Interview de Christophe Guénot

(lutte)

En 2008, Christophe Guénot remportait une médaille de bronze en lutte aux Jeux Olympiques de Pékin. En août prochain, il essaiera de rééditer une telle performance lors des Jeux de Londres pour lesquels il est désormais qualifié. Entretien.

Christophe, votre carrière est principalement marquée par votre médaille de bronze remportée lors des Jeux Olympiques de Pékin en 2008. Cette médaille était-elle un véritable objectif ou plutôt une belle surprise ?

C’était un objectif. J’avais terminé troisième des Mondiaux l’année précédente, en 2007, et troisième également aux Championnats d’Europe 2008 qui avaient lieu juste avant les Jeux. Ces deux médailles m’avaient mis en confiance et je faisais partie des favoris pour les Jeux de Pékin. Avec trois médailles de bronze d’affilée (aux Championnats du monde, d’Europe et aux JO), on va dire que je suis resté régulier !

Comment vous avez vécu ce dernier combat pour l’obtention de la médaille de bronze ?

C’était assez particulier parce qu’il y avait peu avant la finale de mon frère (Steeve Guénot, qui concourrait aussi en lutte mais dans une autre catégorie, ndlr). Je combattais trente minutes après lui. J’étais un peu dans mon coin et j’ai dû faire abstraction de la finale des Jeux de mon frère. Je n’ai pas vu son combat car je voulais rester concentré sur le mien. C’est vrai que c’était assez difficile. A l’époque, c’est mon DTN qui est venu me voir dans la salle d’échauffement  pour m’annoncer que mon frère venait de devenir champion olympique.  Du coup, j’étais content pour lui et mon cœur s’est mis à accélérer avant mon combat ! Mais en même temps, ça m’a donné l’adrénaline et le coup de fouet pour essayer d’aller chercher une médaille. Je me suis dit : « allez, le petit frère a réussi, donc moi, il faut au moins que j’aille chercher le bronze ! ».

Le combat était chaud. C’était contre un Hongrois et ça s’est joué à la dernière manche. J’étais d’ailleurs mené au score. J’ai marqué une prise à trois points dans la dernière minute, ce qui m’a fait gagner le combat. Ça s’est joué à pas grand-chose !

Lors de ces Jeux Olympiques, votre frère Steeve a lui aussi été médaillé en lutte. Avec un peu de recul, êtes-vous véritablement conscient de l’exploit que vous avez réalisé tous les deux ?

L’année précédente, il avait terminé deuxième des Mondiaux et moi troisième. On avait déjà réalisé un bel exploit ! On s’est préparé pour remporter des médailles aux JO. Il n’y a pas eu de surprise. On y est allé sans blessure, donc assez serein. Quand tu arrives sur un championnat sans blessure et avec le sourire, tu es déjà bien dans ta tête. Sinon, on sait qu’il faut être en forme le jour J pour les Jeux. Beaucoup de sportifs se mettent des barrières de stress en se disant : « ce sont les Jeux ! ». Nous, on y est allé en se faisant plaisir et ça a marché !

Mis à part cette médaille, quels souvenirs gardez-vous de ces Jeux Olympiques de Pékin ?

Je garde comme souvenirs la fête avec les autres sportifs. Sur les championnats, il n’y a que les lutteurs, alors que là, il y a toute l’équipe de France. On a une équipe derrière et pas seulement le monde de la lutte. On est tous soudés entre Français. Toutes les disciplines viennent t’encourager et après, on va encourager les autres sports. On est allé voir l’athlétisme, le handball… C’est vraiment une fête ! On est resté dix jours alors que d’habitude, on finit le championnat et on rentre à Paris. Ce qui est bien aussi, c’est que pour la plupart, on se connaît déjà de l’INSEP et on se sent donc vraiment encouragé par le reste de l’équipe.

Après une médaille olympique, le plus dur n’est-il pas finalement de confirmer ? Votre médaille de bronze aux Championnats d’Europe l’année dernière a-t-elle par exemple été un soulagement ?

Oui, c’est sûr que ça a été un soulagement. Maintenant, on est attendu et on a été étudié. Des jeunes sont arrivés dans les grosses nations. Ils ont un tel réservoir ! Nous, quatre ans plus tard, c’est quasiment la même équipe qu’à Pékin. J’ai 33 ans et ça fait dix ans que je suis dans le circuit. Mes adversaires me connaissent donc par cœur. Ils sont au courant de mes spéciales : par exemple, ils savent tous que j’arrache à droite, donc c’est encore plus dur d’arracher maintenant. Il faut trouver d’autres prises et d’autres techniques pour surprendre l’adversaire.

C’est dur de confirmer. Si mon frère devient encore champion olympique, ce sera un plus gros exploit que la première fois ! Alors même qu’il est maintenant plus fort qu’à Pékin ! Quand il fait des stages hors de France, il y a encore plus d’écart qu’avant avec les étrangers. Mais il a aussi plus de poids à perdre qu’avant, et c’est plus difficile de ce côté-là.

Vous avez remporté quatre médailles de bronze : aux JO 2008, aux championnats du monde 2007 et aux Championnats d’Europe 2008 et 2011. N’est-ce pas une frustration de ne pas avoir pu varier le métal ?

Oui. J’ai raté à chaque fois soit un combat en demi-finale soit avant, mais c’est comme ça… Dans les tournois, j’ai déjà obtenu des premières et des deuxièmes places. Je crois que c’est un peu mon destin, c’était écrit comme ça ! Mais il reste encore les Jeux, et c’est là où j’espère changer de métal !

Etre médaillé olympique et devoir aller chercher sa qualification pour les JO de Londres sur des tournois de qualification olympique, est-ce difficile à gérer ?

Ce n’est pas plus difficile que pour les autres. Ce sont les règles : il faut aller chercher sa qualification. En lutte gréco-romaine, on était tous dans la même galère : tous les Français ont dû chercher la qualification sur des tournois, et en ce qui concerne les étrangers, je crois que seulement deux des sept champions olympiques de Pékin étaient déjà qualifiés avant les tournois. Dans ma catégorie, aucun des quatre médaillés olympiques ne l’était ! En quatre ans, il y a eu beaucoup de changements. Il fallait montrer qu’on a toujours le niveau et aller chercher sa qualification. Ça donne aussi des objectifs dans la saison !

Vous avez actuellement 33 ans. Les Jeux Olympiques de Londres sont-ils votre dernier défi, ou bien vous prendrez une décision plus tard sur la suite de votre carrière ?

Je pense que c’est mon dernier défi. Il ne faut jamais dire qu’on va arrêter car on ne sait pas encore ce qui peut se passer. Mais j’ai quand même eu beaucoup de pépins, surtout ces quatre dernières années. Je me suis blessé au coude, à l’épaule, je me suis fait opéré après les JO, j’ai souvent mal au dos… La lutte est un sport assez traumatisant et assez difficile notamment avec les chutes. C’est sûr que ce seront mes derniers JO, et je pense ma dernière saison aussi !

Merci beaucoup Christophe et bonne chance pour les Jeux Olympiques !

La carrière de Christophe Guénot en quelques lignes :

Christophe Guénot évolue dans la catégorie des -74 kg. Il remporte les Jeux Méditerranéens en 2001. En 2007, il décroche la médaille de bronze aux Championnats du monde.

Il se distingue particulièrement en 2008. Il remporte tout d’abord la médaille de bronze aux Championnats d’Europe. Peu après, en août, il obtient une nouvelle médaille de bronze lors des Jeux Olympiques de Pékin. Les années suivantes sont un peu plus difficiles avec une 8e place puis une 10e place aux Championnats du monde 2009 et 2010.

C’est en 2011 qu’il monte à nouveau sur un podium en terminant troisième des Championnats d’Europe. Cette année, il a pris la 5e place des Championnats d’Europe avant d’obtenir sa qualification pour les Jeux Olympiques de Londres lors des tournois de qualification olympique.