Interview de Séverine Beltrame

(tennis)

Avec vingt-trois tournois du Grand Chelem disputés, Séverine Beltrame est une joueuse incontournable du tennis français de ces dernières années. Révélée en 2006 lors du tournoi de Wimbledon, où elle a atteint les quarts de finale, elle s’est également distinguée par un huitième de finale à l’US Open et par plusieurs sélections en équipe de France de Fed Cup. Entretien.

Séverine, vous avez la particularité de ne pas avoir joué sur le circuit junior avant de débuter votre carrière professionnelle. Est-ce un regret pour vous ? Est-ce-que vous pensez que cela a pu vous désavantager dans votre carrière ?

« Je n’ai en effet joué aucun tournoi junior, et même si je ne vous cache pas que parfois je me demande « et si j’avais commencé plus jeune ? », je crois finalement que je ne regrette en rien mon arrivée tardive sur le circuit. Tout d’abord, parce que cela m’a permis d’avoir une vie avant, de m’être construite, d’avoir une base d’études qui me permettront d’avoir une vie après. Et puis, parce que grâce à ça, aujourd’hui, je ne suis pas usée par le Tour, et qu’à 30 ans, j’ai encore envie de jouer.

Certes, ces derniers temps n’ont pas été simples car j’ai accumulé pas mal de galères physiques, mais je garde la motivation et la volonté de revenir, et je pense que si j’avais quelques années de plus « dans les jambes », je songerais sérieusement à arrêter. »

En 2006, vous avez atteint les quarts de finale du Tournoi de Wimbledon. Racontez-nous comment vous avez vécu ce tournoi et ce très bon parcours ?

« Pour l’instant, cette année-là restera la meilleure pour moi avec ce quart de finale à Wimbledon après être sortie des qualifications, suivie d’une sélection en Equipe de France avec une victoire en double décisif contre la République Tchèque. Que de bons souvenirs !

J’ai vécu ce moment-là sur un nuage, et concrètement, encore aujourd’hui il est très difficile d’expliquer pourquoi, à part que tout est possible en tennis et c’est ce qui fait le charme de ce sport. Ma confiance était au plus haut après de bonnes victoires dans les qualifications, puis aidée par un tirage favorable sur les premiers tours, tout s’est enchaîné comme dans un rêve. Et quel bonheur de rentrer sur le court sans se poser de questions ! »

Mais après, vos résultats ont été moins brillants, avant que vous ne reveniez en haut de l’affiche en 2008 avec une qualification en huitièmes de finale de l’US Open. Comment expliquez-vous cet « après Wimbledon » plus difficile ?

« J’ai eu un virus au tout début de l’année 2007 qui m’a clouée pour trois mois. Difficile de retrouver ma forme physique après ça. Puis je suis revenue malgré tout dans les 100 premières mondiales. Ensuite : entorse du genou gauche à Wimbledon 2008 suivi de mon divorce, qui même s’il a été fait d’un commun accord, reste perturbant dans une vie. Huitième de finale entre temps à New-York, puis de nouveau une entorse du genou droit, cette fois avec rupture partielle du ligament. Ca fait beaucoup pour une seule et même personne !

Le sport est fait de hauts et de bas. J’en fais l’expérience, peut-être justement à cause de ma carrière atypique : je n’ai pas été « programmée » pour faire ça, j’ai appris sur le tas, et j’apprends toujours. Mais je ne changerais en rien mon parcours, car j’ai malgré tout atteint de belles choses, dont ce quart à Wimbledon, le huitième à l’US Open, les sélections en Fed Cup et un classement respectable (34e). Je ne suis en pleine possession de mes moyens que depuis peu, mais les victoires ne reviennent pas comme ça, ni la confiance qui va avec. »

Vous avez été sélectionnée à cinq reprises avec l’équipe de France en Fed Cup. Est-ce une compétition qui vous tient particulièrement à cœur ?

« Il n’y a rien de plus fort pour moi que de jouer pour son pays. Avoir écrit « FRANCE » dans le dos est un honneur que l’on se doit de respecter, d’autant plus que je n’ai jamais fait partie de l’équipe de France chez les jeunes. Ca a toujours été ma priorité et j’ai toujours adapté mon programme en fonction. »

On dit souvent que c’est difficile pour un joueur français de jouer à Roland Garros. Lors de vos participations à ce tournoi, avez-vous été perturbée par cette atmosphère particulière et les attentes du public ?

« Roland Garros restera toujours spécial pour les Français. Personnellement, les membres de ma famille voyagent très peu de par leurs obligations et donc Roland Garros est LE moment où ils peuvent venir me voir jouer. On a forcement envie de bien faire, mais les sollicitations extérieures et les petits détails du quotidien décuplent à ce moment-là. La presse attend beaucoup aussi forcement, alors que ce n’est pas une surface qui réussit particulièrement aux Français, ce qui rajoute de la pression. »

Quel bilan tirez-vous de votre début de saison ?

« Ca a été un début de saison difficile. Je commence à retrouver mes marques, je m’entraîne avec la Fédération à Roland Garros depuis six mois, et je leur en suis très reconnaissante. Le travail commence à payer, je me sens bien physiquement, pas de « bobos » en vue. Ca prend du temps de revenir, et j’avoue que je commence à trouver le temps long, mais j’ai confiance et je sais par expérience que ça peut aller très vite dans un sens comme dans l’autre, alors je croise les doigts ! »

Pour finir, quels sont vos objectifs pour la suite de la saison ?

« Je n’ai pas de points à défendre jusqu’à fin septembre, donc je compte utiliser toute cette période au maximum pour revenir le plus près possible du top 100 en vue de la saison prochaine. »

Merci beaucoup Séverine d’avoir répondu à ces questions !

Remerciements aussi à Pierre Vigroux pour son aide.

La carrière de Séverine Beltrame en quelques lignes :

Séverine Beltrame (ex « Séverine Bremond » durant quelques saisons) devient joueuse professionnelle en 2002, avec la particularité de ne pas avoir joué sur le circuit junior.

Elle se révèle au grand public en 2006 en atteignant les quarts de finale du tournoi de Wimbledon. Elle y passe les qualifications avant d’effectuer un très beau parcours dans le tableau final, éliminant notamment Patty Schnyder (10e mondiale). En quart de finale, elle est éliminée par Justine Hénin sur le score de 6-4/6-4.< em>En février 2007, elle atteint le meilleur classement de sa carrière avec le 34e rang mondial. Mais perturbée par des blessures, elle redescend ensuite au classement mondial, avant de s’illustrer de nouveau par un très beau parcours dans un tournoi du Grand Chelem : lors de l’US Open 2008, elle se qualifie jusqu’en huitièmes de finale (éliminée par Serena Williams).

Aujourd’hui âgée de 30 ans, Séverine Beltrame est classée 182e joueuse mondiale. Elle a pour l’instant remporté 5 tournois ITF et disputé 23 tournois du Grand Chelem en simple, dont 6 Roland Garros. Elle a également été sélectionnée plusieurs fois en Fed Cup avec l’équipe de France depuis 2005.

Pour en savoir plus sur Séverine, visitez son site officiel : severinebremond.com