Interview de Félicia Ballanger

(cyclisme sur piste)

Avec trois médailles d’or obtenues aux Jeux Olympiques d’Atlanta et de Sydney, Félicia Ballanger est avec Marie-José Pérec l’athlète française la plus titrée aux Jeux Olympiques. Elle a régné sur le cyclisme sur piste jusqu’en 2000, avec à la clé dix titres de championne du monde. Elle revient pour nous sur sa carrière exceptionnelle et nous donne des nouvelles de sa reconversion.

Félicia, vous êtes avec Marie-José Pérec l’athlète française la plus titrée aux Jeux Olympiques, avec trois médailles d’or obtenues aux Jeux Olympiques d’Atlanta et de Sydney. Parmi ces trois médailles d’or, quelle est celle dont vous êtes la plus fière ?

C’est une question difficile. Elles sont toutes les trois différentes. Pour la première, j’avais pas mal de pression parce que j’étais championne du monde et il fallait donc que je réussisse à devenir championne Olympique. Pour les deux autres, c’était pour moi un double objectif : gagner deux disciplines aux mêmes Jeux. C’était également réussi. Par contre, là où je me suis fait le plus peur, c’était lors de la dernière médaille à Sydney en vitesse. J’ai perdu une manche en finale et j’ai donc failli perdre !

Vous avez remporté votre première médaille d’or sur la vitesse aux Jeux Olympiques d’Atlanta 1996. Cette médaille était-elle pour vous une revanche, quatre ans après votre quatrième place aux Jeux Olympiques de Barcelone ?

Oui, c’était évidemment une revanche. En plus, j’ai rencontré la championne Olympique de Barcelone. C’est vrai que je réglais pas mal de comptes. Au-delà de la quatrième place de Barcelone, j’avais aussi obtenu deux quatrièmes places aux Championnats du monde en 1990 et en 1991. Les Championnats du monde 1995 et les Jeux Olympiques 1996 m’ont permis de mettre les choses en place. C’était le début de la réussite totale.

Aux Jeux Olympiques de Sydney, vous avez remporté deux médailles d’or à quatre jours d’intervalle, sur le 500 m puis sur la vitesse. Etait-ce difficile de se reconcentrer sur le tournoi de vitesse quatre jours seulement après un titre de championne olympique ?

Non, car on est programmé pour ça. On y pense presque quatre ans avant et on sait comment ça va se passer. A Sydney, je savais que j’avais deux épreuves. C’était également le cas lors des Coupes du monde et des Championnats du monde. Les quatre ans qui ont précédé, je faisais toujours les deux épreuves.

Vous avez été invaincue en grande compétition entre 1995 et 2000, remportant ainsi trois titres de championne Olympique et dix titres de championne du monde. Pendant cette période, aviez-vous pleinement conscience de l’exploit que vous réalisiez ?

Non, je ne m’en suis rendue compte que plus tard. Quand on est dans l’action, on prend les échéances une à une et on ne fait pas de bilan global. On est plus centré sur la performance, sur les chronos, comment gagner une course… On n’est donc pas dans les statistiques. Ce sont souvent les gens autour qui parlent de plus beau palmarès, ou de ceci et cela. Mais ce n’est pas nous qui faisons ce genre de calcul. On s’en aperçoit donc après coup.

Vous avez remporté toutes vos médailles sur le 500 m et la vitesse. Sur quelle épreuve preniez-vous le plus de plaisir ?

La discipline que je préférais et qui était la plus dure pour moi était la vitesse. Plusieurs choses rentraient en compte dans les duels de la vitesse, notamment la stratégie. C’était pour moi le plus beau titre. Le 500 m me permettait d’avoir une épreuve uniquement chronométrée où je pouvais m’appliquer à travailler la vitesse pure. Mais un 500 m était beaucoup moins stressant et beaucoup moins dur pour moi qu’un tournoi de vitesse.

Au cours de votre carrière, vous avez eu une importante blessure en 1993 avec la cuisse transpercée par une latte de vélodrome. On imagine que cela a été difficile à surmonter ? Avez-vous alors songé à arrêter ?

C’est vrai que ça a été dur mais les blessures font partie de la vie d’un sportif. Non, je n’ai pas songé à arrêter à ce moment-là. Au contraire, ça nous fait prendre conscience que tout peut s’arrêter très vite. Quand tout va bien, il faut donc en profiter pour être engagé, précis et bon dans la performance.

Vous avez mis un terme à votre carrière après les Jeux Olympiques de Sydney, en 2000. La période juste après la fin de votre carrière a-t-elle été difficile à vivre ?

Ça s’anticipe. J’avais programmé ça depuis longtemps car j’avais d’autres objectifs. Etant une femme, je voulais des enfants. Je planifiais beaucoup le sport mais aussi ma vie sur le plus long terme. Au niveau reconversion, j’avais déjà effectué le nécessaire afin de pouvoir être directement dans la vie active. Du coup, je ne l’ai pas mal vécu. Ce qui m’a permis de ne pas trop souffrir, c’est aussi que je faisais du sport pour faire du sport, et non pas pour être dans la lumière des projecteurs. Cette partie-là ne me manque donc pas tellement. J’étais plus centrée sur ma performance.

Quel a été votre parcours depuis que vous avez mis un terme à votre carrière ?

Quand j’ai mis un terme à ma carrière, j’étais en train de passer mon professorat de sport. J’ai choisi de prendre la voie administrative plutôt que la voie technicienne. J’aurais pu être cadre technique pour la Fédération mais je n’ai pas choisi cette voie-là car j’avais envie de voir autre chose.

J’ai d’abord été à la Direction de la Jeunesse et des Sports en Vendée. Depuis 2003, je suis à la Direction de la Jeunesse et des Sports de la Nouvelle-Calédonie. J’ai deux missions principales : le suivi du sport de haut niveau en Nouvelle-Calédonie et la lutte antidopage. Ce sont des missions qui me plaisent. Il y a pas mal de choses à gérer, comme par exemple l’éloignement lié à l’Outre-mer. Ce sont des beaux challenges.

Êtes-vous toujours dans le milieu du cyclisme sur piste ?

Je ne suis pas engagée sur le cyclisme sur piste, mais je garde un œil attentif dessus. Je vais volontiers sur des Coupes du monde ou des Championnats du monde quand il y en a dans la zone Océanie. Je suis aussi en contacts avec Mathilde Gros pour échanger afin qu’elle puisse réussir au mieux car elle en a les capacités. Je reste attachée à ma discipline et si je peux donner des conseils, je le fais volontiers !

Le cyclisme sur piste français a perdu de sa superbe depuis plusieurs années. Comment expliquez-vous cette dégradation par rapport à votre époque, où la France était au top mondial ?

C’est difficile de juger, mais avec un peu de recul, je pense que le point faible de la France est qu’on n’a pas formé tant d’entraîneurs que cela. Daniel Morelon et Gérard Quintyn sont restés très longtemps en poste mais c’était un peu le vide derrière. On n’a pas pensé à reformer à chaque génération. Je pense qu’une émulation entre sportifs est saine et qu’une émulation entre entraîneurs est pas mal aussi. Je croise que c’est ce qui nous a manqué.

Merci beaucoup Félicia et bravo pour votre carrière !

Crédits photo 3 : Grégory Baugé

La carrière de Félicia Ballanger en quelques lignes :

Félicia Ballanger termine 4e de l’épreuve de vitesse pour ses deux premiers Championnats du monde, en 1990 et en 1991. Sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Barcelone 1992, elle échoue de nouveau au pied du podium (4e place en vitesse).

En 1994, elle décroche la médaille d’argent des Championnats du monde en vitesse. En 1995, elle devient championne du monde à la fois de la vitesse et du 500 m, ce qui marque le début d’une longue période de domination. En 1996, elle remporte la médaille d’or des Jeux Olympiques d’Atlanta en vitesse et réalise dans la foulée un nouveau doublé vitesse / 500 m aux Championnats du monde.

Elle continue sa domination aux Championnats du monde 1997, 1998 et 1999, remportant à chaque fois les titres de la vitesse et du 500 m. Lors des Jeux Olympiques de Sydney en 2000, elle décroche les deux titres olympiques. Elle met alors un terme à sa carrière, à l’âge de 29 ans, et après avoir réussi une série de 13 finales mondiales remportées entre 1995 et 2000. Félicia Ballanger travaille désormais à la Direction de la Jeunesse et des Sports de la Nouvelle-Calédonie.

Participations aux Jeux Olympiques de Barcelone 1992, Atlanta 1996 et Sydney 2000
Médaillée d’or aux Jeux Olympiques d’Atlanta 1996 (vitesse) et de Sydney 2000 (500 m et vitesse)