Interview de Charlotte Lembach

(escrime)

Spécialiste du sabre, Charlotte Lembach est actuellement sixième au classement mondial. Médaillée à de nombreuses reprises par équipe, elle brille aussi en individuel avec notamment une médaille d’argent et une de bronze aux Championnats d’Europe 2015 et 2016. Après des Jeux Olympiques de Rio sans médaille, elle vise désormais les Jeux de Tokyo en 2020.

Charlotte, tu es actuellement classée sixième joueuse mondiale en sabre. Jusqu’à présent, est-ce le moment de ta carrière où tu te sens la plus forte ?

Oui. Après les Jeux Olympiques, j’avais besoin de faire un petit break, de me ressourcer et de penser un peu à moi. C’est ce que j’ai fait. J’ai réussi à trouver un équilibre entre le sport de haut niveau et la reconversion. On peut dire que depuis l’année dernière, c’est une période où je me sens quasiment la plus forte.

Tu comptes à ton palmarès de nombreuses médailles d’argent et de bronze en grands Championnats, que ce soit en individuel ou par équipe. De toutes ces médailles, quelle est celle qui t’a donné le plus d’émotions ?

Celle qui m’a donné le plus d’émotions, c’est ma toute première médaille européenne et internationale (en 2014, ndlr). C’était à Strasbourg, chez moi, et c’était une médaille par équipe. C’était devant ma famille, mes proches et mon premier club formateur auquel je suis toujours licenciée. Il y avait beaucoup d’émotions. Ça reste vraiment une de mes plus belles médailles dans ma carrière.

L’année dernière, tu as remporté le Grand Prix de Moscou. Sens-tu que cela peut-être un déclic pour avoir une médaille d’or en grand championnat ?

C’est vrai que j’ai attendu très longtemps cette victoire ! Cette journée a été assez extraordinaire. Je me suis sentie bien durant toute la compétition. Ça permet de se rendre compte qu’on est capable de le faire. Là où le sport de haut niveau est dur, c’est quand il s’agit de le reproduire. C’est la rigueur qui nous permet de le faire. On sait qu’on en est capable, mais cela sera plus difficile de le réitérer.

Lors des Jeux Olympiques de Rio en 2016, tu as été éliminée d’une touche par la numéro 1 mondiale. Avec le recul, quel sentiment domine : la fierté d’un beau match avec très peu d’écart, ou la déception d’être passée très près de l’exploit ?

C’est la déception parce que c’est une personne que j’avais rencontrée toute l’année et à chaque fois, j’ai perdu 15-14, que ce soit en finale des Championnats d’Europe ou pendant la saison des Jeux Olympiques. Je n’étais donc pas satisfaite du tout. Cela était une très grosse déception de ne pas avoir réussi à trouver les clés pour mettre cette quinzième touche.

Par équipe, la France s’est faite éliminée dès la première rencontre alors que l’équipe était dans les favorites pour le podium Olympique. Avec le recul, comment expliques-tu cette contre-performance par équipe ?

On a toujours du mal à l’expliquer. On en parle encore avec les filles de temps en temps, on se demande ce qui s’est vraiment passé. On a encore du mal à s’en rendre compte et à prendre du recul par rapport à ça. Je pense qu’on était prêtes, mais que l’équipe d’Italie a été très forte sur cette compétition et a su nous prendre à la gorge. On n’a pas su se remobiliser pour inverser la tendance. On n’a pas su poser les choses à un moment donné pour se demander ce qui se passait. On est allées trop vite, à se dire que ça allait bien se passer. Ça n’a pas été le cas. C’est une part, mais il y a eu une autre part qu’on a encore du mal à expliquer.

Raconte-nous un peu comment tu as vécu la période post-Olympique. Cela-a-t-il été difficile de digérer et de se remotiver ?

Après les Jeux, j’ai fait un break de deux mois. Les coaches m’ont ensuite dit que ce serait bien que je reprenne. J’ai alors dit qu’il n’y avait pas de problème, mais que par contre l’escrime ne serait pas mon objectif premier cette année : ce serait ma reconversion professionnelle. J’étais en contrat d’image avec ma boîte, Dentsu Aegis Network. Comme j’avais aussi repris mes études, j’ai demandé à faire un contrat de professionnalisation avec eux. J’ai alors travaillé deux jours par semaine et mis l’escrime un peu plus de côté. Cela a été une excellente année. Je me suis très bien sentie, j’ai rencontré des gens merveilleux et j’ai pu faire un parallèle entre le monde du sport et le monde actif. Ça m’a permis de comprendre qu’il y a des choses similaires dans les deux mondes. J’ai rencontré des personnes qui sont sur des challenges de pression, qui doivent rebondir face à l’échec. Ça m’a permis de prendre du recul par rapport à mon sport, et d’être un peu plus mature sur ça.

L’escrime est un sport de combat. La préparation mentale joue-t-elle un rôle très important ?

Oui. Dans notre sport, il faut bien sûr avoir des qualités physiques et techniques, mais l’aspect mental joue énormément. Quand on est mené de cinq ou six touches, qu’il faut réussir à ne plus en prendre une, il faut se mettre dans une bulle. J’ai un préparateur mental. Je le vois une à deux fois par mois. On fait quelques exercices pour essayer de trouver une routine d’avant match, pour les moments où il faut avoir des pensées positives, quand il y a des moments de panique ou quand ça va bien. Je travaille beaucoup sur ça. Notre sport est quasiment à deux tiers de mental.

Quels sont tes objectifs d’ici la fin de la saison ?

Les objectifs de cette saison, c’est déjà de se sélectionner pour les Championnats d’Europe et du monde. C’est plutôt bien parti pour l’instant, mais on n’est pas à l’abri de filles très fortes dans notre groupe. Il faut donc être rigoureuse jusqu’à la fin de la saison. J’aimerais faire encore un ou deux podiums sur les Coupes du monde. Après, s’il y a sélection, l’objectif est de remporter une médaille, si possible en or. C’est vrai qu’on en a quand même beaucoup en argent et en bronze, et on aimerait vraiment aller chercher cette médaille d’or.

A moyen terme, penses-tu aux Jeux Olympiques de Tokyo ?

Au moment où j’ai quitté la piste de Rio, je me suis interdit d’arrêter. J’avais en tête aux Jeux de Rio que si je remportais une médaille, il était possible que je m’arrête car je ne suis plus toute jeune. Je viens d’avoir trente ans. C’est un objectif à moyen terme. La qualification va commencer la saison prochaine et je vais me préparer pour. J’espère faire partie des quatre filles qui seront sélectionnées pour les Jeux Olympiques de Tokyo !

Merci beaucoup Charlotte pour ta gentillesse et ta disponibilité ! Bonne fin de saison !

La carrière de Charlotte Lembach en quelques lignes :

Spécialiste du sabre, Charlotte Lembach décroche son premier podium en Coupe du monde lors de la saison 2012-2013 à Tianjin. En 2014, elle devient vice-championne d’Europe par équipe ainsi que vice-championne du monde par équipe. Lors des Championnats d’Europe 2015, elle remporte deux médailles d’argent, en individuel et par équipe.

Sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Rio en 2016, elle s’incline en 8e de finale de l’épreuve individuelle et en quarts de finale de l’épreuve par équipe. Cette même année, elle se distingue lors des Championnats d’Europe avec le bronze en individuel et l’argent par équipe.

En 2017, elle décroche deux nouvelles médailles de bronze par équipe, lors des Championnats d’Europe et du monde. Elle remporte lors de cette saison le Grand Prix de Moscou. Aujourd’hui âgée de 30 ans, Charlotte Lembach vise les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020.