Interview de Boris Sanson

(escrime)

Cette semaine, c’est l’escrimeur Boris Sanson qui a accepté de répondre à nos questions. Champion olympique avec l’équipe de France de sabre lors des Jeux Olympiques de Pékin en 2008, il vise cette année les Championnats du monde qui se dérouleront à Paris, en novembre. Entretien.

Boris, lors des Jeux Olympiques d’Athènes, en 2004, tu étais remplaçant de l’équipe de France de sabre et tu n’as donc pas pu monter sur le podium ni recevoir de médaille d’or. Est-ce que cela a été difficile à gérer pour toi sur le moment et dans les mois qui ont suivi ?

« Sur le moment, c’est un peu particulier parce qu’il y avait d’un côté la victoire de l’équipe de France, et puis de l’autre ma non-présence sur le podium et une grosse déception : pendant la saison, j’avais avancé avec les gars, j’étais avec eux pendant les Jeux, et finalement j’ai eu la déception de ne pas bénéficier de ce titre, même si je n’ai pas tiré. Il y a donc eu du plaisir et un peu de tristesse aussi.

Après, quand tu te présentes, tu dis : « je suis membre de l’équipe de France championne olympique ». En fait, tu n’es pas vraiment champion olympique parce-que tu n’as pas de médaille, donc tu ne sais pas trop où te situer. »

Deux ans plus tard, tu es devenu Champion du monde par équipe à Turin, en Italie. As-tu considéré ce titre comme une revanche ?

« Non, car je ne suis pas quelqu’un de revanchard. Ce ne sont pas des revanches, ce sont des épreuves, des choses qui avancent au fur et à mesure. C’était une nouvelle expérience qui s’est offerte à moi et j’ai eu le plaisir d’être Champion du monde avec l’équipe. Mais en aucun cas je n’ai considéré ça comme une revanche. »

Lors des Jeux Olympiques de Pékin, en 2008, tu es devenu Champion olympique par équipe et tu as été décisif dans la victoire. Penses-tu que ton expérience des JO d’Athènes a eu un impact dans cette victoire ?

« Non, déjà parce qu’il y a quatre ans de différence. En quatre ans, il y a beaucoup de choses qui se passent. Pendant les Jeux d’Athènes, je n’étais pas titulaire donc je n’ai pas pu m’imprégner de cette expérience que sont les Jeux Olympiques en tant qu’acteur : j’ai plutôt vécu ça comme spectateur. Donc voilà, c’était vraiment deux situations qui étaient complètement différentes, avec deux approches totalement différentes. A Athènes, j’étais relativement jeune, alors qu’à Pékin, j’étais confirmé, donc cela n’avait vraiment rien à voir. Peut-être que je pouvais savoir ce qui allait se passer mais ça ne m’a pas servi ou desservi pour ces Jeux Olympiques. »

Considères-tu qu’être Champion olympique a changé ta vie ?

« Ca n’a pas changé ma vie. Ca permet de valider un travail ou même un rêve, des espoirs que l’on a depuis tout gamin. Ca permet aussi de pouvoir se dire qu’on a fait quelque chose et de pouvoir continuer à se lancer sur d’autres projets. Mais ça n’a pas changé ma vie en soi : je n’ai pas gagné beaucoup plus d’argent, je ne suis pas plus connu. Au niveau du respect dans le milieu de l’escrime, ça ne change pas non plus. Peut-être parfois le regard des gens sur moi change en sachant que je suis champion olympique et qu’ils m’ont vu à la télé, mais c’est très rare. Je ne pense pas avoir changé et d’ailleurs je n’aurais pas voulu changer ! »

En revanche, lors de ces JO, tu as été éliminé en huitièmes de finale en individuel. Quel regard portes-tu sur cette prestation ?

« C’est une déception parce-que je m’étais préparé à faire quelque chose de bien pendant les Jeux Olympiques. Pendant la saison, je n’avais pas été flamboyant mais je m’étais préparé correctement pour ces Jeux. En huitièmes de finale, j’ai rencontré un Italien qui m’avait battu deux ou trois fois dans la saison donc je savais que ce serait difficile. Il a été plus fort que moi ce jour-là, j’ai été un peu moins bien préparé. Je me sentais déçu par rapport à ma prestation et à ce que je savais faire aussi, d’autant plus en voyant mes collègues (ce n’était pas du tout de la jalousie, bien au contraire j’étais très content pour eux) continuer les étapes en faisant deuxième et quatrième alors que moi je m’étais arrêté relativement tôt par rapport à eux. »

De façon générale, prends-tu plus de plaisir dans une compétition en individuel ou en équipe ?

« Ca n’a rien à voir, parce qu’en individuel, tu tires pour toi. Que tu gagnes ou que tu perdes, tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même ou tu ne peux que te féliciter. Alors que par équipe, il y a une synergie qui est différente : on partage la victoire, la défaite, donc on ne peut pas comparer. C’est vrai que j’ai eu pas mal de médailles par équipe et qu’il m’en manque maintenant une en individuel, du coup j’essaie de me remobiliser pour faire des choses intéressantes en individuel. »

En novembre prochain auront lieu les Championnats du monde, à Paris. Quels y seront tes objectifs ?

« Déjà, cela va être de me qualifier, parce-que j’ai une saison qui est difficile. Je fais ma plus mauvaise saison depuis quelques années et de toute manière, il faut que je continue à travailler. Et puis après, les Championnats du monde, c’est une journée qui est complètement différente. J’ai remarqué que tout le monde pouvait être performant et que j’avais le niveau sur une journée de pouvoir faire quelque chose de très bien, et donc d’être Champion du monde en individuel. Après, l’épreuve par équipe, c’est un projet qui se monte à plusieurs, mais déjà je monte mon parcours individuel pour être Champion du monde, et bien entendu par équipe, ce sera le collectif qui sera important. »

Tu as actuellement 29 ans. As-tu déjà une idée de la date de ta fin de carrière et as-tu commencé à préparer un peu ta reconversion ?

« La date de fin de carrière, je ne sais pas encore. Ma reconversion, je la prépare par des études de kiné. Je dédouble mes années de kiné donc ça me prend plus de temps. Normalement, c’est en trois ans alors que moi, j’en fais six, donc il me reste un an l’année prochaine. Et après, j’avoue que je ne sais pas si j’irai jusqu’aux Jeux, si je continuerai ou si j’arrêterai. J’ai un peu saturé l’année dernière, je reprends un peu de plaisir cette année, donc il faut y aller en douceur, et se faire plaisir. Le moteur principal, c’est le travail et le plaisir. Donc voilà, ma reconversion, elle se prépare, mais pour ma fin de carrière, je ne sais pas encore ! »

Merci beaucoup Boris pour ta disponibilité ! Bonne chance pour la suite de la saison !

La carrière de Boris Sanson en quelques lignes :

Pratiquant le sabre, Boris Sanson intègre l’équipe de France senior en 2000. Trois ans plus tard, il est médaillé de bronze des Championnats d’Europe.

Lors des Jeux Olympiques d’Athènes, en 2004, il est remplaçant de l’équipe de France. Après la blessure à la main de Damien Touya en demi-finale, il a failli rentrer, mais ce dernier a finalement terminé la compétition et la France a remporté la médaille d’or. Boris Sanson remporte alors ses premières médailles mondiales par équipe lors des Championnats du monde, avec l’or (en 2006), l’argent (en 2007) et le bronze (en 2005).

Pour les Jeux Olympiques de Pékin, en 2008, Boris Sanson est titulaire en équipe de France. Après une élimination en huitièmes de finale sur l’épreuve individuelle, il est décisif dans l’épreuve par équipe et remporte avec Nicolas Lopez et Julien Pillet (et Vincent Anstett, remplaçant) la médaille d’or.

Aujourd’hui âgé de 29 ans, Boris Sanson va tenter de se qualifier pour les prochains Championnats du monde, qui auront lieu à Paris en novembre prochain.

Pour en savoir plus sur Boris, visitez son site officiel : boris-sanson.info