Interview de Camille Serme

(squash)

A 22 ans, Camille Serme est l’étoile montante du squash français. Révélée lors des Championnats du monde 2010 où elle a atteint les demi-finales, elle n’a depuis plus quitté les dix premières places du classement mondial. En 2011, elle est devenue vice-championne d’Europe. Nous l’avons rencontrée.

Camille, ton année 2011 a notamment été marquée par ta médaille d’argent aux Championnats d’Europe en mai dernier. Quel regard portes-tu sur l’ensemble de cette année 2011 ?

Dans l’ensemble, je dirais qu’elle a été irrégulière. Après mon bon résultat aux Championnats du monde en septembre 2010, j’attendais de pouvoir rééditer mon exploit régulièrement mais ça n’a pas été le cas. J’étais donc un peu déçue à ce niveau-là. Etre vice-championne d’Europe n’était pas mal, même si j’aurais voulu avoir le titre. Après, en juin et juillet, j’ai fait de bons tournois en Asie et des bonnes performances mais depuis septembre, je suis irrégulière. C’est donc un peu mitigé !

Tu es depuis plusieurs mois classée dans le top 10 mondial. A quel moment considères-tu que tu as franchis un cap ?

C’est surtout quand j’ai fait ma performance aux Championnats du monde, en septembre 2010. Je venais juste de rentrer dans le top 10 et je n’en suis pas sortie depuis : je suis restée entre la septième et la dixième place. Je pense que c’est là où j’ai vraiment pris conscience que je pouvais aller chercher les meilleures. Concernant la numéro 1, c’est encore dur, mais j’ai battu au moins une fois toutes les autres donc tout est faisable !

En septembre 2010, tu as atteint les demi-finales des Championnats du monde. Avant la compétition, te sentais-tu capable d’un tel résultat ?

Pas du tout. En fait, ce n’était pas un tournoi qu’on avait vraiment préparé. Avec mon entraîneur, on ne s’était pas fixé d’objectifs. C’est d’ailleurs peut-être aussi pour ça que j’ai réussi à faire un coup : je suis arrivée comme pour un autre tournoi. Dès le premier tour, je n’avais pas un match facile. Je n’avais pas du tout fixé d’ambition et quand j’ai passé le deuxième tour, c’était déjà une belle performance parce qu’il s’agissait d’une fille du top 10 que je n’avais jamais battue. Après, j’ai gagné contre la numéro 2 mondiale et ce n’était vraiment pas attendu. J’étais bien et détendue. Ce n’est pas facile maintenant car je n’arrive plus à me remettre dans cet état-là.

Justement, tu as battu la numéro 2 mondiale en quarts-de-finale de ces Championnats du monde alors que tu ne lui avais jamais pris le moindre jeu. Cela a-t-il été difficile de se reconcentrer sur la demi-finale après un tel exploit ?

Oui ! En plus, j’ai eu beaucoup de sollicitations médiatiques et c’était la première fois que cela m’arrivait. Maintenant, je saurais comment gérer cela si ça m’arrive encore. Mais là, c’est vrai que je me suis laissée submerger par tous les messages de proches et d’amis ainsi que par les medias. Avec mon entraîneur, on a essayé de rester concentré mais ce n’était pas évident. J’avais laissé trop d’influx nerveux. Même si on s’était dit que c’était un autre jour et que j’étais en demi-finale, je n’avais plus d’influx nerveux et je n’y arrivais plus sur le cours. Physiquement, ça allait et je pense que je pouvais encore donner, mais mentalement, je n’étais plus dedans. Ça me forge !

Tu es la première Française à avoir atteint les demi-finales d’un Championnat du monde. Est-ce une information à laquelle tu attaches une importance particulière ?

Oui, mais ce que j’aime bien retenir aussi est ce qui concerne classement. Le meilleur classement qu’une Française avait atteint était dixième et je suis montée septième mondiale. Je suis fière et honorée d’être déjà à ce niveau mais je n’ai pas envie de m’arrêter là (rires) !

Malgré plusieurs tentatives, le squash n’est toujours pas une discipline olympique. Est-ce frustrant pour toi de ne pas pouvoir jouer cette compétition ?

Oui, surtout étant donné que je fais mes études à l’INSEP et que je suis avec quelqu’un qui fait une discipline olympique, le kayak. Cette année, c’est 2012 et tout le monde en parle : l’objectif, ce sont les JO. C’est frustrant de ne pas pouvoir se dire qu’on peut les faire !

Tu as quand même un petit espoir que le squash devienne olympique avant la fin de ta carrière ?

Avant la fin de ma carrière, ce sera dur ! On va encore essayer l’année prochaine. L’organisation mondiale a engagé une entreprise spécialement pour organiser la candidature du squash. Vu ce qu’ils nous ont présenté, je pense qu’on a plus de chance d’y rentrer même si ce n’est pas gagné. Mais même cela se fait, ce sera pour les JO de 2020 donc j’aurais la trentaine passée… Il faudrait alors que je pousse bien. Certes, il y en a qui ont 35 ans et qui jouent encore, mais bon… On verra, on n’en est pas là !

Le squash te permet-il de vivre ou bien tu dois avoir une activité à côté ?

Pour en vivre, c’est compliqué. On le peut quand on est dans le top 10 mondial, voire même le top 20 chez les hommes. Moi, je fais des études de journalisme et j’ai depuis juillet un travail au Conseil Général du Val-de-Marne. Ce dernier embauche dix sportifs de haut niveau pour leur apporter une aide financière et en même temps leur offrir des formations pour ensuite entrer sur le marché du travail.

Le squash est surtout populaire en Angleterre et dans ses anciennes colonies. Les infrastructures en France sont-elles assez développées pour le haut niveau ?

Non. On manque de terrains. On n’a pas de court vitré fixe alors que les plus grandes compétitions sont jouées dessus. C’est un grand manque. Et les plus gros clubs ont une dizaine de courts alors que ça va jusqu’à vingt à l’étranger, où il y a des structures énormes. La Fédération y travaille. Il y a aussi un projet dans mon club de Créteil. Mais pour l’instant, ce n’est pas encore assez développé. Il y a toujours l’image du cadre qui va se défouler entre midi et deux. Le haut niveau a encore du mal à casser cette image.

Tu es amenée à beaucoup voyager pour disputer des tournois. Est-ce-que cela est du pur bonheur ou bien c’est parfois un peu pesant ?

C’est quelquefois un peu pesant. C’est vrai que c’est une chance de beaucoup voyager. Sur les tournois lointains, on est obligé de partir plus longtemps à cause au décalage horaire donc on peut parfois en profiter pour faire un peu de tourisme. Mais parfois, c’est un peu pesant quand les tournois s’enchaînent et qu’on n’a qu’une semaine ou quelques jours à la maison avant de repartir. Je sais qu’après ma carrière, je préfèrerais être posée tranquillement chez moi plutôt que de trop partir !

Tu es l’actuelle numéro 10 mondiale. Dans quels domaines dois-tu selon toi progresser pour atteindre les toutes premières places ?

Dans tous les domaines ! Je pense que j’ai encore des progrès à faire mentalement : je me mets encore des barrières que je dois casser. Après, ce sont des petits détails techniques ou tactiques. La tactique est très importante, il faut savoir l’adapter à l’adversaire et ce n’est pas facile. C’est aussi un cap à passer. L’été dernier, quand j’avais fait des bons résultats, on trouvait avec mon entraîneur que c’était mieux. Mais il y a encore des progrès à faire là-dessus !

Pour finir, quels sont tes objectifs pour l’année 2012  et ensuite à plus long terme ?

A plus long terme, c’est d’être numéro 1 mondiale. Pour l’année 2012, je ne m’en fixe pas vraiment. Quand je me mettais des objectifs bien précis, ça me mettait de la pression et ça me gênait plus qu’autre chose. Alors même si je me dis que j’aimerais bien entrer dans le top 5, je n’ai pas envie de me mettre de la pression avec ça. Je vais prendre match après match. Il vaut mieux se focaliser sur ce qu’il y a à travailler plutôt que sur un résultat ou un classement. Sinon, fin novembre 2012, les Championnats du monde par équipe auront lieu en France (à Nîmes) et nous avons comme objectif de faire podium. C’est un gros événement sur lequel nous nous concentrons au quotidien !

Merci beaucoup Camille pour ta gentillesse et ta disponibilité ! Bonne chance pour la suite !

Crédits photos : Stéphane Rodriguez (photo 2) et squashpics.com (photo 3)

La carrière de Camille Serme en quelques lignes :

Camille Serme débute le squash à l’US Créteil, club dont elle est toujours membre. En junior, elle remporte trois titres de championne d’Europe et devient une fois vice-championne du monde. En 2007, elle est désignée meilleure jeune joueuse mondiale de l’année et en 2009, elle reçoit la distinction de la joueuse ayant le plus progressé.

En septembre 2010, elle se distingue aux Championnats du monde en atteignant les demi-finales, performance qu’aucune joueuse française n’avait alors réussi. Au cours de la compétition, elle bat la numéro 2 mondiale en quarts-de-finale avant de s’incliner contre la numéro 4. En 2010, elle remporte également la médaille de bronze des Championnats d’Europe en individuel et la médaille d’argent par équipe.

En mai 2011, elle devient vice-championne d’Europe. Agée de 22 ans, Camille Serme occupe actuellement la dixième place du classement mondial.

Pour en savoir plus sur Camille, visitez son blog : camilleserme.blog4ever.com