Interview d’Aurélie Malaussena

(gymnastique)

Aurélie Malaussena a atteint la finale du concours général individuel lors des Jeux Olympiques de Londres en août dernier. Elle était la capitaine de l’équipe de France de gymnastique lors de cette compétition. Elle aborde pour nous ses souvenirs des JO ainsi que sa décision de mettre un terme à sa carrière de haut niveau.

Aurélie, tu as participé aux Jeux Olympiques de Londres en août dernier, terminant notamment 23e du concours général en individuel et 11e du concours général par équipe. Ces résultats ont-ils été à la hauteur des objectifs que tu t’étais fixés ?

Personnellement, oui. Mais quand on est parties, on avait plus un objectif collectif. Et non, cela n’a pas été à la hauteur de ce qu’on pensait. On voulait faire une finale par équipe, donc être dans les huit premières, et ça n’a pas été le cas. Les objectifs individuels des autres filles n’ont pas non plus été réalisés alors que ce sont elles qui avaient le plus de chances. Collectivement, ça a donc été une déception. Mais individuellement, j’étais très contente d’entrer en finale du concours général.

Tu avais alors 18 ans et il s’agissait de tes premiers Jeux Olympiques. Comment as-tu réussi à gérer la pression liée à cette compétition ? Etais-tu particulièrement stressée lors du début des épreuves ?

Non, pas vraiment. J’étais vraiment impatiente de commencer… Le jour de la compétition, il y avait un stress juste avant de rentrer dans la salle mais je pense que c’était tout à fait normal. Je n’avais jamais fait les Jeux, mais j’avais participé à deux Championnats du monde, et une fois qu’on est dedans, on se rend compte que c’est exactement la même compétition. On n’a donc pas plus de pression à avoir. Et en fin de compte, je savais que moi personnellement et par équipe, je n’allais pas être médaillée, donc il y avait juste un enjeu de bien faire. Je pense que le stress était surtout médiatique, du fait qu’il y avait beaucoup de medias et de caméras.

Tu étais la capitaine de l’équipe de France de gymnastique à Londres. En quoi a consisté ton rôle ?

Il s’agissait surtout de rassembler l’équipe et de faire en sorte qu’il n’y en ait pas une qui parte à droite ou à gauche. Il fallait faire en sorte qu’on soit toutes dans le même objectif, et que personne ne baisse les bras malgré tous les pépins qu’on a eus. Il fallait toujours garder confiance en soi et dans le potentiel de l’équipe. Quand l’une avait le moral un peu en bas ou le stress qui montait beaucoup, il s’agissait d’apaiser le groupe et de faire en sorte qu’il se sente le mieux possible pour faire la meilleure compétition possible !

Qu’est-ce-qui t’as marquée lors de ces Jeux Olympiques de Londres ?

J’ai trouvé que l’ambiance entre les sportifs était vraiment super. Il n’y avait pas de distinction entre nous selon les différents sports. On a pu aborder tous les sportifs sans problème, surtout les Français. Ils ont tous été très gentils, même les plus médiatiques comme par exemple les handballeurs ou Tony Parker. Ça a vraiment été une surprise et ça a été agréable. Ça m’a beaucoup apporté d’échanger avec les différents sports sur la vision du sport de haut niveau en général.

Tu as pu participer aux cérémonies d’ouverture et de clôture ?

On a juste fait la clôture. On n’a pas pu participer à l’ouverture parce que la compétition était deux jours après et c’était donc un peu limite. C’était un peu frustrant, mais on a du coup profité à fond de la clôture !

En 2009, tu avais remporté la médaille d’or par équipe lors des Jeux Méditerranéens. Aujourd’hui, ce titre est-il l’un des moments dont tu es la plus fière ?

Non, pas forcément. Certes, il y a la médaille, mais l’enjeu était quand même différent. C’était ma première compétition internationale en senior et je pense que je n’ai pas apporté à l’équipe autant que les années suivantes. C’est génial d’avoir eu la médaille d’or aux Jeux Méditerranéens et c’est un super souvenir,  mais je suis par exemple plus fière des Jeux Olympiques !

Ta carrière a été marquée par plusieurs blessures, notamment des entorses en 2011 et 2012 qui t’ont empêchée de participer aux Championnats d’Europe. Comment as-tu vécu ces moments difficiles ? As-tu douté de pouvoir revenir à ton meilleur niveau ?

En fait, ça a déjà commencé en 2008. Ca fait donc quelques années. A chaque fois, c’est un combat continuel pour revenir encore plus forte. Pendant ce temps-là, les autres avancent et il faut donc être encore meilleure qu’avant pour pouvoir refaire des compétitions ! Je pense que ce qui a fait que j’ai pu revenir à chaque fois est que j’y croyais. J’ai toujours eu l’objectif final des Jeux Olympiques, donc même si je ne faisais pas les Championnats d’Europe, ce n’était pas grave : je n’avais plus qu’à travailler encore plus fort pour être dans l’équipe la fois d’après, prouver qu’on avait besoin de moi et réaliser mon rêve.

Je ne voulais pas baisser les bras. Baisser les bras, c’est abandonner et je trouve que c’est lâche. Quand tu as une blessure, il faut toujours revenir si tu le peux. J’ai eu des entorses parce que j’avais des chevilles fragiles. Je pense que quand on fait du haut niveau, si on ne passe pas par une blessure, on n’a pas assez de vécu quand ça nous arrive au moment fatidique, peu avant la compétition. Physiquement, on pourrait alors revenir, mais dans la tête, c’est vraiment dur de revenir si on n’a jamais vécu ces moments. J’ai eu beaucoup de blessures mais je pense que c’est aussi ce qui a forgé mon caractère dans la vie et fait en sorte que je puisse avancer.

Après les Jeux Olympiques, tu as annoncé arrêter ta carrière de haut niveau. A quel moment et pour quelles raisons as-tu pris cette décision ?

J’ai pris ma décision avant les Jeux. C’est vrai que c’était un choix compliqué. J’avais envie de continuer parce que j’adore la gym. Mais ce qui a été difficile était de se dire qu’à un moment, le corps allait dire stop avec des blessures. Est-ce que ça valait le coup de continuer et se refaire mal, ou bien valait-il mieux essayer de retrouver une vie à peu près normale, sans forcément arrêter complètement ? J’avais fait les Championnats d’Europe, les Championnats du monde, les Jeux… Mes objectifs avaient été atteints et je savais que je ne pourrais pas faire mieux. Donc je ne voyais pas pourquoi continuer pour faire la même chose !

Désormais, comment vois-tu ton futur ? Continues-tu la gymnastique en loisir et souhaites-tu trouver un métier dans ce domaine ?

Je continue la gym, mais pas en loisir. Je continue pour faire des compétitions nationales avec mon club (le top 12 et la Coupe de France). Mais je ne fais plus de compétition individuelle. Je m’entraîne un petit peu tous les jours mais c’est beaucoup moins intense. Je suis aussi à la fac de sport et on a réussi à faire en sorte que je puisse faire les deux. Après, j’aimerais bien devenir entraîneur de gym. Je souhaite donner mon expérience à des plus jeunes et les aider !

Merci beaucoup Aurélie pour ta disponibilité !

Crédit photos : Thomas Schreyer (photos 1 et 3)

La carrière d’Aurélie Malaussena en quelques lignes :

Aurélie Malaussena entre en équipe de France de gymnastique en 2006. En 2009, âgée de 16 ans, elle remporte la médaille d’or par équipe aux Jeux Méditerranéens disputés à Pescara (Italie).

En 2010, elle est sélectionnée pour les Championnats d’Europe (4e par équipe) et pour les Championnats du monde de Rotterdam (23e en individuel et 11e par équipe). Un an plus tard, elle termine 21e en individuel et 10e par équipe aux Championnats du monde de Tokyo.

En 2012, elle participe aux Jeux Olympiques de Londres et est même la capitaine de l’équipe de France féminine.  Elle est la seule Française qualifiée en finale du concours général individuel, où elle prend la 23e place. En équipe, la France termine 11e. Elle décide de mettre un terme à sa carrière après les JO mais continue désormais la gymnastique pour les compétitions par équipe avec son club.