Interview de Benjamin Auffret

(plongeon)

Lors des Jeux Olympiques de Rio en 2016, Benjamin Auffret a terminé à la quatrième place de l’épreuve du plongeon à 10 mètres, signant ainsi une performance historique pour le plongeon français. Depuis, il a continué sa progression avec notamment le titre de champion d’Europe en 2017. De quoi nourrir de bon espoirs pour les Jeux Olympiques de Tokyo, qui auront lieu dans deux ans.

Benjamin, ta saison 2018 est pour l’instant marquée par deux podiums aux World Series. Es-tu satisfait de ta saison jusqu’à présent ?

Oui, j’en suis très satisfait. Je n’avais jamais obtenu de médaille en individuel aux World Series. J’en avais eu avec Laura Marino en synchronisé mixte, mais ce n’est pas comparable. Faire quatre finales sur quatre possibles en individuel cette saison et remporter deux médailles, ça fait plaisir ! Ça prouve que je travaille dans le bon sens et c’est encourageant. Il reste la Coupe du monde et les Championnats d’Europe, où il faudra défendre mon titre. Pour l’instant, je suis satisfait !

Tu as décroché le titre de champion d’Europe de plongeon à 10 mètres l’année dernière. Etait-ce un objectif clair en arrivant ou bien une bonne surprise ?

Ça a été une bonne surprise, principalement parce que j’avais passé les trois semaines précédentes sans plonger. J’étais blessé à la hanche et je ne pouvais plus lever la jambe. Je suis arrivé aux Championnats d’Europe et j’ai repris le plongeon sur place. Forcément, les ambitions de médaille étaient sorties de ma tête. Il s’agissait plus de se préparer pour les Championnats du monde. J’ai gagné les éliminatoires. Cela restait les éliminatoires et il ne fallait pas s’enflammer. Mais la médaille était alors possible, d’autant plus que j’avais gagné avec une belle avance. A ce moment-là, je me suis rendu compte qu’une médaille était possible, mais je ne croyais pas trop au titre. Et finalement, je l’ai fait !

Sens-tu que ce titre de champion d’Europe a changé le regard des autres concurrents sur toi ?

Je ne pense pas que le regard des autres concurrents ait beaucoup changé. Cela confirmait mes performances, car depuis 2015 j’étais dans toutes les finales et je tournais autour des cinq premiers. Mais c’est peut-être moi qui me mets plus la pression !

En 2016, tu as terminé quatrième des Jeux Olympiques de Rio. Avec le recul, quel sentiment domine : la déception d’être passé aussi près du podium ou bien la satisfaction d’un bon classement peu de temps après une blessure ?

Le premier sentiment, c’est un peu le regret. Malgré tout, le podium était encore loin. Quand on est au-delà des 500 points, c’est assez difficile d’aller chercher les 20 derniers points que me manquaient. Peu après une blessure, j’ai quand même fini à quatre points de mon record personnel. J’ai vraiment pas mal plongé et les autres ont un peu raté. Il s’agissait des médailles Olympiques les plus accessibles en termes de points depuis un bon nombre d’années. Mais si on met des « si » pour moi, il faut refaire le concours pour tout le monde. En gardant les pieds sur terre, ça reste un bon souvenir !

Raconte-nous comment tu as vécu ces premiers Jeux Olympiques. Tu as pu participer aux cérémonies d’ouverture et de clôture ? Tu as pu aller voir d’autres épreuves ?

Je n’ai pas pu aller à la cérémonie d’ouverture, même si je voulais vraiment y aller. Mais en arrivant sur place, j’ai quand même bien pu ouvrir les yeux et profiter. On est arrivé sur place le 7 août et je passais le 20. J’ai vraiment pu profiter pendant les cinq-six premiers jours. Après, on est entré avec les autres plongeurs français en mode compétition comme on le fait toujours, à une semaine de l’épreuve.

Comment en es-tu arrivé à faire du plongeon à haut niveau ? Est-ce un sport que tu pratiques depuis que tu es petit ?

Non. J’ai commencé quand j’avais 15 ans, en septembre 2010. Avant, je faisais de la gymnastique et j’étais en pôle Espoirs, qui est le plus haut niveau quand on a 13-14 ans. Mais comme beaucoup de gymnastes, j’ai eu des blessures de croissance parce que c’est un sport traumatisant. J’ai donc dû moins m’entraîner. Et comme il y a des quotas et des places limitées en compétition, mon entraîneur de gymnastique de l’époque m’a dit qu’il ne pouvait plus me garder en gymnastique à haut niveau. Par contre, il m’a proposé de me présenter l’entraîneur de plongeon, qui avait déjà effectué des reconversions de gymnastes. J’ai alors essayé. Cela m’a vite plu, et j’ai aussi plu car il a rapidement proposé ma candidature pour entrer à l’INSEP.

Pour moi, le plongeon a toujours été à haut niveau. Quand je suis entré à l’INSEP, on m’a expliqué qu’il fallait rapidement atteindre certains résultats.

Se lancer en haut d’un plongeoir à 10 mètres et faire des acrobaties, cela est très impressionnant. Le sentiment de peur est-il parfois présent quand tu es en haut du plongeoir ?

Il n’est pas parfois présent, il est toujours présent ! Ça dépend aussi de la période de la saison. Quand est on est en pleine période de compétition, qu’on a réalisé les plongeons des dizaines de fois et qu’on travaille les détails, le plongeon ne fait plus forcément trop peur. Mais dès que cela fait un mois le plongeon n’a pas été réalisé, pour cause de vacances ou de blessures, la peur est vraiment présente.

Quels sont tes prochains objectifs, à court et moyen terme ? Penses-tu déjà aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020 ?

Tout gravite autour de Tokyo 2020. Toutes les compétitions d’ici-là seront de l’entraînement ou bien un moyen de s’y qualifier. L’objectif est d’obtenir le ticket le plus vite possible. Dès l’année prochaine, le champion d’Europe et les finalistes aux Championnats du monde auront leurs places.

A plus court terme, l’objectif est la médaille européenne cet été. En plongeon, tout va très vite : des gens n’étaient pas là l’année dernière, des gens sont partis… Je n’arrive pas en favori. Je fais partie des prétendants aux médailles. Dans une compétition de plongeon, l’ordre est défini à chaque fois à la fin du dernier tour. Même au cinquième plongeon, ce n’est pas terminé. Il faut attendre le sixième car un seul plongeon raté et c’est fini. On verra !

Merci beaucoup Benjamin pour ta disponibilité et bonne chance pour la suite de la saison !

La carrière de Benjamin Auffret en quelques lignes :

Spécialiste du plongeon à 10 m, Benjamin Auffret participe pour la première fois aux Championnats d’Europe en 2013. L’année suivante, il finit 9e des Championnats d’Europe. Il continue sa progression en 2014, terminant 5e des Championnats du monde et 4e des Championnats d’Europe.

Il se distingue lors des Jeux Olympiques de Rio en 2016 en prenant la 4e place de l’épreuve à 10 m. Il s’agit de la meilleure place d’un Français à 10 m dans l’histoire des Jeux Olympiques. En 2017, il remporte le titre de champion d’Europe et termine 7e des Championnats du monde.

Cette année, Benjamin Auffret a terminé 3e à deux reprises sur le circuit des World Series (à Kazan et à Fuji). Aujourd’hui âgé de 23 ans, il vise les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020.