Interview de Damien Joly

(natation)

Les Championnats du monde de natation ont actuellement lieu en Corée du Sud. Septième des Jeux Olympiques de Rio sur le 1500 m, Damien Joly participe cette année à la fois aux épreuves en eau libre et en bassin. Nous l’avons rencontré après sa quinzième place sur le 5 km en eau libre.

Damien, vous venez de terminer quinzième du 5 km en eau libre aux Championnats du monde disputés en Corée du Sud. Pour vos premiers Championnats du monde en eau libre, ce résultat correspond-il à vos attentes ?

Franchement, non. J’espérais faire mieux, même si je n’ai beaucoup d’expérience en eau libre. Je me sentais bien dans l’eau avant l’épreuve. Je pensais faire une meilleure course au niveau des placements et des passages de bouée, où je ne suis pas trop expérimenté. Au final, j’ai perdu de nombreuses places là-dessus et j’ai donc fini quinzième. Tout le long de la course, j’étais assez bien placé, dans les cinq-six premiers, mais j’ai perdu des places à chaque passage de bouée et je devais ensuite remonter à chaque fois. C’était un peu fatiguant et je n’étais pas vraiment à l’aise sur ces passages.

Je pense qu’il y avait quelque chose à jouer sur ce 5 km car la qualification olympique se jouait cette année sur le 10 km et de nombreux favoris de l’eau libre s’étaient réservés pour le 10 km. C’était jouable et je suis donc déçu. Mais le plus important, le bassin, arrive pour moi la semaine prochaine.

Vous serez engagé la semaine prochaine sur le grand bassin. Est-ce difficile de gérer la préparation de ces deux disciplines ?

C’est à peu près le même entraînement. Marc-Antoine Olivier, par exemple, s’entraîne avec moi et est spécialiste du 10 km. Il fait des entraînements similaires et la différence est qu’il fait juste des séries un peu plus longues. Lui et moi avons la même semaine type : on s’entraîne dix fois dans l’eau et deux fois en musculation. David Aubry arrive lui aussi à concourir à la fois en bassin et en eau libre, depuis l’année dernière. C’est complètement compatible. Il faut juste bien gérer le calendrier et avoir une bonne organisation. Mon entraîneur est Philippe Lucas. Il s’y connaît très bien et sait comment gérer l’entraînement et des compétitions, donc il n’y a pas de soucis. Les épreuves de natation en bassin restent quand même pour moi ma discipline numéro 1 et mes objectifs pour les Jeux Olympiques sont dessus.

Dans le futur, avez-vous envie de continuer à pratiquer les deux disciplines ?

Oui, c’est le début pour moi en eau libre. C’est quelque chose que j’aime, malgré que ce soit difficile. Lors de ce 5 km, je n’ai pas pris beaucoup de plaisir, mais il y a quelques moments de la course où j’étais bien. Et puis, ça change du bassin. Ça diversifie. Allier deux disciplines n’est pas plus mal !

Revenons un peu en arrière : en 2012, vous avez participé à vos premiers Jeux Olympiques, à Londres. Quels souvenirs gardez-vous de ces premiers JO, où vous avez terminé quatorzième du 1500 m ?

D’abord, je retiens ma qualification pour les Jeux Olympiques lors des Championnats de France de Dunkerque. C’est mon plus beau souvenir de qualification. J’avais 19 ans, j’étais jeune et je progressais à chaque fois. Je n’avais pas forcément en tête les Jeux Olympiques : c’était bien si je les faisais, mais ce n’était pas une obsession.

Ensuite, je retiens que la France a eu un niveau extraordinaire lors de mes premiers Jeux Olympiques. Dès le premier jour, le relais 4×100 m messieurs a remporté le titre. Puis Camille Muffat a gagné l’or au 400 m nage libre. Ce sont des souvenirs à jamais gravés. Moi, j’ai réalisé 15 min 08 et j’ai pris la quatorzième place, ce qui était correct. L’ambiance et les sensations restent un très bon souvenir et ça m’a donné envie de continuer et d’atteindre la finale quatre ans plus tard. Maintenant, je veux une médaille !

En 2016, vous avez atteint la finale du 1500 m aux Jeux Olympiques de Rio. On imagine que c’était une grande satisfaction ?

Oui. En série, j’ai réalisé le sixième temps avec 14 min 48. En finale, j’ai fait un peu moins bien et j’ai fini septième. J’ai pris beaucoup de plaisir. C’était vraiment un accomplissement après tout le travail et la préparation assez longue.

A la suite de ça, la marche au-dessus est le podium. Le niveau a énormément augmenté en demi-fond ces dernières années. Pour moi, le niveau européen et le niveau mondial sont quasiment équivalents. A part un Australien et un Américain, les meilleurs mondiaux sur le demi-fond sont européens. Je n’ai pas trop de chance. Beaucoup de mes concurrents jonglent aussi avec l’eau libre, qui devient ainsi de plus en plus relevée également. Il faut se créer une place là-dedans !

Vous avez l’expérience de deux Jeux Olympiques. La période d’après Jeux Olympiques est-il difficile à gérer selon vous ?

Les Jeux Olympiques sont la plus belle compétition qu’on puisse rêver en natation. On passe un mois tous ensembles avec l’équipe, en comptant la préparation et la compétition. Ce sont des moments forts, qui unissent. On mange à chaque fois ensemble le midi et le soir. Il existe une ambiance et un lien avec l’équipe. C’est vrai que ce n’est pas évident quand tu rentres chez toi après et que tu es tout seul. Mais j’ai toujours été entouré de ma famille et de mes amis, donc ça n’a jamais été très dur. Et puis c’était un peu plus facile car je continuais ma carrière. J’avais un mois de vacances et je repartais ensuite à l’entraînement avec d’autres objectifs. Je pense que ce qui est encore plus dur, c’est quand on arrête là-dessus et qu’on change de vie !

Le 1500 mètres en bassin et le 5 km en eau libre sont des épreuves où au-delà de la performance physique, il y a aussi un aspect mental et stratégique. Comment vous préparez-vous ?

On s’entraîne tous les jours, toute l’année. En un an, on a seulement cinq semaines de repos. Chaque jour, on nage entre 8 et 10 km. On arrive ainsi en compétition bien préparé et je pense que c’est ce qui nous permet de dépasser un peu nos limites. Après, c’est du sport : parfois ça passe, parfois ça ne passe pas. Mais je pense que l’entraînement joue beaucoup sur le mental qu’on a en compétition.

Quels sont vos objectifs pour les Championnats du monde en bassin la semaine prochaine ?

Le 23 juillet, j’ai le 800 mètres, et le 27 juillet, j’ai le 1500 mètres. J’aimerais déjà faire mes meilleurs temps. Ensuite, le minimum serait une finale. Me rapprocher des meilleurs mondiaux serait vraiment bien. Cette année, j’ai changé d’entraîneur et ce serait bien de confirmer en nageant à mon meilleur niveau, afin d’espérer de grandes choses l’année prochaine.

Merci beaucoup Damien et bonne chance pour les Championnats du monde en bassin !

La carrière de Damien Joly en quelques lignes :

Damien Joly participe à ses premiers Jeux Olympiques en 2012 à Londres. Alors âgé de 20 ans, il termine 14e du 1500 m. Il participe aux Championnats du monde 2013 (400 m et 800 m) puis aux Championnats du monde 2015 (800 m et 1500 m) et est éliminé à chaque fois en séries.

Lors des Jeux Olympiques de Rio en 2016, il bat le record du France du 1500 m et termine 7e de la finale. Il participe aussi aux séries du relais 4×200 m nage libre en remplaçant Yannick Agnel. En 2018, il prend la 7e place du 800 m et la 6e place du 1500 m aux Championnats d’Europe.

En juillet 2019, il participe pour la première fois aux Championnats du monde de natation en eau libre et termine 15e du 5 km. Agé de 27 ans, il tentera de briller la semaine prochaine sur le 800 m et le 1500 m aux Championnats du monde en bassin.

Participations aux JO de Londres 2012, Rio 2016