Interview d’Audrey Cordon-Ragot

(cyclisme)

A 28 ans, Audrey Cordon-Ragot a déjà participé à deux Jeux Olympiques, à Londres en 2012 et à Rio en 2016. Triple championne de France en titre de contre-la-montre, elle s’est récemment distinguée en terminant à la sixième place de l’Amstel Gold Race. Entretien.

Audrey, tu viens de terminer à la sixième place de l’Amstel Gold Race. Cette place d’honneur sur une course aussi importante est-elle accomplissement pour toi ?

Un accomplissement, je ne sais pas. Mais c’est surtout la preuve que j’ai le niveau pour être à l’avant sur ce genre de course et que je peux tirer mon épingle du jeu.

Tu as participé pour la première fois aux Jeux Olympiques en 2012 à Londres, terminant 15e du contre-la-montre et non classée de l’épreuve en ligne. Quels souvenirs gardes-tu de ces Jeux Olympiques de Londres ?

C’était l’aventure, la découverte de la plus grande compétition sportive qui existe. J’y avais été sans préparation spécifique à l’époque. C’est un merveilleux souvenir.

En 2016, tu as de nouveau été sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Rio, et tu as même été en tête de la course en ligne pendant plusieurs minutes. Raconte-nous un peu comment tu as vécu ce moment seule en tête de la course pendant sept kilomètres ?

Je savais qu’à Rio, la seule chance pour me retrouver à l’avant sur le final était de partir de loin et d’ensuite espérer basculer avec les meilleures. Être à l’avant sur ce genre de course est incroyable ! Tu profites de chaque seconde en espérant aller le plus loin possible.

Lors du contre-la-montre des Jeux Olympiques de Rio, tu as terminé loin, à la 24e place. Cela a été une très mauvaise expérience pour toi, même si tu ne faisais pas partie des prétendantes. Tu n’as vraiment pris aucun plaisir sur cette course ?

Honnêtement, les JO de Rio ont été un calvaire pour moi. Je m’étais préparée comme jamais et j’avais fait beaucoup de sacrifices pour arriver prête là-bas. Ce que je ne savais pas, c’est que j’avais contracté une toxoplasmose (maladie due à l’infection par un parasite, ndlr), ce qui a tout gâché : ma préparation et cette magnifique expérience.

Lors des Jeux Olympiques ou des Championnats du monde, tu fais équipe avec Pauline Ferrand-Prévot. Pour toi, est-ce un avantage ou bien un inconvénient ?

Je pense que c’est un avantage car Pauline subit à elle seule la pression des médias. J’aimerais avec les autres filles pouvoir la soulager mais ce n’est malheureusement pas nous qui décidons.

En ce qui concerne le côté sportif nous avons la chance d’avoir une équipe homogène avec Pauline en chef de file, mais ça n’empêche en rien chacune d’entre nous de s’exprimer quand l’occasion se présente.

Tu évolues depuis 2014 dans des équipes étrangères. Cela a-t-il été facile de s’intégrer et de s’adapter ? Quels ont été tes principaux challenges par rapport à une équipe française ?

J’ai quitté la France en 2014 pour l’équipe Hitec Products et c’est cette année-là que j’ai le plus appris. Il y avait de nouvelles coéquipières, des cultures très différentes et un état d’esprit professionnel et familial. C’est une des meilleures saisons de ma carrière.

Le challenge le plus difficile a été d’apprendre la langue. Mais aujourd’hui, je parle couramment anglais et c’est une chance.

Tu es triple championne de France en titre du contre-la-montre. L’objectif principal de ta saison est-il maintenant de remporter à tout prix le titre de championne de France de la course en ligne ?

Non. Cette année, les championnats de France seront pour moi une préparation au Giro, où je veux gagner une étape. Chaque année, les championnats de France sur route ne me réussissent pas. Il faut que je me fasse une raison.

Tu as actuellement 28 ans. Penses-tu déjà aux Jeux Olympiques de Tokyo en 2020 ? Et laisses-tu aussi la porte ouverte à éventuellement continuer jusqu’aux Jeux Olympiques de Paris en 2024 ?

2020, peut-être… 2024, sûrement pas en tant que coureur !

Merci beaucoup Audrey et bonne chance pour la suite de ta saison !

Crédits photos : audreycordon-ragot.com (photos 1 et 2) et Bernard Asset pour Honda France (photo 3)

La carrière d’Audrey Cordon-Ragot en quelques lignes :

Audrey Cordon-Ragot débute sa carrière professionnelle en 2008 dans l’équipe Vienne Futuroscope.

En 2012, elle est sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Londres. Elle y termine 15e du contre la montre et non classée dans l’épreuve en ligne. Elle devient vice-championne de France de contre-la-montre en 2012, 2013 et 2014. En 2014, elle signe dans l’équipe Hitec Products et en 2015 dans l’équipe Wiggle Honda (ensuite Wiggle High5).

Elle remporte le titre de championne de France de contre-la-montre en 2015, 2016 et 2017. En 2016, elle participe aux Jeux Olympiques de Rio. Elle finit 24e du contre la montre et 37e de l’épreuve en ligne, dont elle se distingue en étant échappée pendant quelques km. Aujourd’hui âgée de 28 ans, Audrey Cordon-Ragot vient de prendre la 6e place de l’Amstel Gold Race.