Interview de Gwladys Epangue

(taekwondo)

Cette semaine, interviewsport.fr a l’honneur de vous proposer un entretien avec Gwladys Epangue. Médaillée de bronze aux Jeux Olympiques de Pékin, elle est devenue récemment la première Championne du monde française de taekwondo. Voici quelques questions pour en savoir plus sur le parcours de cette championne.

Gwladys, dans quelles conditions avez-vous commencé le taekwondo ?

« J’ai commencé le taekwondo en 1994. Dans ma famille, on aimait beaucoup le sport, notamment regarder le sport à la télévision. On regardait de tout : l’athlétisme, les sports mécaniques… Moi, j’ai fait énormément de sports : de l’athlétisme, le sport par lequel j’ai commencé, du tennis de table, du badminton, etc, jusqu’à ce qu’un jour, le père d’une copine, voulant qu’elle apprenne à se défendre, l’a inscrite au taekwondo… Et puis à l’époque, quand on a 11/12 ans, on copie un peu ce que font les copines… Elle m’a dit de l’accompagner à l’entraînement pour voir ce qu’était le taekwondo. J’y suis allée, j’ai aimé, je m’y suis inscrite, et puis voilà comment ça a commencé ! »

Vous avez participé à vos premiers Jeux Olympiques en 2004, à Athènes… Vous aviez alors à peine 21 ans… Quels souvenirs gardez-vous de ces premiers Jeux ?

« C’est assez paradoxal car je garde vraiment un très bon souvenir de toute la préparation des Jeux Olympiques, mais les Jeux Olympiques en eux-mêmes restent vraiment un gros échec à titre personnel. Du coup, je les ai mal vécus, je n’ai pas ressenti toute la magie dont on me parlait autour des Jeux Olympiques… 2004, c’est vraiment les Jeux de la frustration pour moi. D’ailleurs, je n’ai ni fait la cérémonie d’ouverture ni celle de clôture. La cérémonie d’ouverture, on ne la fait pas : lors de mes deux participations aux JO, la cérémonie d’ouverture, c’était devant la télévision, car il faut savoir que le taekwondo est toujours en fin de programme aux Jeux Olympiques. Et la déception en 2004 était tellement grande pour moi que je n’ai pas voulu aller à la cérémonie de clôture. Je n’avais vraiment pas le cœur à ça. »

Peu après, vous avez changé de catégorie, passant des moins de 57 ou 59 kg aux moins de 67 kg… Quelles sont les raisons de ce passage ?

« J’ai effectué ce changement de catégorie parce-que en combattant dans la catégorie des moins de 57 kg aux Jeux Olympiques d’Athènes, je faisais vraiment un énorme régime (6/7 kg de régime). C’est vraiment beaucoup, donc à la fin j’en avais marre : je ne voulais plus faire de régime, j’étais tellement dégoutée par ce que je venais de vivre aux Jeux Olympiques que déjà au début je voulais arrêter le taekwondo, et après quand je suis revenue à la compétition, je ne voulais plus du tout faire de régime… Lorsqu’il y a eu la première compétition, l’entraîneur m’a demandé dans quelle catégorie je m’inscrivais. Je suis montée sur la balance, j’ai vu combien je pesais et je me suis inscrite dans la catégorie qui correspondait. Et à cette époque-là je pesais 64 kg, donc j’ai dit que la catégorie sera celle des moins de 67 kg. »

Au niveau des repères, ce changement de catégorie n’a pas été trop difficile ?

« Je n’ai pas eu de mal à trouver de repères par rapport à moi-même mais plutôt par rapport au style de la catégorie. C’est vrai que je suis montée de deux catégories en une seule fois, et ce n’est plus le même style de combat. Il a fallu s’adapter un peu mais ça a été, ce n’était pas si difficile que ça. »

En 2008, vous avez été médaillée de bronze aux Jeux Olympiques de Pékin… Cette médaille, était-ce une satisfaction pour vous ou alors une déception de ne pas avoir obtenu l’or ?

« J’étais heureuse d’avoir eu une médaille olympique mais je n’étais pas satisfaite. Je n’étais pas satisfaite du résultat parce-que cette fois-ci je venais aux Jeux Olympiques pour les remporter. J’étais légitime dans cette course au titre parce-que j’étais deux fois vice championne du monde, ce qui marque une vraie grande régularité au niveau mondial. Donc voilà, je venais chercher le titre et je ne l’ai pas eu, donc j’étais forcément déçue à la fin. »

Il y a deux mois, vous êtes devenue Championne du monde de taekwondo… Est-ce pour l’instant le meilleur souvenir de votre carrière ?

« Oui, ce titre de Championne du monde est pour l’instant le meilleur souvenir de ma carrière. C’est un objectif que je voulais absolument atteindre et il faut savoir que tout de suite après les Jeux, je me suis mobilisée pour ce Championnat du monde, au moins psychologiquement dans ma tête. Je me suis préparée, j’en avais envie. Même si tout de suite après les Jeux, j’ai coupé pendant quatre mois le taekwondo, dans la tête j’avais vraiment mon objectif qui étaient les Championnats du monde au mois d’octobre. C’était vraiment l’objectif de la saison, et je voulais aussi me rattraper un peu par rapport à ces Jeux qui pour moi n’étaient pas ratés, mais qui n’étaient pas satisfaisants. »

Depuis la fin de la carrière sportive de Pascal Gentil et depuis ce titre, vous sentez-vous comme le nouveau porte-parole du taekwondo français ?

« Non, je ne pense pas. Déjà, je ne me sens pas comme le nouveau porte-drapeau du taekwondo français, et si je le suis, c’est malgré moi, grâce aux résultats que je fais. Par exemple aujourd’hui, je ne me sens pas les épaules d’un capitaine… Je ne me sens pas d’être capitaine d’équipe parce-que c’est beaucoup de responsabilités à mon sens. Par contre, je veux bien aider les jeunes, transmettre un peu, mais non je ne suis pas capitaine, je n’ai pas plus de responsabilités. Que Pascal Gentil soit là ou non, moi j’avais toujours le même but : être championne du monde ou championne olympique. Donc aujourd’hui qu’il n’est plus là, les regards se tournent forcément plus vers la personne qui fait des performances, en l’occurrence moi pour le moment, mais ce n’est vraiment pas du tout mon objectif. Moi, mon but, c’est que par les performances, et pas exclusivement les miennes, on parle de ma discipline. C’est ce qui m’intéresse le plus. »

Pouvez-vous nous décrire une journée type d’entraînement ?

« Alors une journée type d’entraînement, c’est lever à 7 heures. Ensuite, il faut que je sois en cours à 8 heures : j’ai cours de 8 heures à 10 heures, puis je me prépare pour l’entraînement, qui commence à 11 heures. Entre 11 heures et 13 heures, j’ai entraînement de taekwondo et ensuite de 13 heures jusqu’à 14 heures 15, c’est la pause déjeuner. De 14 heures 30 à 16 heures 30, j’ai cours. Puis de 17 heures à 19 heures, encore entraînement. Par contre, le matin, c’est entraînement de taekwondo, donc c’est de la technique, alors que l’après-midi c’est souvent de la préparation physique. Tout ceci se déroule à l’Insep. »

Désormais, avez-vous les yeux rivés sur les JO de Londres, en 2012 ?

« Oui, je pense déjà à Londres. Mais c’est encore loin et je suis en train de construire cette nouvelle olympiade tout simplement en m’alignant compétition après compétition ! »

Merci beaucoup Gwladys d’avoir donné de votre temps et bonne chance pour la suite de votre carrière !

Remerciements aussi à Sandrine Flahaut.

La carrière de Gwladys Epangue en quelques lignes :

Gwladys Epangue remporte ses premières médailles internationales lors des Championnats d’Europe, avec une médaille d’argent en 2000 et deux médailles d’or en 2002 et 2004.

En 2004, elle participe à ses premiers Jeux Olympiques, à Athènes, mais elle est éliminée rapidement. Ensuite, elle change de catégorie et s’installe durablement dans les meilleures mondiales en montant plusieurs fois sur le podium : vice championne du monde en 2005 et 2007, elle est aussi championne d’Europe en 2005 et vice championne d’Europe en 2006 et 2008.

En 2008, lors des Jeux Olympiques de Pékin, elle est défaite en demi-finale avant de remporter la médaille de bronze. Récemment, en octobre 2009, elle devient la première Championne du monde française de l’histoire en taekwondo, à 26 ans. Désormais, la pensionnaire de l’INSEP se prépare petit à petit pour les JO de Londres en 2012.