Interview d’Emmanuel Lebesson

(tennis de table)

En 2016, Emmanuel Lebesson a marqué l’histoire du tennis de table Français en devant champion d’Europe en simple. Depuis, il continue sa progression, comme en témoigne sa 20e place mondiale atteinte en septembre dernier. Entretien avec l’actuel deuxième meilleur pongiste de France.

Emmanuel, quel regard portes-tu sur ton année 2017, marquée notamment par un doublé simple-double aux Championnats de France et le fait d’atteindre un classement dans les 20 meilleurs joueurs mondiaux ?

Je suis vraiment satisfait de ma saison dernière. L’année 2016 avait déjà été formidable avec mon titre de champion d’Europe, mais 2017 a aussi été une très bonne année pour moi avec mon nouveau titre de champion de France. C’est toujours un honneur de gagner un titre de champion de France. Je l’avais gagné pour la première fois en 2009, et je l’ai récupéré huit ans après. J’étais très satisfait de récupérer le titre. D’autant plus que fin 2016, j’avais été blessé après mon titre de champion d’Europe, et qu’en début d’année 2017, j’étais moyen, je n’avais pas de très bonnes sensations et je me sentais encore très fatigué. Le fait de gagner le titre de champion de France en n’étant pas au top de ma forme était quelque chose de super.

Au niveau international, cela a aussi été une très bonne année car c’est la première année où j’ai été aussi performant en Pro Tour. Cela m’a permis d’atteindre cette vingtième place mondiale en septembre, et d’avoir peut-être d’autres perspectives dans les prochaines années. Cela a donc été une très belle année, en espérant la même chose, voire même mieux en 2018 !

Tu es devenu champion d’Europe en 2016 et tu es seulement le deuxième Français champion d’Europe dans l’histoire. On imagine que cela est le meilleur souvenir de ta carrière à ce jour ?

Oui, forcément, ça reste le souvenir le plus marquant. C’était aussi inattendu pour moi que pour tout le monde. Je ne pensais pas être capable d’aller chercher un titre majeur. Sur le moment, tu ne t’en rends pas forcément compte. Ensuite, tu te dis qu’il n’y en a eu qu’un qui l’a fait dans l’histoire, et c’était il y a quarante ans. Tu prends alors un peu conscience de ce que tu as fait. Ma vie n’a pas changé, mais je ne suis plus le même joueur aux yeux des autres.

Lors de cette finale, tu as rencontré un autre Français, Simon Gauzy, qui était alors le numéro 1 français. Jouer une finale avec un tel enjeu contre un autre Français, cela doit être particulier ?

C’était doublement particulier. D’un, une finale, c’est toujours particulier car on ne retient que le vainqueur. Et de deux, c’était contre un autre Français. Je pense que ce schéma m’a servi. Il avait plus de pression que moi sur cette finale. J’étais déjà très heureux d’être en finale. Ça m’a permis d’être plus relâché. Cela a bien évidemment influé sur le match, d’autant plus après un premier set que je gagne après avoir été mené 9-4. Toutes les circonstances étaient pour moi !

Qu’est-ce-que ce titre de champion d’Europe a changé pour toi, en tennis de table et en dehors ?

Cela m’a donné une vision médiatique assez importante et cela m’a ouvert des portes sur d’autres sports. Cela m’a aussi permis d’avoir encore plus confiance en moi. J’ai eu la chance de marquer l’histoire de ma discipline, qui est ce que tout grand joueur rêve de faire. Peu importe maintenant ce qui arrivera dans ma carrière, j’aurais ce titre et ce souvenir qui resteront gravés.

Tu as participé aux Jeux Olympiques de Rio en 2016, mais tu as été éliminé lors de ton premier match en simple. As-tu des regrets sur cette compétition ?

Bien sûr. Je pense que je n’ai pas abordé les Jeux de la bonne façon. Je m’étais très bien préparé. Au niveau du jeu, je pense que je ne pouvais pas être mieux. Dans ma tête aussi, j’étais préparé, mais peut-être pas à ça. Les Jeux, c’est particulier. Quand on les aborde pour la première fois, on ne sait pas trop sur quel pied danser. On m’avait dit qu’il y avait pleins de pièges à éviter. J’avais le sentiment d’être près, mais je n’ai pas su bien aborder le tournoi.

Si tu ne remportes pas une médaille, tu n’existes pas sur les Jeux Olympiques. Gagner une médaille est déjà très compliquée dans tous les sports, mais en tennis de table, c’est encore plus difficile étant donné les asiatiques. Tu peux rapidement passer à côté de tes Jeux et c’est ce qui m’est arrivé. Ça m’aura peut-être servi de leçon si j’ai la chance de disputer les Jeux à Tokyo.

Malgré ce résultat, as-tu pu profiter de la magie Olympique ?

Tu profites, mais tout est lié et tu n’en profites pas à sa juste valeur : la valeur d’une compétition qui a lieu tous les quatre ans. Les résultats influent énormément sur la façon dont tu vis tes Jeux. L’ensemble de l’équipe de France de tennis de table, et moi notamment, n’a pas été bonne. Donc forcément, j’ai mal vécu ces Jeux Olympiques.

En 2016, tu es devenu père. Ce nouveau rôle familial est-il un plus pour ta performance ?

Bien sûr que cela a influé sur mes performances. Mon enfant m’apporte une grosse force et aussi me fait relativiser pleins de choses. Quand il y a un mauvais résultat, je me dis que ce n’est que du sport et qu’il y a une famille, une femme, un enfant qui m’attendent à la maison. Cela influe énormément sur mes résultats et mes performances sont arrivées au moment de la naissance. Depuis, je prends énormément de plaisir à jouer. Je m’amuse encore plus car je sais que même si j’ai une déception au niveau sportif, je n’ai aucune déception quand je rentre à la maison.

Pour finir, quel est ton prochain objectif ?

Mon prochain objectif est le Championnat du monde par équipe, où j’espère qu’on aura de bonnes ambitions avec Simon devant. On a une belle équipe pour aller chercher un résultat en Suède, au moins un quart-de-finale. Et pourquoi pas passer ce cap-là ?

Merci beaucoup Emmanuel pour ta disponibilité et bonne chance pour la suite de ta carrière !

La carrière d’Emmanuel Lebesson en quelques lignes

Emmanuel Lebesson devient champion de France pour la première fois en 2009, à l’âge de 21 ans. Cette même année, il remporte la médaille de bronze des Championnats d’Europe en double (avec Damien Eloi). En 2011, il est vice-champion de France et en 2011, il est champion de France en double (avec Adrien Mattenet).

Il se qualifie pour les Jeux Olympiques de Rio en 2016, où il est éliminé en simple au deuxième tour et par équipe au premier tour. En octobre de la même année, il remporte le titre de champion d’Europe, après avoir battu en finale un autre Français, Simon Gauzy. Il s’agit du deuxième Français champion d’Europe de l’histoire.

Il continue sa progression en 2017, étant titré de nouveau en simple et en double aux Championnats de France et en atteignant la 20e place mondiale en septembre.