Interview de Priscilla Gneto

(judo)

Priscilla Gneto a remporté la médaille de bronze lors des Jeux Olympiques de Londres en 2012 et le titre de championne d’Europe en 2017. Aujourd’hui âgée de 28 ans, elle vise une troisième participation aux Jeux Olympiques à Tokyo cet été. Entretien.

Priscilla, tu as remporté la médaille de bronze des -52 kg lors des Jeux Olympiques de Londres en 2012. Considères-tu cette médaille comme le meilleur souvenir de ta carrière à ce jour ?

Oui, dans le sens où c’est un événement qui arrive tous les quatre ans et c’est génial de savoir répondre présente aux Jeux. Mais j’ai aussi connu d’autres moments tout aussi bien !

Il s’agissait de tes premiers Jeux Olympiques. La médaille était-elle un objectif clair en arrivant à Londres ou bien une bonne surprise ?

Je savais clairement que j’avais les moyens de faire quelque chose. Ça ne faisait pas très longtemps que j’étais senior. Etant donné mon âge (21 ans, ndlr) et le peu d’expérience que j’avais, je me disais que c’était une opportunité. Mais dans ma tête, je voulais vraiment rentrer avec une médaille.

Lors des Jeux Olympiques de Londres, tu avais été battue en quarts de finale, avant de remporter les repêchages et la médaille de bronze. Cela avait-il été difficile de se remotiver après la défaite en quarts de finale ?

Tant qu’il y a une médaille à chercher, j’ai la faculté de me remobiliser tout de suite. Je dirais que j’aurais même plus tendance à perdre une finale plutôt qu’une place de troisième, parce que je n’ai pas envie de finir cinquième ! Je râle un peu sur le coup, mais je me dis toujours que je préfère garder ça pour après la compétition.

Tu avais 21 ans quand tu as remporté cette médaille. Considères-tu que le fait de remporter une médaille olympique aussi jeune permette de se libérer ou au contraire amène de la pression pour la suite de la carrière ?

C’est un mélange des deux. Personnellement, cela ne me mettait pas plus de pression. Je savais que je ne l’avais pas volée et que j’avais travaillé pour. Dans ma tête, si je continuais à travailler, la suite se passerait bien. La pression, ce sont plus les gens autour qui la mette. Il fallait faire abstraction de ça. Je savais que j’allais être attendue à chaque sortie, à la fois par mes adversaires, par le staff et par le public. Ça m’a donné une motivation supplémentaire et ça m’a encore plus donné confiance en moi.

Lors des Jeux Olympiques de Rio 2016, tu as été disqualifiée lors de ton premier combat sur une décision arbitrale contestable. On imagine que cela a été difficile de se remettre d’une telle déception ?

Oui, ça a été très difficile. Je ne vais pas mentir : j’ai mis du temps à m’en remettre. C’était injuste. J’aurais préféré perdre en me prenant un gros « pion ». Dans un tel cas, merci, au revoir, c’est le judo ! Mais perdre de cette manière-là ! Ça a été très difficile de m’en remettre. Mais grâce à mon entourage et au staff, j’ai su passer cette étape. J’y pense toujours, même encore à présent. Ça fait partie de l’histoire et c’est une motivation en plus pour la suite.

Malgré la déception de ta compétition, tu as quand même pu profiter de la magie des Jeux Olympiques à Rio ?

Absolument pas ! J’ai passé la plupart de mon temps à ruminer. Ce n’était clairement pas des Jeux heureux. J’avais hâte de rentrer chez moi. Je suis allée voir d’autres sports mais le cœur n’y était pas.

Tu as changé de catégorie de poids fin 2016, passant des -52 kg aux -57 kg. Peux-tu nous expliquer ce choix ?

Cela faisait un moment que les descentes au poids étaient de plus en plus difficiles et que plusieurs personnes autour de moi voulaient donc que je change de catégorie. Mais perdre un statut de titulaire dans une catégorie pour arriver en total outsider dans une autre est un cap difficile pour les judokas. Tu préfères presque mourir de faim ou faire de piètres performances en étant descendue au poids, plutôt que prendre le risque de changer de catégorie. Je me disais alors que j’allais être moins forte et perdre mon niveau si je changeais de catégorie. J’ai finalement franchi le cap de monter. J’ai fait confiance aux gens autour de moi qui me disaient que si j’étais bonne dans une catégorie, il n’y avait pas de raison que je ne le sois pas dans une autre. Je me suis aussi fait confiance.

Tu as remporté le titre de championne d’Europe des -57 kg en 2017. Ce titre était-il pour toi une revanche par rapport aux Jeux de Rio ou bien un accomplissement ?

Je ne dirais pas que c’était une revanche par rapport à Rio, parce j’avais changé de catégorie de poids. Mais ça m’a soulagée dans le sens où ça montrait que j’étais capable d’accrocher une autre médaille en Championnat. Le faire dans une autre catégorie était encore plus énorme. Cela ne faisait que quelques mois que j’étais montée et j’étais très contente ! Cette médaille était un accomplissement. Elle m’a montré qu’il fallait continuer à travailler.

Ta petite sœur Astrid est aussi judokate de haut niveau en équipe de France et vous avez notamment participé toutes les deux aux Jeux Européens de Minsk en 2019. Est-ce un avantage supplémentaire d’avoir sa sœur en équipe de France ?

C’est un avantage parce qu’on vit et on partage ensemble une passion au quotidien. On part en compétition ensemble, on dort ensemble. On se connaît par cœur et on se motive mutuellement. C’est ma petite sœur et j’ai aussi ce côté protecteur par rapport à elle. On n’est que toutes les deux à Paris parce que notre famille est en Corse. Moi, j’étais arrivée à Paris toute seule et ce n’était pas évident. Le fait que je sois là pour elle lui enlève un poids et lui facilite la tâche dans plusieurs domaines. Je vois quand ça ne va pas ou quand je dois dire quelque chose sur une compétition. Quand on sort de l’Insep, on partage autre chose que du judo. C’est vraiment une confidente et une amie sur laquelle je peux compter.

Tu disposes d’une double culture franco-ivoirienne et tu as notamment fait partie de la délégation française du Président Macron lors de son déplacement en Côte d’Ivoire le mois dernier. On sent que tu souhaites apporter à la Côte d’Ivoire sur le plan du développement sportif ?

C’est pour moi une mission pour deux raisons : mes origines, et aussi le fait que je tiens à donner. On m’a beaucoup donné durant ma carrière, en particulier le soutien moral. Des personnes avec qui je n’avais à la base aucun rapport se sont investies pour moi et m’ont fait confiance. Cela concerne notamment les clubs par lesquels je suis passée : Levallois puis désormais l’ESBM et les Douanes. Ces personnes m’ont soutenue tout au long de mon parcours. Il y a aussi le public.

J’ai envie de rendre la pareille aux personnes qui ont le même désir que moi, c’est-à-dire vivre leur passion à fond et glaner des médailles pour leur nation, et qui n’ont la chance ni les moyens que j’ai eus. La Côte d’Ivoire a beaucoup de talents mais manque de moyens et d’accompagnement. A mon humble échelle, si je peux aider et accompagner ses habitants, je le fais avec plaisir. J’étais vraiment contente d’avoir été appelée par notre Président Macron pour parler du sport et de mon parcours et encourager cette jeunesse à travers les rapports entre la France et la Côte d’Ivoire.

Les Jeux Olympiques de Tokyo ont lieu en juillet prochain. Vas-tu adapter des choses dans ta préparation pour te qualifier ?

J’ai eu une phase de moins bien. Avec Alain Schmitt, mon coach de l’Etoile Sportive de Blanc-Mesnil, on a eu une grosse période où on a travaillé et mis pas mal de choses en place. J’ai déjà été dans une situation de course olympique. Je sais que ça va se jouer au mental. Il faudra vraiment rester focus à 200%. On rentre dans une période où on mange judo, on parle judo, on dort judo. Il faudra le faire à fond. Il faudra être déterminé sur chacun des combats, de la première à la dernière seconde. On va donc travailler la partie mentale. Après, le judo est comme le vélo, ça ne s’oublie pas ! (rires)

Merci beaucoup Priscilla pour cette interview et bonne année 2020 !

Crédits photos : European Judo Union (photo 1) et International Judo Federation (photo 3)

La carrière de Priscilla Gneto en quelques lignes :

Priscilla Gneto débute sa carrière dans la catégorie des -52 kg et termine en 2011 5e des Championnats du monde. En 2012, elle est sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Londres. Elle y remporte la médaille de bronze, après avoir été battue en quarts de finale et avoir gagné les repêchages.

En 2016, elle obtient la médaille d’argent des Championnats d’Europe. Lors des Jeux Olympiques de Rio, elle est disqualifiée en 8e de finale pour prise de pantalon de son adversaire.

Elle passe ensuite dans la catégorie des -57 kg. En 2017, elle devient championne d’Europe. L’année suivante, elle est médaillée de bronze des Jeux Méditerranéens. Aujourd’hui âgée de 28 ans, Priscilla Gneto va tenter de se qualifier pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020.

Participations aux Jeux Olympiques de Londres 2012 et Rio 2016
Médaillée de bronze aux Jeux Olympiques de Londres 2012 (catégorie des -52 kg)