Interview de Pierre Salviac

(journaliste sportif)

Tout passionné de rugby connaît Pierre Salviac et a passé des heures devant le petit écran à regarder les matchs de rugby commentés par ses soins ! Avec son style caractérisé par ses expressions à l’antenne comme « le cochon est dans le maïs » ou « les mouches ont changé d’âne », il a commenté le rugby pendant 40 ans. Entretien avec un passionné du ballon ovale.

Pierre, qu’est-ce-qui vous a donné la passion du rugby ?

« Je crois que c’est parce qu’à l’origine, c’était un sport différent des autres, et je croyais qu’il allait le rester. C’était un sport qui cultivait les valeurs d’un sport amateur, c’était une façon d’être plutôt qu’une façon de jouer. C’était l’occasion de rencontrer des gens de qualité parce-que c’était des gens issus du milieu universitaire dans la plupart des cas, et donc ça m’intéressait. Et puis, je suis originaire de La Rochelle, qui est une ville de rugby, donc ça paraissait inévitable ! A partir de là, avec les copains on y joue, avec les copains on regarde… »

Comment êtes-vous devenu commentateur sportif ? Qu’est-ce-qui vous a donné l’envie ? Comment avez-vous débuté ?

« Je le suis devenu parce-que je l’ai voulu, tout simplement. Après, quand on veut, on se donne les moyens de ! J’ai toujours voulu faire ce métier-là et je l’ai fait en apprenant sur le tas. J’ai commencé à beaucoup travailler comme pigiste, et puis le pigiste faisant de l’antenne s’est fait remarquer, et puis à force de se faire remarquer par les uns et par les autres, on fait son chemin. »

Vous êtes connu pour vos expressions à l’antenne, comme par exemple « le cochon est dans le maïs ». D’où vous viennent-elles ?

« En fait, c’est par réaction aux propos de mon partenaire de l’époque, Pierre Albaladejo, qui de temps en temps sortait pendant les matchs des expressions en patois landais que je ne comprenais pas. Alors un jour, pour le surprendre, j’ai sorti une expression que j’avais entendue au Stade Marcel Deflandre (le stade de rugby de La Rochelle) de la bouche d’un supporter, qui était « la cabane est tombée sur le chien ». Et puis après, il se trouve que ça a dû plaire aux téléspectateurs puisque les uns après les autres, ils m’en ont donné, et ils ont alimenté le réseau. Donc en fait, après, ça a été une œuvre collective des téléspectateurs. »

Avez-vous une anecdote particulière que vous auriez eue en commentant un match de rugby qui vous vient à l’esprit ?

« Oui, pendant la Coupe du monde 2003, je me trouvais à commenter un match entre la France et le Japon à côté des commentateurs japonais, et les commentateurs japonais demandent à Thierry Lacroix et à moi-même de prononcer le nom des joueurs français. Donc je leur fais la prononciation des joueurs de l’équipe de France, parce-que très scrupuleusement les commentateurs japonais voulaient prononcer les noms des Français de la manière la meilleure qui soit. Et puis il me vient la mauvaise idée de lui dire « eh bien si maintenant vous m’appreniez à prononcer le nom des Japonais ? ». Donc on a eu un cours accéléré juste avant la prise d’antenne… Le problème, c’est que je n’avais pas prévu qu’à la prise d’antenne, dès que je commencerai à prononcer les noms à la japonaise, Thierry Lacroix éclaterait de rire ! Ca a généré un fou rire et on n’a pratiquement pas pu finir de commenter, et après on a eu un retour de bâtons parce qu’on nous a dit qu’on s’était moqué des Japonais. Alors qu’au départ, c’est l’inverse qu’on cherchait car le but, c’était précisément de faire le mieux possible ! »

Quel regard portez-vous sur le rugby actuel ?

« Un regard très critique. Très critique, parce-que je pense qu’il s’est fourvoyé dans un système professionnel en prenant des habits trop grands pour lui et je trouve qu’il n’a rien à gagner à vouloir copier le football, car bien qu’il s’en défend, c’est bien ce qu’il cherche à faire… En conséquence, je trouve qu’il est en train de s’envoyer dans un mur et je ne sais pas dans quel état il va sortir de cette collision avec le mur. Et je m’en inquiète. Vous savez, les sports professionnels, il faut qu’ils génèrent leur économie. S’ils ne génèrent pas leur économie, ils sont plus ou moins condamnés. Et le rugby professionnel tel qu’il est aujourd’hui organisé, et tel qu’il est dirigé par une bande de mauvais, il ne peut pas générer une économie. Donc dans ces conditions, je suis pessimiste quant à son avenir dans ce système-là. »

Quels joueurs vous font rêver ?

« Il y en a eu un que j’ai beaucoup aimé qui était Serge Blanco, malheureusement il a pris du poids depuis et il ne me fait plus rêver aujourd’hui (rires) ! Chaque génération génère des joueurs de talents et celui qui aujourd’hui représente le plus les talents du joueur de rugby, c’est Jean-Baptiste Ellisalde, car il est capable de jouer à la mêlée, capable de jouer à l’ouverture, capable de butter, et dans ce sport de « Rambo rugby », il démontre qu’il a toute sa place en dépit d’un gabarit très modeste. Donc oui, c’est ce genre de joueur que j’aime bien voir. »

Pour finir, voyez-vous la France remporter la prochaine Coupe du Monde, qui sera disputée en 2011, en Nouvelle-Zélande ?

« Non, parce qu’on n’est pas du niveau. Alors évidemment, il y a toujours la part liée à la glorieuse incertitude du sport, et tant mieux, mais objectivement il n’y a aucune raison de voir la France gagner la Coupe du monde, surtout qu’elle a lieu à l’autre bout du monde, dans l’hémisphère sud, et chez les Néo-zélandais. Je vois mal comment cette équipe de France armée comme elle est pourrait sur un tournoi aussi difficile qu’une Coupe du monde aller jusqu’au bout du parcours, ce qu’elle n’a pas réussi à faire jusqu’à maintenant, alors qu’à d’autres époques elle était autrement mieux armée, en 1987 et en 1995 en particulier, et que même en 1999, si elle n’était pas bien armée, suite à un exploit en demi finale, elle n’a pas réussi à décrocher le trophée, donc non. Je trouve de toute façon qu’à partir du moment où les dirigeants du top 14 sacrifient les intérêts de l’équipe de France, ils diminuent les chances de la France de gagner un jour la Coupe du monde. »

Merci beaucoup Pierre pour votre disponibilité !

La carrière de Pierre Salviac en quelques lignes :

Pierre Salviac a été commentateur de rugby pendant 40 ans, d’abord à la radio puis à la télévision. C’est en 1983 qu’il commence à commenter le rugby sur France Télévision, en succédant à Roger Couderc. Aux côtés de Pierre Albaladejo, puis à partir de l’an 2000 aux côtés de Thierry Lacroix, il a ainsi fait vivre les plus grandes compétitions aux Français.

En 2005 a lieu une rupture avec France Télévision. Il décide alors de se tourner vers d’autres média : la radio sur RTL, la télévision avec Direct 8, la presse avec une chronique tous les jeudis dans le « Direct Soir », et enfin Internet avec deux blogs, dans lesquels il n’hésite pas à s’exprimer en toute liberté sur des sujets polémiques.

Pour lire les billets de Pierre Salviac au jour le jour, visitez ses blogs :
mondialdurugby.com
Le blog de Pierre Salviac sur Yahoo!