Interview de Céline Goberville

(tir au pistolet)

Céline Goberville a marqué les Jeux Olympiques de Londres 2012 en remportant la toute première médaille de la délégation française. Vice-championne Olympique du tir au pistolet à 10 m, elle a aussi été double championne d’Europe et porte-drapeau de la délégation française aux Jeux Européens de Bakou 2015. Nous l’avons rencontrée.

Céline, tu es devenue vice-championne olympique du pistolet à 10 m à Londres en 2012. A l’époque, cette médaille était-elle une surprise pour toi ou bien un objectif affiché en arrivant aux Jeux Olympiques ?

Pour moi, c’était clairement une surprise. Il s’agissait de mes premiers JO et j’y allais pour la découverte, même si je les prenais au sérieux car je m’étais préparée pour y être performante. Je n’avais même pas imaginé gagner une médaille là-bas. Dans mon esprit, si je rentrais en finale, dans les huit premières, j’étais contente ! C’était donc une surprise !

Lors de cette finale Olympique, tu étais en tête à un tir de la fin puis tu as du passer par un tir de barrage pour remporter la médaille d’argent. Comment as-tu vécu cette finale de l’intérieur ?

C’était assez stressant. Mais en même temps, être en finale aux Jeux était déjà une surprise. Je l’ai vraiment vécue à fond, en me disant toujours qu’il s’agissait plus de sauver les meubles que d’aller gagner une médaille. J’essayais de faire au mieux, sans trop réaliser ce qui se passait. C’était donc plus facile à gérer.

A la fin, j’ai fait une faute qui, selon moi, aurait pu arriver à n’importe quel moment. Ce n’est pas le stress du dernier plomb qui a amené la faute. Après, je me suis rendue compte qu’il y avait un tir de barrage et c’est allé très vite. Je venais de voir le classement et je me disais que j’étais au moins troisième. J’étais forcément déçue parce que j’avais tutoyé la première place pendant un moment, mais très vite je me suis dit qu’il restait un plomb et que je devais tout faire pour gagner la deuxième place.

Il s’agissait de la première médaille de la délégation française lors de ces Jeux Olympiques de Londres. As-tu senti que cela a eu un impact particulier au sein de la délégation ?

Oui, clairement ! Les médias parlent d’habitude peu du tir. Mais la toute première médaille a un impact particulier sur les médias. J’ai fait le tour de tous les plateaux télé et j’ai eu des duplexs. Si je n’avais pas été la première médaille en timing, on n’en aurait pas du tout entendu parler. C’est sûr que ça a servi, pas forcément pour moi, mais plus pour le tir. La preuve, c’est que peu de monde se souvient de la médaille de bronze gagnée au skeet chez les féminines. Moi, j’ai eu de la chance d’être la première médaille française.

Tu pratiques une discipline, le tir, qui est très peu médiatisée. La période de l’après-médaille et les sollicitations qui sont arrivées soudainement ont-elles été difficiles à gérer ?

Je pense que je n’ai pas eu autant de sollicitations que les stars du sport français, qui elles sont beaucoup plus médiatisées. J’ai eu beaucoup de demandes notamment des interviews et des participations à différents événements. Il a surtout fallu faire le tri pour ne pas trop de disperser. Par contre, ça n’a pas changé grand-chose au niveau de la recherche de sponsors : aucun n’est venu de lui-même me proposer un contrat. J’ai dû continuer à aller chercher de moi-même.

Tu as été désignée porte-drapeau de la délégation française lors des Jeux Européens de Bakou cette année. Raconte-nous un peu ce rôle et cet honneur ?

C’était une surprise pour moi. Je ne m’y attendais absolument pas car il y avait beaucoup de sportifs assez connus à Bakou. Je n’avais pas imaginé être un jour porte-drapeau de ce genre de compétition ! C’était vraiment un grand honneur de pouvoir représenter la France, de porter le drapeau et d’emmener la délégation. Lors de l’entrée dans le stade, on a vraiment l’impression de porter la délégation. C’était beaucoup d’émotion et une grande fierté.

On a l’impression que l’aspect mental est primordial dans le tir. Comment te prépares-tu mentalement pour une grande compétition et juste avant un tir important ?

Je n’ai pas fait appel à un préparateur mental. Je ne fais pas non plus de sophrologie. C’est plus au vécu et à l’expérience. C’est mon père qui me coache et on ne fait rien de spécifique de ce côté-là. Ce sont les discussions qui m’aident à relativiser l’importance de l’événement. Il me donne des conseils et des consignes à appliquer pour le match : savoir pourquoi je suis là et ce que je dois faire sur chaque match.

Dans les quelques minutes ou secondes qui précèdent le tir, j’essaie de rentrer dans ma bulle. Dès qu’il y a un moment de repos, je m’autorise à en sortir complètement, pour souffler un peu et ensuite m’y replonger juste avant le prochain tir.

Le tir te suffit-il pour vivre ou bien tu dois avoir un travail à côté ?

Depuis février, j’ai un contrat avec l’Armée de Terre. Je fais partie de ce qui s’appelle « l’Armée des Champions », composée de sportifs de haut niveau pour représenter l’Armée et la Défense dans des compétitions. Je peux du coup m’entraîner à temps plein, sans avoir à me soucier de la paie qui va tomber à la fin du mois.

Tu penses aussi à la reconversion ?

J’ai un diplôme de monitrice d’équitation. Je sais que ma reconversion consistera soit à retourner dans le civil pour être monitrice, soit à rester dans l’Armée en rentrant au CSEM à Fontainebleau et ainsi continuer à travailler dans l’équitation dans l’Armée.

Tu pratiques le pistolet à 10 m mais aussi à 25 m. Peux-tu nous décrire une semaine type d’entraînement ?

Les semaines d’entraînement se suivent et ne se ressemblent pas. Cela dépend vraiment du moment de la saison et des compétitions. Je peux avoir une semaine d’arrêt et ensuite deux semaines intensives durant lesquelles je vais tirer tous les jours. J’essaie de toujours faire un peu de 10 m et de 25 m dans la semaine. En hiver, je fais plutôt quatre entraînements à 10 m et un seul à 25 m, et j’inverse l’été. Mais j’essaie de ne jamais stopper l’un ou l’autre.

Les Jeux Olympiques de Rio auront lieu l’année prochaine. Ta médaille d’argent de 2012 te met-elle plus de pression ?

Je pense qu’il y aura plus de pression, mais de la part de l’extérieur. Moi, ça fait longtemps que je suis passée à autre chose. Mais je sais qu’en 2016, tous les médias et les gens autour de moi vont me dire : « tu as eu la médaille d’argent il y a quatre ans donc cette année c’est la médaille d’or ! ». Mais les gens qui connaissent bien le tir savent que ce n’est pas du tout un objectif. Le tir est tellement aléatoire et gagner deux médailles olympiques d’affilée n’est pas donné à tout le monde. De façon générale, même sur les Coupes du monde, c’est très aléatoire. Mon objectif est d’être performante le jour J. Avoir ou non une médaille dépendra de moi mais aussi des autres. Au tir, on ne peut pas prétendre à une médaille d’or juste parce qu’on a remporté l’argent quatre ans auparavant.

Merci beaucoup Céline pour ta disponibilité et bonne chance pour la suite !

La carrière de Céline Goberville en quelques lignes

Spécialiste du tir au pistolet à 10 m et à 25 m, Céline Goberville décroche sa première victoire en Coupe du monde en 2010. En 2011, elle remporte le titre de championne d’Europe (10 m).

Lors des Jeux Olympiques de Londres en 2012, elle obtient la médaille d’argent du pistolet à 10 m. Il s’agit de la première médaille de la délégation française lors de ces JO. L’année suivante, elle est de nouveau championne d’Europe à 10 m et obtient aussi l’or aux Jeux Méditerranéens.

En 2015, elle est désignée porte-drapeau de la délégation française pour les premiers Jeux Européens, à Bakou. Aujourd’hui âgée de 29 ans, Céline Goberville va tenter de se qualifier pour ses deuxième Jeux Olympiques à Rio en 2016.