Interview de Frédérique Jossinet

(judo)

Frédérique Jossinet est l’une des valeurs sûres du judo français. Vice-championne olympique à Athènes en 2004, elle compte aussi trois titres européens et quatre médailles aux Championnats du monde. Dans un an, elle visera une ultime médaille aux Jeux Olympiques de Londres.

Frédérique, vous êtes devenue vice-championne olympique à Athènes en 2004. Comment avez-vous vécu l’obtention de cette médaille olympique à l’époque ?

Ça remonte à sept ans maintenant. Pour remettre ça dans le contexte, c’était le premier jour des Jeux donc c’est vrai que c’était spécial. Il n’y avait pas eu de médaille avant : c’était la première cérémonie de podium des Jeux Olympiques d’Athènes. Sur le moment, je n’ai pas compris toute l’importance que ça avait. Ce sont les jours qui ont passé et l’emballement médiatique pendant quelques jours avec cette médaille qui ont fait que j’ai réalisé ce que j’avais fait un peu auparavant !

Le fait d’avoir été la seule médaillée du judo français lors de ces JO d’Athènes n’a-t-il pas été difficile à gérer ?

« Difficile à gérer », non, parce qu’il y a après eu d’autres médailles dans d’autres sports. Le côté spécifique des Jeux par rapport aux championnats est qu’il ne s’agit pas de l’équipe de France de judo mais de l’équipe de France Olympique. Du coup, même s’il n’y a pas eu d’autre médaille au niveau du judo, il y en a eu très rapidement pour la France dans d’autres disciplines. Et comme on se connaît quasiment tous, je suis allée fêter ma médaille avec ceux qui en avaient dans d’autres disciplines.

Ce qui a été difficile à gérer, c’est le fait que les copines et les copains de l’équipe de France n’avaient pas de médaille. Le judo était à l’extérieur du village olympique, je rentrais tous les soirs dans les maisons où on était logé et on ne peut pas dire le contraire : ça faisait quand même pas mal la gueule. On sentait beaucoup plus de tristesse que de joie. C’était complètement paradoxal pour moi parce que j’avais une médaille. C’est donc ça qui était difficile à gérer. Du coup, on ne m’a quasiment pas vue pendant la première semaine le soir car je comprenais leur tristesse et j’allais fêter ma médaille avec d’autres sports.

Vous avez aussi remporté trois titres, deux médailles d’argent et quatre médailles de bronze aux Championnats d’Europe ainsi que deux médailles d’argent et deux médailles de bronze aux Championnats du monde. Quelles sont les médailles qui ont été les plus difficiles à remporter ?

Il y a forcément celle des Jeux Olympiques : quand je regarde les vidéos et les filles rencontrées, je pense que c’était une médaille qui était difficile à aller chercher. Et puis ce sont les Jeux !

Après, une médaille qui m’ont énormément plu est mon premier titre européen parce qu’il était à Paris. C’était en 2001 et je n’avais participé à aucun championnat d’Europe individuel jusqu’alors. J’avais beaucoup de pression. Je commençais et on m’avait fait comprendre qu’on me sélectionnait en attendant un retour de cette sélection. Il fallait donc que je confirme en championnat ! J’avais un tirage au sort qui n’était vraiment pas simple non plus, donc ça a été une médaille dure à aller chercher et belle.

Sinon, plus qu’une médaille, il y a une année qui m’a fait particulièrement plaisir : la saison 2008-2009. J’avais été éliminée au premier tour des Jeux de Pékin en 2008 et je ne savais pas si j’allais arrêter ou continuer le judo. Je me suis relancée pour une année en me disant que je ne pouvais pas rester là-dessus et qu’on avait le droit de faire des erreurs. Malgré un début difficile, ça a été une de mes plus belles saisons. J’ai remporté deux Grands Chelems sur les trois auxquels j’ai participé et j’ai gagné le Championnat d’Europe en battant les meilleures (y compris la championne olympique). Et toujours en 2009, j’ai terminé troisième des Championnats du monde à Rotterdam. C’était vraiment une très belle année et j’ai fini numéro 1 ou 2 du ranking. C’était quand même assez impressionnant parce que c’était huit ans après mon premier titre de championne d’Europe !

Lors des Jeux Olympiques de Pékin en 2008, vous avez été éliminée dès le premier tour et après seulement 25 secondes de combat. Une telle désillusion a-t-elle complètement gâché votre séjour aux JO ou bien gardez-vous quand même des bons souvenirs de Pékin ?

Je n’en garde aucun. Je suis rentrée le plus vite possible chez moi. Déjà, on était parti très longtemps avant les Jeux et ça ne m’avait pas plu. J’ai passé trois semaines en Asie et je n’en pouvais plus. En effet, j’ai été 25 secondes sur le tapis et n’ai pas été repêchée… J’ai eu six jours et sept nuits à attendre derrière pour pouvoir prendre un avion et vite retourner à la maison. Tout de suite, j’en ai parlé au Comité Olympique parce que ce sont eux qui s’occupent des billets pour nous faire rentrer. Ils ont tout à fait compris ma situation et le fait que je voulais rentrer chez moi et passer à autre chose.

A quel moment avez-vous décidé de prolonger votre carrière jusqu’aux Jeux Olympiques de Londres ?

En fait, j’ai effectué la saison 2008-2009, qui s’est superbement passée. La saison 2009-2010 s’est également bien passée, même si elle n’était pas aussi bonne que la précédente. Du coup, en 2010, je me suis demandé : « Qu’est-ce-que je fais ? J’arrête et je reste là-dessus ou bien je tente les Jeux dans un an et demi, qui seraient mes troisième Jeux et surtout l’occasion d’aller chercher une belle médaille à Londres ? ». Je me suis dit que ça allait être un beau défi. Ça va être difficile parce que les années ne vont pas jouer en ma faveur, mais j’ai d’autres atouts qui vont jouer pour moi. Il faut tenter le coup. Je suis dans cette optique-là aujourd’hui.

Vous avez remporté deux médailles d’argent et deux médailles de bronze lors des Championnats du monde entre 2003 et 2009. Etes-vous particulièrement fière de cette régularité sur le podium mondial ?

Je ne suis pas fière de ma régularité mais je suis fière d’avoir remporté une médaille à chaque fois, ce qui n’est pas la même chose pour moi. Toutes mes médailles me conviennent et je ne changerais rien. Je crois qu’il y a quelques années, j’aurais peut-être échangé mes quatre médailles contre un titre mondial, mais aujourd’hui non. Chaque Championnat du monde, chaque médaille a une histoire et en fait, je suis plus fière de l’histoire de chaque médaille que des médailles elles-mêmes !

En août dernier, vous avez terminé cinquième des Championnats du monde disputés à Paris. A moins d’un an des Jeux Olympiques, allez-vous changer votre préparation ou bien faire comme chaque année ?

Il y a des gens qui peuvent considérer que ma cinquième place à Paris est bien mais je considère que ce n’est pas suffisant. Du coup, j’ai eu une très grosse remise en question par rapport à la façon dont je m’entraînais et l’état d’esprit que je mettais sur l’entraînement. C’est plus l’état d’esprit avec lequel je vais aller à l’entraînement qui va changer que les méthodes d’entraînement, même si ça va forcément évoluer aussi.

Vous avez actuellement 35 ans. Avez-vous déjà préparé votre reconversion ? Si oui, quel domaine vous plairait ?

Oui, j’ai préparé ma reconversion. Aujourd’hui, je suis chargée de mission marketing et commercial dans la société Ippon Technologies, à Levallois. Il s’agit d’une belle PME qui a été fondée par un ancien judoka international, Stéphane Nomis. C’est une société informatique. J’ai fait un premier audit avec eux sur l’entreprise. Je ne suis pas forcément spécialiste là-dedans. J’ai étudié à l’Essec avec un Master Sport, Management et Stratégie d’Entreprise. Ça m’oriente vers des entreprises privées. Mais je suis aussi élue dans le 11ème arrondissement de Paris et c’est clair que ça m’intéresse aussi.

Je peux donc travailler dans un domaine public sur le sport à travers le Ministère des Sports ou les Fédérations, ou finir dans le privé comme je le fais actuellement. C’est complètement autre chose. Je crois aussi que c’est en allant dans la vie active que je trouverai mon chemin et je verrai alors. Pour l’instant, j’ai pas mal de billes et je suis encore en train de me former dans l’entreprise. On verra en sortant des Jeux ! Je ne veux pas oublier l’objectif premier, même si c’est quand même important d’avoir préparé la suite et de se sentir sereine pour envisager l’après-carrière.

Merci beaucoup Frédérique et bonne chance pour 2012 !

Crédit photos 1 et 2 : AFP

La carrière de Frédérique Jossinet en quelques lignes :

Evoluant dans la catégorie des -48kg, Frédérique Jossinet devient championne d’Europe en 2001, avant de conserver son titre l’année suivante. En 2003, elle est vice-championne du monde à Osaka.

Lors des Jeux Olympiques d’Athènes en 2004, elle remporte la médaille d’argent. Après un parcours sans faute, elle est battue en finale par la championne olympique en titre Ryoko Tani. Elle confirme ensuite sa régularité au plus haut niveau à la fois aux Championnats d’Europe (bronze en 2004, 2006 et 2007, argent en 2005 et 2008) et aux Championnats du monde avec l’argent au Caire en 2005 et le bronze à Rio de Janeiro en 2007.

Sélectionnée aux Jeux Olympiques de Pékin en 2008, elle est éliminée au premier tour de la compétition et n’est pas repêchée. L’année suivante, elle est plus en réussite, devenant une nouvelle fois championne d’Europe et remportant la médaille de bronze des Championnats du monde de Rotterdam. Cette année, elle a terminé 3e des Championnats d’Europe et 5e des Championnats du monde. A 35 ans, elle vise désormais un podium pour les Jeux Olympiques de Londres, l’année prochaine.