Interview d’Adrianna Lamalle

(athlétisme)

Meilleure Française en 100 mètres haies, Adrianna Lamalle s’est blessée gravement au genou en juillet 2008, soit peu de temps avant les JO de Pékin. Ayant dû déclarer forfait pour les Jeux, elle revient dans cette interview sur sa longue rééducation et sur le reste de sa carrière.

Adrianna, peux-tu tout d’abord nous donner de tes nouvelles ? Où en es-tu dans la longue route pour retrouver ton meilleur niveau ?

« J’ai été victime d’une rupture des ligaments croisés, en plus de celle que j’ai déjà eue l’année dernière. Je me suis reblessée en mai 2009 lors de mon stage, donc du coup là j’ai subi une opération au genou droit pour enlever tout le matériel, enlever les broches. J’ai fait de la rééducation à l’INSEP avec mon kiné, pour renforcer un peu la jambe et resubir de nouveau une intervention pour me refaire les ligaments croisés. Donc je suis à ce stade là, à faire de la rééducation pour renforcer ma jambe. Là, c’est reparti pour un tour : il faut compter en général un an, huit mois pour se remettre sur pieds et un an pour refaire de la compétition. »

Revenons à cette blessure en juillet 2008… peux-tu nous rappeler ce qui s’est passé ?

« En fait, je n’avais pas de problème particulier en termes physiques, j’étais bien. Je me sentais en forme pour faire une performance, et aux championnats de France, sans le vouloir, j’ai ressenti une tension sur l’attaque de la première haie… Du coup, tout a cédé et mes ligaments croisés ont lâché… Je n’ai pas pu défendre mon titre de championne de France, ni honorer la sélection pour les Jeux de Pékin sur 100 mètres haies. »

La non-participation aux JO de Pékin à cause de cette blessure reste-t-elle comme le plus grand regret de ta carrière à ce jour ?

« Oui, parce-que ce sont les Jeux et j’avais quand même fait pas mal de sacrifices pour justement me donner les moyens d’être performante aux Jeux, comme arrêter mes études en 2008 et me consacrer entièrement à la préparation de ma discipline. En plus de ça, tu ne fais tellement que ça que tu n’as pas le temps de voir du monde, ton mental est à 100% sur le sport donc du coup c’est quand même assez difficile de se dire qu’on a fait tout cela pour rien. »

Comment as-tu géré cette longue période de rééducation ?

« C’était difficile, mais comme il y avait mes fans qui me disaient qu’ils étaient avec moi, qui me témoignaient de leurs encouragements pour me revoir sur les pistes et faire des choses biens… Voir ma famille, mon entraîneur qui ne me parlait pas comme quelqu’un de blessé mais comme quelqu’un qui allait revenir et en qui il croyait, la Fédération aussi qui m’a soutenue et qui était là avec moi, c’est un peu toute cette énergie positive que j’ai eue qui m’a permis de rester sereine, de ne pas trop craquer moralement et de me dire que de toute façon il y a encore une chance et qu’il faut y croire jusqu’au bout ! Donc ça c’est bien, je les remercie d’ailleurs. »

Passons maintenant à un sujet plus joyeux : quel est le meilleur souvenir de ta carrière à ce jour ?

« Je vais dire les regroupements jeunes qu’on faisait quand j’étais cadette junior, à Saint-Jean de Luz, notamment pour l’ambiance des équipes de France jeunes… »

Dans quelles circonstances as-tu commencé l’athlétisme et les haies ?

« L’athlétisme, c’est ma mère qui aimait beaucoup ce sport, qui n’avait pas pu en faire quand elle était jeune, et qui du coup a inscris ses enfants. Je suis la seule à y être restée, c’est là que j’y ai pris goût et c’est devenu ma passion. Et puis comme j’étais une fille assez active, il fallait quand même que je fasse du sport donc je pense qu’elle a bien choisi car je courais partout. Et les haies, c’est mon entraîneur de l’époque : c’est un entraîneur très complet puisqu’il entrainait le saut, le lancer et le sprint mais il avait aussi de très bons résultats sur les haies donc du coup dans son groupe tout le monde faisait des haies. C’est un peu comme Francois (Pépin, son entraîneur, aussi entraîneur de Leslie Djhone, ndlr), tout le monde fait du 400 mètres, eh bien avec mon entraîneur de l’époque tout le monde faisait des haies. Du coup j’ai commencé les haies avec lui et c’est dessus que j’ai eu mes meilleures performances. A la base, je suis sprinteuse mais mes performances sur les haies me plaçaient au meilleur niveau mondial donc du coup j’ai continué dessus. »

On sait que la Martinique est très importante pour toi… La quitter pour venir s’entraîner en France n’a pas été trop difficile ?

« Non, pour moi c’était une étape supplémentaire, donc ça s’est fait quand même assez facilement. Ce qui est sûr, c’est que quitter sa famille et ses amis et se dire que j’allais un peu dans l’inconnu, c’est le plus dur, mais après j’ai vite accroché, je pense que c’est le plus important. »

Pour finir, quels sont tes objectifs futurs ?

« Là, je vais reprendre les études et essayer de me refaire une santé et puis après me remettre en selle pour réussir. Il n’y a pas de raison que je ne puisse pas revenir ou que je ne puisse pas me donner les moyens. Donc à partir de ce moment là, on va faire en sorte que je puisse revenir à mon meilleur niveau. En tout cas, je me donne les moyens. Je ne me donne pas vraiment d’objectif de date de retour car c’est un peu l’erreur que j’avais faite en voulant revenir trop tôt, du coup là je me prépare et puis on verra l’année prochaine. Tout en sachant qu’à long terme, le plus beau bilan serait quand même de me préparer pour les Jeux Olympiques ! »

Merci beaucoup Adrianna pour ta gentillesse ! En te souhaitant beaucoup de courage dans cette période difficile !

La carrière d’Adrianna Lamalle en quelques lignes :

Adrianna Lamalle est une athlète de 26 ans, spécialiste du 100 mètres haies.

Elle se distingue assez tôt en devenant championne du monde cadette du 100 mètres haies en 1999, et en terminant 3e des championnats du monde junior l’année suivante. Ensuite, sa carrière est perturbée par plusieurs blessures.

Ses bonnes performances et sa progression lui permettent d’être sélectionnée en équipe de France pour les championnats du monde de 2005 à Helsinki, et ceux de 2007 à Osaka : à chaque fois, elle atteint les demi-finales. En 2006, elle termine 8e des championnats d’Europe de Göteborg.

Quelques semaines seulement avant les Jeux Olympiques de Pékin, elle se blesse aux championnats de France. Touchée gravement au genou, elle doit renoncer à participer aux JO, alors qu’elle était sélectionnée. Depuis, elle n’est toujours pas guérie.