Interview de Cécilia Berder

(escrime)

Cécilia Berder fait partie de l’équipe de France féminine de sabre qui est devenue vice-championne du monde et vice-championne d’Europe en 2014. Elle aborde le début des qualifications aux Jeux Olympiques de Rio avec ambition. Nous l’avons rencontrée.

Cécilia, tu as remporté ta première épreuve de Coupe du monde en mars 2014 à Antalya. Considères-tu que cette victoire puisse être un déclic pour la suite de ta carrière ?

Cela m’a fait du bien l’année dernière. Ça m’a soulagée et ça a montré que je travaillais dans le bon sens. Au-delà de ça, il y a eu beaucoup de défaites au cours desquelles j’ai bien plus appris et progressé. Maintenant, il faut confirmer et c’est ce qui est le plus difficile. C’est bien de gagner une fois mais le mieux est de gagner plusieurs fois. Je suis déjà passée à autre chose depuis un moment !

Lors de cette année 2014, tu as aussi remporté deux médailles d’argent par équipe aux Championnats d’Europe et du monde. As-tu rempli tous tes objectifs sur cette année 2014 ?

Non, car il n’y a pas eu de médaille d’or. Or, je ne fais pas d’escrime pour l’argent, que ce soit au niveau financier ou du métal de la médaille. Les Championnats du monde et les Championnats d’Europe étaient des événements magnifiques et remporter ces médailles par équipe est un très bon souvenir. C’était une bonne année 2014 mais c’est l’or que je cherche. J’aurais pu mieux faire en Grands Prix et au classement mondial. Aux Championnats du monde en individuel, j’ai perdu en huitièmes de finale et j’aurais aussi pu mieux faire. Il y a pleins de progrès à faire partout et ça me plaît !

Les Championnats d’Europe ont eu lieu en France, à Strasbourg. On imagine que cela a été un souvenir très marquant de remporter une médaille devant le public français ?

C’était incroyable ! C’était de très beaux Championnats d’Europe, bien organisés et avec du monde. Je garde de très bons souvenirs de notre quart-de-finale et de notre demi-finale, où on a battu nos adversaires en les dominant de A à Z. C’était vraiment plaisant car on sentait que notre équipe était très dense, très soudée, très consciente de l’événement, très motivée et très concentrée. Ce genre d’attitudes me plaît vraiment. L’équipe est vraiment née là-dedans. Après, on a perdu contre la Russie et j’ai réalisé un moins bon match. Il reste donc un peu d’amertume avec cette médaille d’argent, mais on n’avait plus remporté de médaille en grand championnat depuis 2010 et les Mondiaux de Paris. Remporter cette nouvelle médaille a été un vrai déclic pour notre équipe. On s’est dit qu’on pouvait faire quelque chose. Notre équipe est forte, jeune et en construction. On peut commencer à faire peur.

L’équipe de France de sabre est jeune et les Jeux Olympiques de Rio ont lieu l’année prochaine. Au sein de l’équipe, vous êtes-vous déjà donné un objectif clair pour les JO ?

Oui. On est une bonne quinzaine d’athlètes en tout et l’équipe sera constituée de quatre filles. C’est un projet qui concerne beaucoup de personnes et tout le monde ne pourra malheureusement pas faire partie de l’équipe à la fin. Mais chacune a conscience que le projet est passionnant. Pour se qualifier à Rio, il faut faire partie des quatre meilleures nations mondiales au ranking ou obtenir le quota par continent, sachant que le continent Europe est le plus dur à obtenir. Notre objectif est donc d’être dans les quatre premières équipes mondiales. C’est un projet long et ambitieux parce que ça commence en avril et que ça va durer un an. Il y aura plusieurs Coupes du monde par équipe ainsi que les Championnats du monde et d’Europe.

En 2012, tu n’as pas pu participer aux Jeux Olympiques de Londres. Cela a-t-il été difficile à digérer ?

Oui, ça a été très dur. En 2008, j’étais remplaçante et j’avais 18 ans. Comme il y a un roulement des épreuves, il n’y avait pas de compétition par équipe en 2012 et c’était donc un projet très individuel. Clairement, je me suis perdue. Il fallait être dans le top 12 mondial et je n’ai pas fait une bonne saison en 2012.

J’ai regardé les Jeux à la maison et c’était un cauchemar. Je me réveillais tous les matins pour être devant la télé mais c’était dur parce que j’avais envie d’être là-bas. Je pensais à mes copains qui étaient là-bas et qui ne ramenaient pas de médaille. On se sent inutile. Il y a eu une succession de mauvais éléments et la roue n’a pas tourné dans notre sens. Cette épreuve a vraiment marqué l’escrime française au fer rouge mais on a du caractère et on commence à relever la tête.

Tu as remporté en tout trois médailles par équipe aux Championnats du monde et deux par équipe aux Championnats d’Europe. Désormais, ton grand objectif est une médaille d’or par équipe ou une médaille individuelle ?

Pour 2015 et 2016, c’est vraiment l’équipe qui m’importe. Si on me demande de choisir entre championne du monde par équipe ou championne du monde individuelle, je choisis d’être championne du monde par équipe. Je n’hésiterais pas une seule seconde ! C’est un projet collectif et même s’il n’y a que quatre filles sur la piste, les quinze sont concernées. Il y a une dynamique de groupe bien plus intéressante que s’il y a juste une personne qui est championne du monde.

Tu as participé à tes premiers Championnats d’Europe à l’âge de 18 ans en 2008, et tu y as remporté la médaille de bronze par équipe. Raconte-nous un peu ces débuts tonitruants ?

C’était incroyable ! Léonore Perrus s’était malheureusement blessée et je l’ai remplacée dans l’équipe, qui était constituée de grandes championnes : Anne-Lise Touya, Carole Vergne et Solenne Mary. C’est toujours délicat de remplacer quelqu’un. J’avais déjà planifié mes vacances pour partir quand le coach m’a appelée. En individuel, j’ai perdu assez rapidement parce que je n’étais pas au niveau. Par équipe, j’étais remplaçante. On a eu la médaille de bronze et ce sont de bons souvenirs ! Je me suis alors dit qu’il fallait que je travaille trente fois plus pour que ce soit un quotidien !

L’escrime est encore un sport amateur en France. Quelles sont tes activités à côté ?

J’ai fini un Master de Journalisme et je travaille au Ministère des Sports. Je suis en recherche de travail et je suis en contacts avec une grande radio française. Je fais des piges à droite à gauche pour garder une activité cérébrale mais je dois m’entraîner deux ou trois fois par jour donc c’est compliqué. Je veux garder un à côté et d’autres centres d’intérêts. Mais je suis vraiment à fond dans l’escrime !

Merci beaucoup Cécilia pour ta disponibilité !

La carrière de Cécilia Berder en quelques lignes :

Pratiquant le sabre, Cécilia Berder remporte sa première médaille internationale lors des Championnats d’Europe 2008 avec le bronze par équipe.

Elle enrichit son palmarès par équipe avec l’argent lors des Championnats du monde 2009 et le bronze lors des Championnats du monde 2010. En 2013, elle remporte les Jeux Méditerranéens.

En 2014, elle gagne sa première épreuve de Coupe du monde en individuel à Antalya (Turquie). Cette même année, elle devient également à la fois vice-championne du monde et vice-championne d’Europe par équipe. Actuellement âgée de 25 ans, Cécilia Berder vise la qualification aux Jeux Olympiques de Rio 2016.