questions pour aller chercher des médailles. Elles venaient parce qu’il y avait dans le collectif cette envie d’avancer et de remporter des médailles ensemble. On ne cherchait pas vraiment le résultat, mais on aimait ce qu’on faisait et avait des challenges entre nous. On a besoin de ce collectif. Ça nous fait avancer. Seul, on n’arrive souvent à rien !

Merci beaucoup Anna pour votre gentillesse !

La carrière d’Anna Gomis en quelques lignes :

Anna Gomis devient championne du monde de lutte pour la première fois en 1993, année où elle remporte également le bronze aux Championnats d’Europe. Elle prouve ensuite qu’elle fait partie des meilleures mondiales en remportant trois autres titres de championne du monde (1996, 1997 et 1999) ainsi que deux médailles d’argent (1994, 1998) et une médaille de bronze (1995). Elle se distingue également en gagnant quatre fois de suite les Championnats d’Europe (entre 1996 et 1999).

Lors des Jeux Olympiques d’Athènes en 2004, elle remporte la médaille de bronze de la catégorie des -55 kg. Il s’agit de la première édition où la lutte féminine fait partie du programme olympique. Aux Championnats d’Europe suivants, elle prend l’argent (2005) et le bronze (2006).

En 2010, elle obtient la médaille de bronze aux Championnats du monde. Elle décide alors de continuer sa carrière jusqu’aux JO de Londres 2012. Agée de 38 ans,  Anna Gomis n’a malheureusement pas réussi à se qualifier via les tournois de qualification olympique de ces dernières semaines.