Interview d’Ophélie-Cyrielle Etienne

(natation)

Il y a quatre ans, Ophélie-Cyrielle Etienne décrochait la médaille de bronze du relais 4×200 m nage libre aux Jeux Olympiques de Londres. N’ayant pas réussi à se qualifier pour les Jeux Olympiques de Rio cette année, elle a décidé de mettre un terme à sa carrière. Entretien.

Ophélie, tu as la particularité d’avoir disputé ta première grande compétition internationale directement lors des Jeux Olympiques de Pékin, en 2008. Cela avait-il été une grande pression pour toi de débuter par des Jeux Olympiques, ou au contraire c’était une force en te disant que tu n’avais rien à perdre ?

C’était un peu les deux. C’était à la fois une grande pression parce que c’est un grand événement sportif, le plus important. Et après c’était une force parce que l’objectif était de juste donner le maximum de mes capacités et de faire une belle première compétition internationale !

Lors des Jeux Olympiques de Pékin, tu as terminé septième de la finale du 200 m. Avais-tu ainsi atteint tes objectifs lors de ces Jeux Olympiques ?

Oui. J’ai été un peu surprise sur les courses individuelles. Au départ, mon objectif était de participer au relais 4×200 m. Et aux Championnats de France, je m’étais qualifiée pour les Jeux Olympiques en individuel devant Coralie Balmy et devant de grandes nageuses. Du coup, ça m’avait vraiment mis la pression ! J’avais à cœur d’arriver au moins en finale pour avoir le sentiment de ne pas avoir pris la place de quelqu’un qui aurait pu y être. Etre en finale montrait que je méritais ma place !

Aux Championnats d’Europe 2010, tu as remporté trois médailles d’argent : en 400 m, en 800 m et en relais 4×200 m nage libre. Cela est-il le meilleur souvenir de ta carrière ?

Ca reste forcément un souvenir fort parce que c’était mes premières médailles en individuel. Au-delà de ma réussite individuelle, ça avait vraiment été une super équipe de France. Le tout fait que ça reste clairement un de mes meilleurs souvenirs !

Tu as remporté la médaille de bronze du relais 4×200 m nage libre aux Jeux Olympiques de Londres et tu étais la troisième relayeuse française lors de la finale. Raconte-nous comment tu as vécu cette finale de l’intérieur ?

On savait que c’était un relais qui avait un gros potentiel et qu’il était réaliste de penser à une médaille. Si on donnait le meilleur de nous-mêmes, on avait nos chances. On était six relayeuses et on avait ça en tête. On était toutes concernées par le relais. Les séries étaient stressantes car deux filles du relais sortiraient et ne nageraient pas la finale. Lors des séries, j’ai gagné ma place pour la finale avec Coralie (Balmy), Charlotte (Bonnet) et Camille (Muffat). En finale, on a fait ce qu’il fallait pour le podium. C’était un soulagement !

Qu’a changé cette médaille Olympique pour toi, que ce soit dans la natation ou en dehors ?

En dehors de la natation, je pense que ça n’a rien changé. Dans la natation, ça a été une sorte de soulagement vis-à-vis de tout le travail qui avait été accompli avec mes entraîneurs depuis des années. Tout cela en valait la peine parce qu’il y a eu cette médaille Olympique à la clé. Ça donne un sens à tout le travail qui a été fait avant !

Tu n’as pas pu te qualifier pour les Jeux Olympiques de Rio puisque tu n’as pas réussi les minimas, bien que tu aies terminé vice-championne de France du 400 m et du 800 m. Avec un peu de recul, as-tu des regrets de ne pas avoir pu te qualifier ?

Non, car je pense que je n’aurais de toute façon pas eu le niveau individuel pour faire quelque chose aux Jeux. Si je m’étais qualifiée, cela aurait été ric-rac et cela n’aurait pas suffi à espérer faire mieux que les séries. Je n’ai pas de regrets parce que vivre les Jeux sans être au niveau de la compétition n’est pas un grand plaisir.

Mais ça reste LA compétition des sportifs, la grande fête du sport, et j’aurais voulu y être ! En plus, la quasi-totalité de mon groupe d’entraînement de Marseille s’est qualifiée, donc j’aurais aimé participer avec eux à la compétition. Mais je pense que les choses n’arrivent pas par hasard. J’ai pris beaucoup de plaisir à regarder les Jeux à la télé !

Maintenant que tu as définitivement mis un terme à ta carrière à l’âge de 25 ans, comment envisages-tu ta reconversion ? Comptes-tu rester dans le monde de la natation ?

Pour le moment, ma priorité est d’avoir mon Master à Sciences-Po. Après, est-ce-que je vais rester dans le monde de la natation ? Je ne crois pas. Pour l’instant, je vais à l’école, et ensuite on verra !

Les résultats de la natation française ont été décevants lors de ces Jeux Olympiques de Rio. En tant qu’athlète, as-tu senti que l’équipe allait dans la mauvaise direction ou que de mauvaises décisions ont été prises ?

Je pense que c’est un moment un peu compliqué dans le sens où beaucoup de nageurs vont arrêter leur carrière. Il y a une transition. Les fins de carrière ne sont jamais évidentes parce qu’on est rarement au top. Je pense qu’il y avait plein de choses. Mais je n’étais pas dans l’équipe sur place et c’est donc difficile d’avoir un avis.

Après, même quand les résultats ne sont pas mirobolants, chacun fait du mieux possible le Jour-J. Il ne faut pas oublier que les sportifs font ça pour eux et n’ont de comptes à ne rendre à personne si ce n’est à leurs entraîneurs et à eux-mêmes. Ils sont responsables de leurs performances. Les gens pensent que les sportifs sont là pour le public, mais non : à la base, un sportif est un passionné. Je pense que chacun a fait ce qu’il a pu. Les sportifs aussi aimeraient ramener une médaille d’or !

Merci beaucoup Ophélie et bonne chance pour ta reconversion !

Crédits photos 1 et 3 : AFP

La carrière d’Ophélie-Cyrielle Etienne en quelques lignes

Ophélie Cyrielle-Etienne participe à sa première grande compétition lors des Jeux Olympiques de Pékin en 2008. Elle y prend la 7e place de la finale du 200 m nage libre, ainsi que la 5e place du relais 4×200 m et la 6e place du relais 4×100 m. En 2010, elle brille lors des Championnats d’Europe de Budapest avec l’argent sur le 400 m, sur le 800 m et sur le relais 4×200 m (en compagnie de Coralie Balmy, Margaux Farrell et Camille Muffat).

En 2012, elle remporte la médaille de bronze du relais 4×200 m nage libre lors des Jeux Olympiques de Londres (avec Camille Muffat, Coralie Balmy et Charlotte Bonnet). Lors de ces JO, elle est éliminée en séries du 200 m en individuel. Cette même année, elle obtient le bronze du 200 m et du 400 m aux Championnats d’Europe de Debrecen.

Elle met ensuite un terme à sa carrière, avant de reprendre la compétition. En 2016, elle est vice-championne de France du 400 m et du 800 m, mais échoue à se qualifier aux JO de Rio à cause des minimas. Elle met alors un terme à sa carrière, à l’âge de 25 ans.