Interview de Samir Aït Saïd

(gymnastique)

Son année 2013 a été marquée par un titre de champion d’Europe décroché aux anneaux. Samir Aït Saïd a su revenir au premier plan après la blessure qui l’a éloigné des Jeux Olympiques de Londres 2012. Nous l’avons rencontré à l’INSEP peu avant Noël.

Samir, ton année 2013 a été marquée par ton titre de champion d’Europe des anneaux à Moscou. As-tu été surpris de revenir si vite à un tel niveau après la blessure qui t’a privé des Jeux Olympiques de Londres ?

Non, ça ne m’a pas surpris parce que j’étais vraiment déterminé. Quand j’étais blessé, je n’avais qu’une seule idée en tête : revenir le plus rapidement sur la scène internationale. Je voulais prouver à tous les gens qui ont pu dire que cela allait être très difficile pour moi de revenir en équipe de France et de performer après telle blessure que rien n’est impossible et que quand on veut, on peut.

Tu as obtenu ce titre de champion d’Europe ex-aequo avec l’Ukrainien Igor Radivilov. Le fait de partager un titre avec un autre athlète est-il particulier ?

C’était la première fois que je partageais un titre. Il n’y a rien de particulier parce que ça reste un titre de champion d’Europe. C’est sûr que cela aurait été autre chose si j’avais été tout seul, mais c’est une victoire comme une autre : aujourd’hui, je suis champion d’Europe !

Lors des Championnats du monde en octobre dernier, tu as terminé sixième de la finale des anneaux. Avec un peu de recul, es-tu satisfait de cette performance ?

Non, pas du tout. C’est une performance que j’ai du mal à digérer. Premièrement, j’ai eu un tirage au sort qui n’était pas à mon avantage car je suis passé premier. Or, les juges mettent la note de base au premier gymnaste. Quand j’ai vu le tirage au sort, avant même de faire mon mouvement, j’ai su que cela allait être très dur. Je savais qu’il fallait alors que je pile ma sortie pour décrocher ce titre mondial. J’ai voulu mettre un petit peu moins de puissance au moment de la sortie pour essayer de me stabiliser et ne pas faire un grand pas en arrière. Manque de chance, j’en ai vraiment mis moins et j’ai fait un grand pas… en avant ! J’ai du coup perdu 4 dixièmes sur la note finale : 3 dixièmes à cause du grand pas et 1 dixième à cause du manque d’amplitude au niveau de la figure. Avec ces 4 dixièmes, j’étais champion du monde !

Tu en tires des enseignements pour les prochaines compétitions ?

Non, parce que j’ai donné le meilleur de moi-même. Je vais à chaque compétition pour gagner et pas pour faire acte de présence. Même si le résultat n’a pas été au rendez-vous cette fois-ci, il le sera la prochaine fois !

Tu as senti que tu étais plus attendu sur ces Championnats du monde du fait de ton titre aux Championnats d’Europe ?

Je savais que du monde allait me regarder. Mais je n’étais pas le favori. Celui que tout le monde attendait, c’était Zanetti, le champion Olympique. Il a fait le boulot et a terminé champion du monde.

En 2012, tu n’as pas pu participer aux Jeux Olympiques de Londres à cause d’une blessure au genou droit. As-tu mis du temps à digérer ce forfait ?

En fait, je n’ai pas montré ma peine. Les gens m’ont donc dit : « on dirait que tu t’en moques de ne pas avoir participé aux Jeux ». Ce sont des bêtises ! Celui qui n’est pas peiné de se blesser un mois et demi avant de partir aux Jeux est quelqu’un qui n’en a rien à faire de son sport. J’étais vraiment marqué et touché par cette blessure mais je ne voyais pas pourquoi je devrais montrer cette douleur. C’était une douleur personnelle. Ce n’était pas en pleurant ou en m’apitoyant sur mon sort que j’allais revenir en arrière et éviter cette blessure. Ça ne servait à rien, il fallait repartir de l’avant !

On imagine que le fait de ne pas avoir pu participer aux JO de Londres te donne encore plus de motivation pour les JO de Rio 2016 ?

Oh oui ! Je n’ai qu’une hâte, c’est de me retrouver à Rio. Mais je dois faire vraiment attention à ne pas me blesser avant. Il faudra traiter les moindres petits symptômes et la moindre petite douleur. Je vais me faire opérer du tibia, normalement en janvier. Je traîne une fracture de fatigue depuis quatre ans et j’ai donc décidé de me faire opérer pour éviter que ça casse quelques mois avant de partir aux Jeux.

Ta spécialité est les anneaux avec une médaille d’or et une médaille d’argent aux Championnats d’Europe, mais tu as aussi déjà remporté une médaille d’argent au saut. Tu t’entraînes à tous les agrès ou bien tu te focalises plus sur certains ?

Je m’entraîne sur tous les agrès mais je suis spécialiste du sol, du saut et des anneaux. Au sol, l’objectif est de ramener ma note pour l’équipe de France. C’est vraiment sur les anneaux et le saut que je peux prétendre à remporter une médaille aux Championnats d’Europe, aux Championnats du monde ou aux Jeux Olympiques. Mais j’insiste sur les anneaux : c’est bien beau d’être bon mais celui qui va être champion du monde ou d’Europe, c’est celui qui va bosser plus que les autres.

As-tu un rituel avant chaque passage en compétition ?

Non. J’y vais tête baissée ! J’y vais pour donner le meilleur de moi-même et ramener une médaille pour tous ceux qui ont cru en moi. A chaque sortie, je veux représenter les miens.

Quels sont tes relations avec les gymnastes de l’équipe de France féminine ? Est-ce-que vous vous côtoyez souvent à l’entraînement ou en compétitions ?

On se voit et on se parle le matin et l’après-midi. On s’entraîne dans le même gymnase avec les mêmes horaires. On a de bons rapports, même avec les gymnastes rythmiques qui sont un peu plus excentrées du groupe.

Pour finir, quels sont tes objectifs pour l’année 2014 ?

Déjà, revenir de mon opération au tibia qui aura lieu au mois de janvier. Ensuite, ce sera vraiment les Championnats du monde au mois de septembre en Chine. Il s’agira d’entamer une très bonne préparation, sans pépin, et de pouvoir faire partie de cette équipe de France aux Championnats du monde. Par équipe, mon objectif est qu’on se classe parmi les huit meilleures équipes. Avoir un bon résultat par équipe est important. En individuel, mon objectif est d’aller chercher une médaille, que ce soit aux anneaux ou au saut.

Merci beaucoup Samir et pleins de bonnes choses pour toi en 2014 !

Crédit photos : AFP (photo 1)

La carrière de Samir Aït Saïd en quelques lignes :

Samir Aït Saïd participe pour la première fois de sa carrière aux Championnats du monde en 2009, prenant la 7e place aux anneaux. En 2010, il se distingue aux Championnats d’Europe en remportant l’argent aux anneaux et le bronze au concours par équipe.

En 2011, il devient vice-champion d’Europe du saut de cheval. L’année suivante, une blessure au genou droit l’empêche de participer aux Jeux Olympiques de Londres.

En 2013, il remporte le titre de champion d’Europe aux anneaux. Sur ce même agrès, il termine 6e des Championnats du monde. Aujourd’hui âgé de 24 ans, Samir Aït Saïd va se faire opérer du tibia en janvier avant de se préparer pour les Championnats du monde en septembre prochain.