Interview de Julien Lorcy

(boxe)

Julien Lorcy a remporté deux titres de champion du monde de boxe au cours de sa carrière : en 1999 puis en 2001. Après avoir pris sa retraite sportive en 2004, il a décidé de développer son côté artistique, comme en témoigne le livre qu’il vient d’écrire, intitulé « Gadjo ». Ses finales de Championnat du monde, sa participation aux Jeux Olympiques de 1992, ses nombreux projets : Julien Lorcy se confie avec franchise.

Julien, tu as remporté ton premier titre de champion du monde des poids légers WBA en 1999, contre le Français Jean-Baptiste Mendy. Le fait de remporter ce titre contre un autre Français avait-il une saveur particulière pour toi ?

« Non. Cela n’avait pas de saveur particulière parce qu’en fait, je n’ai jamais aimé la boxe : on m’a obligé à en faire. Mais quand tu fais un combat et que tu as quelqu’un en face de toi, si tu ne te défends pas, il te « casse la gueule ». J’ai donc essayé de me défendre un peu mieux que les autres !

Jean-Baptiste Mendy était le champion du monde avant notre confrontation. C’est lui qui m’avait lancé un défi. Je vais te raconter une petite anecdote : j’ai neuf ans d’écart avec Jean-Baptiste et quand j’étais petit, j’allais dans la salle des frères Acariès. Et lui, quand il venait aux entraînements, il ne disait jamais bonjour. Du coup, à l’époque, je me disais : « celui-là, un jour, je vais lui casser la gueule ! ». Voilà pour la petite histoire ! Mais sinon, on est très pote avec Jean-Baptiste. Quand on se voit, il n’y a pas d’animosité ou quoi que ce soit. On s’est rencontré, le meilleur qui l’a remporté, c’était moi et puis c’est tout ! »

En 2001, tu es de nouveau devenu champion du monde WBA en battant le Japonais Takanori Hatakeyama. As-tu le sentiment que ce deuxième titre a été plus dur à décrocher que le premier ?

« Tu sais, quand tu fais de la boxe, ce n’est pas une question d’être dur ou pas dur : c’est simplement, comme je te le disais, que tu as quelqu’un en face de toi. Effectivement, c’était un Championnat du monde au Japon, une grande nation, et je suis le premier boxeur européen à avoir pris un titre dans ce pays. C’est avec ce combat que j’ai acquis mes vraies lettres de noblesse de boxeur : champion du monde reconnu par les professionnels. Avant, c’était un match franco-français… Mais là, aux yeux du monde, j’étais le premier boxeur européen à ramener un titre du Japon : ça te place un homme ! »

A chaque fois, tu as perdu ta ceinture mondiale dès le combat suivant. Cela reste-t-il la plus grande frustration de ta carrière ?

« Non, pas du tout ! Pour moi, peu importe que j’aie gagné ou perdu. Ce n’est pas du tout une frustration. J’ai donné le meilleur de moi-même et je n’ai jamais essayé de me droguer ou quoi que ce soit. J’ai toujours fait de grands combats et je suis reconnu en tant que combattant. Effectivement, cela aurait forcément été mieux de défendre vingt fois mon titre, mais je suis content de la carrière que j’ai faite. Je ne reviens pas sur le passé. Aujourd’hui, mon avenir est devant moi. J’ai arrêté la boxe et je fais d’autres choses.

Je n’ai donc pas de frustration. Je ne suis pas en train de pleurer sur mon sort. Les trois quarts des boxeurs arrêtent leur carrière en disant : « j’aurais du faire ci, j’aurais du faire ça »… Moi, je ne suis pas comme ça. La boxe, c’est fini ! On m’a même proposé deux millions de dollars pour disputer un Championnat du monde contre un Japonais, mais je n’ai pas voulu car je considère que quand tu as fini, tu as fini ! C’est tout ! »

Au cours de ta carrière, tu as également participé aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, où tu as atteint les quarts de finale. Quels souvenirs gardes-tu de cette expérience olympique ?

« Tu te rends compte que les Jeux Olympiques, c’est politique ! Je vais te donner un exemple concret : Surya Bonaly avait le niveau pour être championne olympique à l’époque, mais elle n’aurait jamais pu le devenir car elle est black ! Je vais te citer un autre exemple : le poids mouche ou le poids coq espagnol aux Jeux Olympiques de Barcelone. Au premier combat, il perd mais on le donne gagnant, au deuxième combat, il perd mais on le donne gagnant, au troisième combat, il perd mais on le donne gagnant, et au quatrième combat, il gagne mais on le donne perdant ! Il avait remporté une médaille mais il criait. Comme il parlait bien français, je lui ai dit : « mon frère, tais-toi, tu aurais dû perdre les trois combats d’avant ! ». Il m’a répondu : « ah oui, tu as raison ». Voilà, tu te rends compte en définitive que ce n’est que politique !

Sinon, les souvenirs d’hommes : tu rencontres des monstres du sport, les Jeux sont gratuits… C’est une aventure exceptionnelle ! Aux Jeux Olympiques, j’ai vraiment tissé des liens avec mes partenaires de l’équipe de France. On se revoit régulièrement. On a vécu quelque chose pour la vie, c’est ce que j’en retire ! »

Tu as mis un terme à ta carrière en 2004, à l’âge de 32 ans. A l’époque, la peur de faire le combat de trop était-elle une obsession pour toi ?

« C’est une assez longue histoire. En gros, j’ai arrêté la boxe parce que je n’avais plus de sensation en montant sur le ring. Je n’avais plus cette petite peur et je montais sur le ring comme si j’allais chercher du pain ! J’ai donc décidé qu’il fallait que j’arrête, tout simplement ! Quand ils arrêtent la boxe, les trois quarts des boxeurs sont employés de bar ou videurs en boîte de nuit. Moi, j’ai décidé de faire autre chose ! »

Tu as été managé par les frères Acariès puis par Don King, personnages incontournables de la boxe en France et aux Etats-Unis mais qui sont également assez contestés. Quels étaient tes rapports avec eux ?

« C’étaient des rapports financiers. Je ne suis pas parti en mauvais termes avec Michel et Louis Acariès. Je leur ai demandé ce qu’ils pouvaient faire pour moi en leur expliquant que j’avais été voir Don King, qui me proposait un contrat. Mais ils m’ont dit qu’ils n’avaient plus d’argent. Donc j’ai été chez Don King. Ce n’est pas mon ami, ce n’est pas mon père : avec lui, on avait un rapport purement financier.

Sinon, Don King, c’est un chaud : « voulez-vous coucher avec moi ce soir », « vive la France »… On l’aime ou on ne l’aime pas, toujours est-il qu’on peut toujours s’arranger avec un Américain. Tu peux faire du business avec, alors qu’avec certaines personnes que je ne veux pas citer, tu as du mal à t’arranger avec eux ! »

Ces derniers mois, tu as sorti un roman (Gadjo) et une chanson (Femme de boxeur), ce qui peut paraître surprenant pour un ancien boxeur. D’où te sont venues ces idées ?

« Toute ma vie, on m’a obligé à faire de la boxe. J’ai donc du démontrer mon côté sportif. Maintenant que je suis livré à moi-même, je démontre mon côté artistique. Et ce n’est pas fini : ça ne fait que commencer ! »

Quels sont tes autres axes de reconversion et tes projets ?

« Déjà, il y a le développement du sport dans l’Afrique francophone. Mais je ne peux pas trop en parler tant que je n’ai pas signé le contrat.

Sinon, on va faire un reportage télé : « Poing de vue ». L’année prochaine, ce sera les dix ans de ma finale du Championnat du monde au Japon. L’idée du reportage, c’est d’interviewer Hatakeyama chez lui, de retrouver nos promoteurs respectifs et les gens qui ont participé à ce combat. Le reportage sera lié à un livre interactif, dans lequel vous pourrez télécharger le combat, visionner le reportage et voir comment cela a été vécu des côtés français et japonais.

Je vais faire un livre de préparation de boxe, avec des conseils et des vrais programmes. Le principe, c’est de retranscrire mes 33 années de pratique et d’en faire quelque chose. Je veux être le premier à sortir un livre écrit par un boxeur pour les boxeurs. Pour l’instant, les livres techniques de boxe sont écrits par des gens qui ont fait bac +10 et qui te parlent avec des termes tellement compliqués que tu ne comprends rien ! Ils ne savent pas écrire avec des mots simples, donc j’ai décidé de m’y atteler. En France, le matériel vendu est nul et on ne sait pas se bander les mains. Il y aura donc une grosse partie sur le matériel et ce sera très interactif, avec la possibilité de voir des vidéos.

On va aussi probablement travailler sur un autre roman, qui devrait sortir au mois de mars, pour le Salon du livre. Il s’intitulera Gabriella, comme le nom de ma maman. Ca parle également de boxe, un peu comme dans Gadjo.

Il y aura la sortie d’un album de rap sur le thème de la boxe. Il va s’appeler « 15 rounds » et sera composé de quinze chansons en rapport avec la boxe, chantées par les anciens et la nouvelle génération du rap. Mais je ne peux pas te citer de noms parce que je n’ai pas signé le contrat avec eux. Normalement, l’album devrait sortir aux Etats-Unis avant de sortir en France. Actuellement, je suis en train de voir avec l’avocat s’il n’y a pas de problème de maison de disques. On travaille sur les chansons, on en a déjà six, et les maquettes seront normalement faites en fin d’année. Dans l’album, il y aura notamment une chanson que j’ai écrite pour un ami, l’acteur Saïd Taghmaoui : c’est l’histoire de quelqu’un qui aurait voulu faire de la boxe.

Voilà, ça avance ! Je développe mon côté artistique ! Il y a une vie après la boxe ! »

Merci beaucoup Julien d’avoir répondu à ces questions avec beaucoup de franchise et bonne chance pour tes nouveaux projets !

La carrière de Julien Lorcy en quelques lignes :

Julien Lorcy débute sa carrière chez les amateurs et participe aux Championnats du monde de 1991 et aux Jeux Olympiques de Barcelone de 1992, où il atteint à chaque fois les quarts de finale. Devenu professionnel, il devient champion d’Europe des super-plumes en 1996.

Il change ensuite de catégorie et passe en poids léger. Il remporte alors le titre de champion du monde WBA en avril 1999, en battant le Français Jean-Baptiste Mendy par arrêt de l’arbitre à la sixième reprise. Il perd son titre en août, dès le combat suivant, contre l’Italien Stefano Zoff. En 2000, il est champion d’Europe. En juillet 2001, il devient de nouveau champion du monde WBA en battant le Japonais Takanori Hatakeyama aux points. Il perd sa ceinture en octobre contre l’Argentin Raul Horacio Balbi.

Julien Lorcy décide de mettre un terme à sa carrière de boxeur en 2004, à l’âge de 32 ans. Depuis, il a notamment sorti un single intitulé Femme de boxeur et un livre, Gadjo, publié en septembre 2010.

Pour en savoir plus sur Julien, visitez son site officiel : julienlorcy.com