Interview de Hongyan Pi

(badminton)

Hongyan Pi est la meilleure joueuse française de badminton. Ex-numéro 2 mondiale, elle a atteint les quarts de finale des Jeux Olympiques de Pékin en 2008 et compte plusieurs médailles aux Championnats d’Europe et du monde. Nous l’avons rencontrée.

Hongyan, vous avez dû déclarer forfait pour les Internationaux de France de badminton il y a peu. Vos différentes blessures et par conséquent les places perdues au classement mondial vous inquiètent-elles à moins d’un an des Jeux Olympiques de Londres ?

Je suis un peu déçue et je suis forcément aussi un peu inquiète. Mais il y a quand même beaucoup de tournois pendant la période des qualifications. Donc si je suis bien rétablie, je pourrais encore me qualifier. C’est comme ça, je n’ai pas eu le choix de pouvoir jouer !

Pour votre première participation aux Jeux Olympiques en 2004, vous avez été éliminée dès les 32e de finale. Avec du recul, comment expliquez-vous cette élimination prématurée ?

J’étais un  peu trop stressée et je me suis blessée à l’entraînement. Dix jours avant le match, je me suis fait une entorse assez grave à la cheville. Du coup, je ne me suis pas entraînée du tout et je n’ai pas marché jusqu’à la veille du match. Dans de telles conditions, jouer un match de très haut niveau est très dur, même si j’étais bien préparée avant. Je suis donc allée sur le terrain avec un gros strapping sur les pieds et sans entraînement… J’ai quand même joué en trois sets contre une Coréenne. L’expérience que j’en retiens, c’est qu’il faut être raisonnable, même si on a envie de bien faire !

Lors des Jeux Olympiques de Pékin en 2008, vous avez en revanche atteint les quarts de finale. On imagine que ces JO ont été particuliers pour vous qui avez commencé votre carrière en Chine avant de porter les couleurs de la France ?

Oui. Ces JO de Pékin ont une saveur particulière. Avant d’aller là-bas, je m’étais imaginée tout plein de difficultés. Mais une fois arrivée, j’ai joué contre plusieurs adversaires et tout le public m’a encouragée. J’ai été agréablement surprise ! J’ai ensuite joué le match des quarts de finale contre Zhang Ning. Mais pour cette rencontre, tout le public était bien sûr pour elle et contre moi. Sur le premier set, j’étais très déçue et stressée et j’ai perdu ma concentration. Fabrice (son entraîneur, ndlr) m’a disputée et m’a demandé de bien me reconcentrer et de me fermer dans ma bulle. C’est ce que j’ai fait et j’ai gagné le deuxième set. Le troisième set s’est joué à peu de choses : un peu de chance, un peu de tactique… Sur ce match, je regrette le fait que je n’étais pas très concentrée sur le premier set. J’aurais pu encore mieux faire. Mais c’est vrai que c’était des conditions très particulières pour moi ! Par contre, après le match, quand j’ai quitté le terrain, le public s’est levé et m’a encouragée. Ils criaient mon nom et me demandaient de continuer de jouer. Ça m’a aussi beaucoup émue ! Je pense que je peux être fière et satisfaite de ma place aujourd’hui : jouer pour la France tout en étant soutenue par les Chinois et bien sûr par le public français !

Quelles sont les différences entre la France et la Chine au niveau de l’entraînement et de la compétition ?

A vrai dire, je n’ai pas joué beaucoup de compétitions en Chine. Quand j’étais là-bas, je participais à un ou deux tournois par an. Pour une grosse compétition, on avait une préparation et un stage très longs. En France, on est presque sur deux compétitions par mois donc il n’y a pas vraiment de préparation avant, sauf pour les JO où on a peut-être un mois. Ce n’est pas énorme. On fait aussi pas mal de simulations de matchs. Sinon, je n’ai pas vraiment joué en équipe de Chine au très haut niveau donc je ne connais pas leur préparation exacte. C’est surtout la durée de la préparation qui est différente : parfois, les Chinois préfèrent ne pas jouer deux ou trois tournois et faire un stage vraiment complet pendant un mois et demi pour se concentrer vraiment sur l’objectif.

Pouvez-vous nous décrire la façon dont vous préparez un match ? Analysez-vous par exemple l’adversaire à la vidéo ou faites-vous un travail psychologique sur vous-même ?

Il y a les deux. On prépare d’abord la tactique. On analyse la vidéo avec l’entraîneur. Après, c’est au niveau psychologique. Chaque fois qu’on va sur le terrain, c’est sûr qu’on a envie de gagner ! Mais parfois, on s’y rend avec un peu plus de complications, avec des douleurs ou une blessure. Et là, il faut vraiment essayer de penser positif !

Vous avez gagné une médaille de bronze aux Championnats du monde en 2009 ainsi qu’une médaille d’argent et deux de bronze aux Championnats d’Europe (2004, 2008 et 2010). Quelle est celle qui vous a procuré le plus d’émotion ?

C’est la médaille aux Championnats du monde. Déjà, c’est une victoire particulière parce que c’était un match très serré contre Juliane Schenk. On a joué longtemps. Je me souviens toujours du dernier point que j’ai gagné ! En plus, c’était ma première médaille aux Championnats du monde donc c’était important pour moi et pour ma carrière.

Vous avez été numéro 2 mondiale en 2005. Est-ce ce dont vous êtes la plus fière dans votre carrière à ce jour ?

En fait, sur le moment même, j’ignorais le classement. J’étais aux alentours des deuxième, troisième et quatrième places pendant longtemps. Quand j’ai raté mon volant de match au filet, Fabrice m’a dit derrière : « tu as raté la place de numéro 1 mondial ». Ah bon ? Mais bon, c’était comme ça !

A l’époque, j’étais plus régulière dans les compétitions. J’étais plus jeune aussi et j’avais moins de douleurs et de blessures. La blessure est arrivée juste après les JO de Pékin. La préparation de Pékin avait été très dure et derrière, je me suis fait mal au genou. Après, ça a été une répétition de retours de blessures. C’est là que j’ai commencé à sentir les difficultés.

L’année dernière, vous avez atteint les quarts de finale des Championnats du monde disputés à Paris. Quels souvenirs gardez-vous de cette compétition devant votre public ?

L’année dernière, j’ai eu pas mal d’arrêts avant à cause de blessures et je trouve que mon niveau a commencé à descendre. J’avais pas mal de pression. Je ne savais pas comment je pouvais jouer et à quel niveau j’allais pouvoir me donner. J’étais donc quand même assez satisfaite d’arriver en quarts de finale car je n’étais pas très bien à ce moment-là avec mes blessures. J’ai eu des matchs difficiles avant le quart de finale et je pense que le public m’a bien soutenue.

A chaque fois, il y a une émotion particulière dans le stade de Coubertin. Lors des Internationaux de France, même les jours où il n’y avait pas de Français sur la piste, les Français étaient à fond derrière les sportifs. C’est un vrai public qui adore ce sport. Ils sont vraiment connaisseurs de badminton. Franchement, j’ai beaucoup de respect pour eux !

Pour finir, avez-vous déjà les yeux rivés sur les Jeux Olympiques de Londres de l’année prochaine ?

Oui, bien sûr. Depuis que j’ai dit que je lançais ma qualification olympique, l’objectif est vraiment de me redonner une chance de pouvoir rejouer sans trop de douleurs et à un haut niveau. Donc oui, c’est un objectif final avant de finir ma carrière !

Merci beaucoup Hongyan pour votre gentillesse et bonne chance pour la qualification aux JO !

Crédit photo 2 : Reuters/Charles Platiau

La carrière de Hongyan Pi en quelques lignes :

Hongyan Pi dispute ses premières compétitions pour l’équipe de Chine. Toutefois, considérée comme trop petite, elle n’est pas retenue pour représenter son pays. Elle s’installe en France en 2003 et est naturalisée un an plus tard. En 2004, elle devient vice-championne d’Europe. Peu après, elle participe aux Jeux Olympiques d’Athènes où elle est éliminée en 32e de finale. Elle remporte ensuite les Opens de Suisse, de France et du Danemark et occupe même la place de numéro 2 mondial en février 2005.

En 2008, elle décroche la médaille de bronze des Championnats d’Europe. Lors des Jeux Olympiques de Pékin, elle atteint les quarts de finale. Elle est éliminée à ce stade de la compétition avec un score de 21-19 au troisième set contre la future championne olympique. Un an plus tard, elle prend le bronze aux Championnats du monde.

En 2010, Hongyan Pi remporte une nouvelle médaille de bronze aux Championnats d’Europe et atteint les quarts de finale des Championnats du monde de Paris. Cette année, malgré des blessures, elle s’est de nouveau qualifiée pour les quarts de finale des Championnats du monde. Agée de 32 ans, elle vise désormais les Jeux Olympiques de Londres.

Pour en savoir plus sur Hongyan, visitez son site officiel : www.pihongyan.com