Interview de Mickaël Borot

(taekwondo)

Vice-champion du monde en 2001 et en 2003, Mickaël Borot est aussi Champion d’Europe de taekwondo. Après avoir participé aux Jeux Olympiques de Pékin, il a décidé de continuer sa carrière jusqu’aux JO de 2012 à Londres, pour accrocher la seule médaille qui manque à son palmarès : une médaille olympique.

Mickaël, lors des Championnats d’Europe le mois dernier, vous avez remporté la médaille de bronze en +87 kg. Est-ce une grande satisfaction ou bien une petite déception de ne pas avoir gagné l’or ?

« C’est une grande satisfaction. Ca fait 14 ans que je suis en équipe de France, 14 ans qu’il fallait que je prouve que j’étais constant et médaillable. Et mon objectif à long terme c’est d’être sur la plus haute marche aux prochains JO, donc voilà, ça marque aujourd’hui le début d’un beau parcours. »

Vous avez participé aux Jeux Olympiques de Pékin, mais dans une situation très particulière. Avez-vous le sentiment qu’on vous a volé votre rêve olympique ?

« Oui, d’une certaine façon, parce que c’est vrai que la sélection s’est passée d’une manière qui n’était pas à mon goût. J’estimais avoir fait le plus gros du travail (sélectionner la catégorie) et être l’homme en forme du moment puisque j’avais battu Pascal Gentil avant la décision. Après, ça a été une décision fédérale. On ne va pas revenir dessus mais oui, j’ai ce sentiment. Surtout que je n’ai appris que deux semaines avant que j’allais faire les JO (après la blessure de Pascal), donc c’était difficile psychologiquement de se remettre dans le coup et de prétendre à une belle médaille olympique.

Juste après les JO, j’ai dû faire le bilan pour savoir si je continuais ou si j’arrêtais, et aujourd’hui je me suis remis en course, pour cette fois vivre pleinement ce rêve olympique. »

Gardez-vous quand même des souvenirs positifs de votre participation aux JO de Pékin ?

« Oui, bien sûr ! On ne peut pas nier que les JO sont pour tous les sportifs de haut niveau une belle consécration. C’est la fête du sport en général, donc y être, c’est quelque chose de bien, de grand, et j’ai vécu un bon moment malgré le résultat. »

Une grande partie de votre carrière a été vécue dans l’ombre de Pascal Gentil. Cette rivalité, c’était une motivation pour vous ou plutôt un facteur négatif ?

« C’est vrai que lorsque j’ai voulu prétendre à un rêve olympique, je suis monté dans la catégorie des lourds, moi qui étais déjà compétitif dans ma catégorie des mi-lourds. C’était une motivation parce que je savais que je m’attaquais à un grand de ma discipline, donc c’était une émulation pour moi. C’était vraiment quelque chose de très positif, j’en garde vraiment un bon souvenir ! »

A l’heure actuelle, si vous deviez choisir le meilleur souvenir de votre carrière, lequel serait-ce ?

« C’était en 2007, le tournoi de sélection olympique, où on m’a donné ma chance pour décrocher le billet pour les JO de Pékin. J’ai survolé la compétition et je l’ai gagnée. Pour le ticket olympique, j’ai battu le grec en quarts de finale, et je pense que c’était vraiment un match qui restera dans les annales. »

Et, au contraire, quel a été votre pire souvenir, excepté les JO de Pékin ?

« Je dirais les Championnats du monde de l’année dernière au Danemark, où je reste au pied du podium. Je perds en quarts de finale face à un Kazakh au point en or. Le match se finit à 3-3 et finalement sur le point en or, mon adversaire m’effleure à peine et il me maintient à la quatrième place ! »

Quels sont vos prochains objectifs ?

« Là, je me suis mis un peu au repos… Mes prochains objectifs, ce sont les Jeux mondiaux des sports de combat, qui auront lieu du 28 août au 3 septembre en Chine. C’est un peu les Jeux Olympiques des sports de combat : karaté, judo, lutte, taekwondo… Il faut faire partie des meilleurs mondiaux et je suis sélectionné pour ça.

Et à long terme, l’objectif est les JO 2012. Si je continue aujourd’hui ma carrière sportive, c’est vraiment pour aller jusqu’au bout et pour concrétiser ce rêve : revenir avec une médaille olympique. »

Vous venez d’avoir 35 ans. Avez-vous déjà planifié votre reconversion ?

« Oui. Depuis cinq ans, je travaille pour Dalkia, la filière énergétique de Veolia Environnement. Je suis détaché à mi-temps : je m’entraîne le matin et je travaille l’après-midi. Je remplis donc mon poste de chef de projet et ma reconversion est assurée. J’ai aujourd’hui un CDI et des missions. »

Et vous arrêterez donc votre carrière après les JO de Londres ?

« Oui, bien sûr ! J’aurais 37 ans et je pense que j’aurais tout donné. J’ai quand même aujourd’hui 14 ans d’équipe de France et 21 ans de taekwondo derrière moi. Je vais jusqu’au bout pour me donner complètement et pour vivre pleinement mon rêve, et c’est clair que j’aurais eu un beau parcours durant toute ma carrière sportive. »

Merci beaucoup Mickaël d’avoir répondu à ces questions !

La carrière de Mickaël Borot en quelques lignes :

Mickaël Borot se distingue tout d’abord dans la catégorie des mi-lourds, devenant deux fois vice-champion du monde : en 2001 en Corée du Sud, et en 2003 en Allemagne. En 2002, il obtient également la médaille d’argent lors des Championnats d’Europe.

Il décide ensuite de passer dans la catégorie supérieure, celle des lourds. Il entre ainsi en concurrence avec Pascal Gentil et les quotas par pays l’empêchent de disputer les Jeux Olympiques d’Athènes (2004). Pascal Gentil mettant sa carrière entre parenthèses après les Jeux, Mickaël Borot en profite pour s’affirmer en compétitions internationales, devenant Champion d’Europe en 2006 et remportant le tournoi de sélection olympique en 2007, qualifiant ainsi la catégorie pour les JO de Pékin.< em>Cependant, Pascal Gentil décide ensuite de revenir à la compétition et est choisi pour représenter la France aux Jeux Olympiques. Blessé, il doit finalement déclarer forfait quelques jours avant la compétition, permettant à Mickaël Borot de devenir titulaire : lors du premier tour, il est éliminé par le Champion du monde en titre.

Aujourd’hui âgé de 35 ans, Mickaël Borot a décidé de poursuivre sa carrière jusqu’aux Jeux Olympiques de Londres et a remporté en mai dernier la médaille de bronze des Championnats d’Europe.