Interview de Leslie Djhone

(athlétisme)

Leslie Djhone est la référence du 400 m depuis de nombreuses années en France. Multiple finaliste mondial, il a notamment terminé cinquième des Jeux Olympiques de Pékin. Demain, il disputera la finale des Championnats d’Europe en salle. Nous l’avons rencontré cette semaine.

Leslie, le public vous a découvert en 2003 lors des Championnats du monde de Paris, où vous avez pris la cinquième place du 400 m et la médaille d’argent du relais 4×400 m. Considérez-vous ces deux belles courses devant le public français comme le moment le plus fort de votre carrière ?

« Oui. J’ai découvert l’athlétisme un peu comme ça. C’était quasiment ma deuxième saison sur 400 m, donc arriver en finale était un exploit pour moi. Et puis c’est très impressionnant d’avoir 65 000 personnes qui crient : « allez les Bleus ». Ca reste l’un des plus beaux moments de ma carrière ! »

Suite à la disqualification du relais américain, vous avez ensuite récupéré la médaille d’or de ces Championnats du monde. Avez-vous quand même pu savourer ce titre malgré les circonstances ?

« Non, pas trop. C’est vrai que c’est un titre que l’on prend avec un peu d’amertume. On était à la maison et on n’a pas pu avoir la Marseillaise. On n’a pas pu avoir plein de choses. On se dit qu’à cause de certains tricheurs, on est passé à côté d’un truc vraiment phénoménal au niveau émotionnel. »

En 2004, vous avez participé aux Jeux Olympiques d’Athènes. Quels souvenirs gardez-vous de vos premiers JO ?

« On va dire : « retour à la réalité ». J’étais sorti de Paris avec plein d’étoiles dans les yeux en me disant : « voilà, c’est comme ça le 400 m ! ». Et en fait, je ne sais pas ce qui s’est passé à Paris, mais ce n’était pas du 400 m de très haut niveau. A Athènes, j’ai vu du 400 m de très haut niveau et je me suis pris une claque. Ca courrait en 44’’00, 44’’10, 44’’20 et je n’ai pas compris ! Donc retour à la réalité ! »

En 2006, vous remportez la médaille de bronze des Championnats d’Europe sur le 400 m. Cette première médaille individuelle en senior a-t-elle été un accomplissement pour vous ?

« Non. Je dirais que cela a été l’une de mes plus grosses déconvenues dans ma carrière, parce que je suis arrivé en tant que favori et je n’ai pas su gérer la pression. »

Lors des Jeux Olympiques de Pékin en 2008, vous avez terminé cinquième de la finale malgré une blessure au départ. Le fait de ne pas avoir pu réellement défendre vos chances sur cette course reste-t-il comme la plus grosse frustration de votre carrière ?

« Ah oui ! Je pense que je n’avais jamais été aussi bien physiquement. Peut-être trop bien même, et c’est peut-être ça qui a fait que j’ai eu cette blessure. J’avais l’impression de voler sur la piste à Pékin. Depuis, je n’ai jamais retrouvé ces sensations-là. C’est vrai que ça reste la plus grosse frustration de ma carrière ! »

Avez-vous mis du temps à digérer cette course des JO ?

« Je me suis posé beaucoup de questions parce que c’est vrai que nous, on n’a pas la chance de pouvoir revenir toutes les semaines pour recourir. Et les Jeux, c’est tous les quatre ans. C’étaient mes deuxième Jeux. On m’a dit : « les premiers Jeux, tu as appris ». Pour les deuxièmes, j’aurais bien voulu confirmer. Ca reste une grosse frustration parce que je pense que j’aurais pu faire un très gros truc. »

Vous êtes l’actuel recordman de France du 400 m, à la fois en extérieur et en salle. L’améliorer est-il l’un de vos plus grands objectifs avant la fin de votre carrière ?

« Non, justement ! Avant, c’était plus ça, mais maintenant, ça va plus être d’aller chercher des titres. Les records, je les ai, ils sont là. Ils seront battus un jour et ils sont faits pour ça. Maintenant, on va essayer d’aller s’atteler à aller chercher des médailles, quelle que soit la performance. »

Vous êtes très régulier au très haut niveau, avec de nombreuses finales aux Championnats du monde et aux JO. Ces nombreuses finales sont-elles une fierté ou au contraire une déception de se dire que sur ces nombreuses finales, vous n’avez pas eu un brin de réussite pour y remporter une médaille ?

« Comme je suis une personne assez pessimiste, je me dis que je suis peut-être l’athlète français qui a eu le plus de chances d’aller chercher des médailles et qui ne les a pas saisies. On ne peut pas dire que je n’ai pas eu de chances pour aller en chercher : j’en ai eu beaucoup puisque j’ai fait toutes les finales possibles depuis 2003. Mais à chaque fois, il y a un truc qui fait que ça ne marche pas… Donc c’est vrai que je suis très régulier pour aller en finale, mais après il y a un truc qu’il faut que j’essaie de résoudre. C’est pour ça que maintenant, on est sur une phase qui a commencé à Barcelone et qui consiste à prendre des risques. Dans ma tête, à Barcelone, terminer deuxième ou huitième était la même chose. »

Les Championnats d’Europe en salle ont lieu ce week-end à Bercy. Vous êtes-vous fixé des objectifs concrets ?

« Non. J’ai eu l’expérience de Göteborg (les Championnats d’Europe 2006, ndlr) : maintenant, je prends course après course et c’est à moi de gérer la pression. En arrivant sur un grand Championnat, tous les compteurs sont remis à zéro. Il n’y a pas de favori, il n’y a pas de personne qui est mieux que les autres. On a trois tours à faire et c’est celui qui tiendra le mieux ces trois tours qui passera. Ce n’est pas spécialement le plus fort chronométriquement ! »

Merci beaucoup Leslie pour votre gentillesse et bonne chance pour les Championnats d’Europe !

Crédit photos : Reuters et Panoramic

La carrière de Leslie Djhone en quelques lignes :

Leslie Djhone pratique tout d’abord la longueur, avant de se spécialiser dans le 400 m. Aux Championnats d’Europe 2002, il remporte la médaille de bronze avec le relais 4×400 m. En 2003, lors des Championnats du monde d’athlétisme disputés à Paris, il termine 5e du 400 m et remporte la médaille d’argent du relais. Suite à des disqualifications pour dopage, il récupère finalement le titre de champion du monde de relais et la 4e place du 400 m.

Lors des Jeux Olympiques d’Athènes de 2004, il termine 7e du 400 m. Deux ans plus tard, il remporte la médaille de bronze du 400 m lors des Championnats d’Europe de Göteborg, ainsi que le titre en relais. L’année suivante, lors des Championnats du monde, il prend la 5e place.

De nouveau en finale lors des Jeux Olympiques de Pékin en 2008, il se blesse malheureusement au départ et termine finalement 5e. Finaliste des Championnats du monde 2009, il est l’actuel recordman de France du 400 m à la fois en extérieur et en salle. Demain, il tentera de remporter une nouvelle médaille lors des Championnats d’Europe indoor disputés à Paris.