Interview d’Isabelle Séverino

(gymnastique)

Isabelle Séverino est actuellement co-présidente de la commission des athlètes de haut niveau au CNOSF avec Tony Estanguet, et engagée dans la candidature de Paris aux Jeux Olympiques 2024. Ancienne gymnaste, elle a remporté une médaille de bronze aux Championnats du monde en 1996 et a participé aux Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996 et d’Athènes en 2004. Nous l’avons rencontrée dans son bar-restaurant, Rouge, à Paris.

Isabelle, tu as remporté la médaille de bronze aux barres asymétriques aux Championnats du monde 1996. A l’époque, cette médaille était-elle une surprise pour toi ou bien un objectif clair en arrivant à la compétition ?

Avoir une médaille est toujours un objectif. Mais c’est vrai que c’était une bonne surprise dans le sens où c’était rarissime à cette époque-là d’avoir une Française sur un podium à un Championnat du monde. Cela s’était joué à pas grand-chose. C’était une grande satisfaction. C’était une reconnaissance de la part des juges, qui ne sont parfois pas les plus sympathiques, on va dire.

Tu as participé aux Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996, terminant 13e du concours général et 8e du concours par équipe. Quels souvenirs gardes-tu de cette première expérience Olympique ?

Des excellents souvenirs. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’étais plus spectatrice qu’actrice, mais c’est vrai qu’on a fait la cérémonie d’ouverture, on a croisé de grands champions… J’avais 16 ans. C’était vraiment une très belle expérience. Côtoyer d’autres athlètes était assez magique.

On a fait une bonne compétition. J’étais un peu déçue car trois mois après ma médaille aux Championnats du monde, j’ai fait exactement la même chose mais les juges ne m’ont pas qualifiée en finale. Il y avait pourtant les mêmes filles et on faisait les mêmes mouvements. Les Jeux Olympiques, c’est encore plus compliqué au niveau du jugement !

Après avoir arrêté ta carrière en 1998 suite à une blessure au genou, tu as annoncé ton retour à la compétition en 2003, à l’âge de 23 ans. Qu’est-ce-qui a motivé ton retour ?

J’étais partie au Cirque du Soleil pendant un an. Ensuite, je suis rentrée en France et j’ai monté une société de graphisme et de communication. C’est alors que des amis cherchaient une troisième personne pour faire de l’aérobic sportive. Le sport me manquait un peu et j’ai dit « pourquoi pas » ! On a eu des résultats internationaux. Après un an d’aérobic, je me suis dit que j’étais en forme et que vu le niveau des autres, je pourrais toujours être en équipe de France. J’ai pensé que ça serait vraiment sympa si je pouvais refaire les Jeux avec une expérience différente : un peu plus âgée, avec du recul. Si je ne l’avais pas tenté, je l’aurais regretté ! Mais ça a été dur ! Lors des premières séances, je me suis dit : « mais pourquoi tu as fait ça ? » (rires)

Tu as participé aux Jeux Olympiques d’Athènes en 2004. Comme tu avais entre-temps arrêté ta carrière, as-tu vécu ces deuxièmes Jeux Olympiques dans un état d’esprit différent de tes premiers JO ?

Complètement ! C’était inespéré de refaire les Jeux Olympiques étant donné que j’avais arrêté la gym. Et je n’avais pas le niveau pour aller chercher une médaille ou une finale. J’étais donc vraiment là en support pour l’équipe. J’étais capitaine et j’avais une expérience qui je pense apportait quelque chose à l’équipe. On s’est plutôt bien comportés sur cette compétition, avec notamment une championne Olympique (Emilie Le Pennec, ndlr) et un bon résultat par équipe.

En 2005, tu es devenue championne d’Europe au sol. Avec le recul, est-ce le meilleur souvenir de ta carrière ?

Non. C’est une gratification parce que c’est un titre. Mais ma médaille aux Championnats du monde était un peu inespérée. Je m’étais vraiment battue. Normalement, une finale se joue à huit personnes, mais il y avait eu des réclamations et on est passé à dix dans une finale. La compétition était donc très ardue. Alors qu’aux Championnats d’Europe, c’était plus une récompense de toute ma carrière. C’était au sol, un agrès que j’affectionne. Je me faisais vraiment plaisir sur la chorégraphie. C’est un très bon souvenir et ça m’a même motivée pour aller derrière chercher les Jeux Olympiques en 2008. Mais je me suis blessée après.

Tu n’as malheureusement pas pu participer aux Jeux Olympiques de Pékin en 2008 à cause d’une blessure. Cela a-t-il été très difficile à encaisser ?

Très difficile. J’ai fait une dépression pendant un an. C’était aux Championnats d’Europe à Clermont-Ferrand, trois mois avant les Jeux Olympiques. J’avais continué ma carrière pour finir sur les Jeux. Deux mois avant, je bats au sol la fille qui allait devenir championne Olympique juste après. J’étais physiquement au top. J’avais relevé mes contenus pour aller chercher une médaille. Je me suis cassée le tendon d’Achille avec fracture de la malléole interne. J’ai fini ma carrière en partant sur une civière, à Clermont-Ferrand. En tant que sportif, on aime pouvoir dire : « ce sera ma dernière compétition ». On n’aime pas ne pas avoir le choix. Il me manquait trois mois pour aller au terme de mon objectif ! Je suis quand même allée à Pékin. J’ai commenté à la télévision, ce qui m’a ouvert d’autres choses qui ont un peu compensé. Mais finir sur une blessure, juste avant une grosse échéance, c’est très difficile.

Qu’est-ce-qui a été le plus dur lors de ton retour ? Et au contraire, qu’est-ce-qui a été plus facile que ce que tu pensais ?

Le plus dur, c’était les entraînements. J’étais affutée grâce à l’aérobic mais physiquement, la gymnastique est très dure. C’est très spécifique et cela demande beaucoup de temps. Tu dois t’entraîner tous les jours. Par contre, ce qui a été très facile, c’était les figures. Tout était bien ancré dans ma tête. J’avais presque gommé quelques imperfections. C’est un peu comme marcher ou faire du vélo, ça revient très vite !

Depuis 2009, tu es co-présidente de la commission des athlètes de haut niveau au CNOSF, d’abord avec David Douillet puis avec Tony Estanguet. En quoi consiste ton rôle exactement ?

Il est très large. Je suis un peu le vase communiquant entre le mouvement sportif en général et les athlètes. Je suis au Conseil d’Administration. On est les représentants des athlètes. On a fait passer des projets de loi. On est là pour faire entendre la voix des athlètes dans de nombreux sujets : améliorer la reconversion, faire passer des messages aux Présidents de Fédérations… Il faut être facilitateur. Mais il faut aussi faire comprendre aux athlètes qu’il existe pas mal de choses pour eux.

En plus de ce rôle au CNOSF, tu as une reconversion très chargée avec un restaurant dans Paris, l’animation à la radio, une société de communication. Avais-tu préparé ta reconversion quand tu étais encore athlète ?

Je ne l’avais pas du tout préparée ! J’ai eu la chance d’avoir une famille qui m’a aidée, par exemple pour la société de communication et de graphisme. Je pense être une personne d’assez ouverte. Quand il y a une occasion, je la prends volontiers. Quand je me suis blessée avant les Jeux de Pékin, on m’a proposé la télé et j’ai accepté. Ensuite, cela a été la radio. Ce que je fais a toujours un rapport avec la communication. J’aime ça. Tenir un bar, c’est un peu comme le théâtre : c’est être en représentation tous les soirs.

Le sport français est marqué par la candidature de Paris aux Jeux Olympiques 2024. As-tu un rôle dans cette candidature ?

J’en ai un. Je suis au Comité des athlètes de Paris 2024. On est une vingtaine d’athlètes et on travaille sur tous les sujets. Je suis aussi au Conseil d’Administration de la candidature pour tout ce qui est plus technique et politique. Mais je ne suis pas impliquée au quotidien, comme certains dans la candidature. Je suis là dès qu’on a besoin de moi et lorsqu’il y a de grandes décisions à prendre avec les athlètes.

Merci beaucoup Isabelle d’avoir pris le temps de répondre à ces questions !

La carrière d’Isabelle Séverino en quelques lignes :

Isabelle Séverino remporte la médaille de bronze aux barres asymétriques lors des Championnats du monde 1996. Cette même année, elle participe aux Jeux Olympiques d’Atlanta, où elle termine 13e du concours général et 8e du concours par équipe. Suite à une blessure au genou, elle met un terme à sa carrière en 1998.

En 2003, elle annonce son retour à la compétition. Elle se qualifie pour les Jeux Olympiques d’Athènes en 2004 et est la capitaine de l’équipe de France, qui prend la sixième place. En 2005, elle devient championne d’Europe au sol. En 2008, elle se blesse gravement et doit ainsi déclarer forfait pour les Jeux Olympiques de Pékin.

En 2009, elle est élue co-présidente de la commission des athlètes de haut niveau au CNOSF avec David Douillet. Quatre ans plus tard, elle est réélue, avec Tony Estanguet. En plus de ses activités à la radio sur RMC, elle tient un bar-restaurant à Paris nommé Rouge, près de la Place de la République.