Interview de Myriam Lamare

(boxe anglaise)

Elle est depuis de nombreuses années la tête d’affiche de la boxe féminine en France. En novembre dernier, elle a même remporté son dixième titre de championne du monde chez les professionnelles. Myriam Lamare se confie pour interviewsport.fr.

Myriam, vous êtes devenue championne du monde IBF en novembre dernier à Toulon. Avez-vous le sentiment de vous affirmer encore un peu plus comme le porte-drapeau de la boxe féminine en France avec ce titre ?

Avec ce titre, non, car il y en a eu bien d’autres avant. J’ai donc constaté que j’étais le porte-drapeau depuis quelques années. Ce dixième titre professionnel vient conforter le travail accompli durant ces dix-huit ans.

Vous avez remporté de nombreux titres de championne du monde, que ce soit en amateur ou chez les professionnelles en WBA, WBF et IBF. Quel est le combat dont vous êtes la plus fière ?

Il me semble que c’est effectivement le douzième titre en tout, professionnel, amateur et pieds-poings compris. Je dis toujours que le meilleur combat reste à venir et j’en suis persuadée. Je crois que c’est avant tout le combat de la vie dont je suis la plus fière !

En 2006, vous avez perdu votre titre de championne du monde contre Anne-Sophie Mathis…

La particularité de la boxe, c’est que si on gagne, on est sur le devant de la scène, mais si on perd, on ne perd pas que le combat : on perd beaucoup d’autres choses à côté. C’est une énorme remise en question et c’est une énorme prise de risques. Ce que j’en retire aujourd’hui, c’est que j’ai su rebondir malgré tout après cette défaite. J’ai su grandir avec ce revers.

Jouer cette finale de Championnat du monde contre une compatriote avait-il une saveur spéciale ? Cela avait-il changé votre approche ?

Ça a changé des choses parce qu’il y a forcément des comparaisons au niveau national. Il y a plus d’affinités avec l’une ou avec l’autre. Il y a une rivalité qui a été malsaine durant quelques temps. Ce n’était pas une rivalité fair-play et sportive. Ce n’était pas la rivalité que j’aime… Là, les choses sont rentrées dans l’ordre : Anne-Sophie Mathis a fait son bonhomme de chemin et moi, j’ai fait le mien. On travaille actuellement avec son agent Christel Aujoux sur une troisième rencontre qui se disputera au plus haut sommet pour toutes les deux !

Vous avez la particularité d’avoir commencé en boxe française avec même un titre de championne du monde en 1999. Pourquoi avez-vous décidé de changer de discipline à l’époque ?

En boxe française, la perspective de carrière était très, très limitée. On a donc fait un choix logique avec la boxe anglaise, que j’aimais aussi. Concernant le plan de carrière, on avait beaucoup plus de visibilité sur le long terme avec la boxe anglaise qu’avec la boxe française.

Quelle est votre technique de concentration et de motivation juste avant un combat important ?

Je suis bouddhiste pratiquante. Il y a donc une méditation quotidienne. C’est un travail de longue haleine qui prend forme avant et qui atteint son objectif au moment du combat.

La peur de faire le combat de trop est-elle quelque chose qui vous obsède ou vous fait peur ?

Pas du tout. Je n’ai jamais eu peur de quoi que ce soit. Ma maman disait : « la peur n’évite pas le danger ». On prend donc tous les paramètres, on les pose, on étudie bien la question, on prend une décision et ensuite, en fonction de la décision, on assume !

Depuis vos débuts, sentez-vous que les regards sur vous et sur la boxe féminine en général ont changé ?

Bien évidemment ! Sinon, le combat n’aurait pas valu le coup d’être mené depuis tant d’années. Même si je souhaite avant tout dire que c’est pour mon accomplissement que je boxe depuis tant d’années,  on n’existe qu’au travers de nos fans et des gens qui nous aiment et qui nous suivent. Si le regard n’avait pas évolué, on n’en serait pas là aujourd’hui avec cette reconnaissance et l’intégration aux Jeux Olympiques malgré la jeunesse de notre sport.  Donc pour répondre très clairement à ta question, oui, ils ont énormément évolué et le combat valait le coup d’être mené.

Avez-vous commencé à préparer votre reconversion ? Quels domaines vous attirent plus particulièrement ?

Absolument, j’ai déjà bien entamé la préparation de ma reconversion. Je travaille actuellement sur une salle entièrement dédiée à la boxe. J’en suis à ma quatrième organisation sur le plan international. J’ai créé un concept qui s’appelle « Absolut boxe » et qui est le mélange des genres artistique et sportif. Après, il y a d’autres choses… Il y a notamment la politique, mais ce n’est pas ce que je mets en avant (elle est conseillère régionale depuis 2010 dans la région PACA, ndlr). J’ai mis un pied dedans, surtout pour aider la condition féminine, le sport féminin et la place de la femme dans la société !

Merci Myriam pour votre disponibilité et bonne chance pour la suite !

La carrière de Myriam Lamare en quelques lignes :

Myriam Lamare se distingue tout d’abord en boxe française (boxe pieds-poings), où elle devient championne du monde en 1999 et double championne d’Europe en 1998 et 2000. Elle décide ensuite de se lancer en boxe anglaise. Chez les amateurs, elle est championne du monde 2002, vice-championne du monde 2001 et double championne d’Europe (2001 et 2003).

Elle devient ensuite professionnelle. En novembre 2004, elle remporte le titre de championne du monde WBA en catégorie super-légers. Elle défend son titre mondial victorieusement à cinq reprises. Lors du combat suivant, en 2006, elle perd en revanche ses ceintures contre la Française Anne-Sophie Mathis. La revanche un an plus tard se solde aussi par une défaite.

En 2009, elle devient championne du monde WBF à Marseille. En novembre dernier, elle remporte à Toulon la ceinture IBF en catégorie super-légers. A 36 ans, Myriam Lamare a remporté dix titres de championne du monde chez les professionnelles.

Pour en savoir plus sur Myriam, visitez son site officiel : www.myriamlamare.com