Interview de Stella Akakpo

(athlétisme)

Stella Akakpo s’est révélée en 2013, année où elle est devenue championne d’Europe junior du 100 m et a participé aux Championnats du monde. Depuis, elle a notamment remporté la médaille d’argent du relais 4×100 m des Championnats d’Europe en 2014 et a participé aux Jeux Olympiques de Rio en 2016. La sprinteuse de 24 ans a gentiment accepté de répondre à nos questions.

Stella, es-tu satisfaite de ton année 2018, durant laquelle tu as notamment pris la cinquième place du relais 4×100 m des Championnats d’Europe et la cinquième place du 100 m des Jeux Méditerranéens ?

Je ne suis pas du tout satisfaite de mon année 2018. Ça a été une année de transition. Je suis très contente d’être allée préparer ma saison aux Etats-Unis. Malheureusement, ça n’a pas porté ses fruits parce que je n’ai pas pu y retourner l’été. J’ai passé seulement trois mois là-bas et l’adaptation était trop courte. Les entraînements étaient vraiment différents de ce que je faisais en France. Je n’ai pas eu le temps de voir les bénéfices.

Finalement, le bilan est une saison en salle écourtée et pas de participation aux Championnats de France, et durant l’été un renouvellement de blessure et pas de participation non plus de Championnats de France. Quand à ma cinquième place aux Jeux Méditerranéens, ce n’était pas du tout un objectif. J’y participais pour les gagner. Mais je n’étais malheureusement pas du tout au niveau. Je revenais d’une blessure à l’ischio, qui traîne depuis deux ans.

Ça a été une année assez difficile, mais j’ai quand même pas mal appris et bien grandi. Ça m’a fait du bien psychologiquement de partir à l’étranger et de voir une autre méthode d’entraînement. Mais en termes de performances, non, je ne suis pas satisfaite. Ce n’est pas ce que je visais !

Tu t’es entraînée plusieurs mois en Floride. Pour quelles raisons as-tu fait ce choix ?

Ce choix de faire ma préparation en Floride est venu très naturellement. Cela faisait six ans que j’étais à l’INSEP, depuis mes 18 ans, avec le même entraîneur. Une petite zone de confort et une routine s’installaient. Je ne prenais plus trop de plaisir depuis mon échec à deux centièmes des minimas pour les Jeux Olympiques de Rio. Les années 2017 et 2018 n’avaient pas été faciles. Je voulais changer un peu d’air et aller à l’étranger. L’objectif était aussi de m’entraîner avec une sprinteuse plus forte que moi, Joanna Atkins, qui a des records assez élevés. J’étais en colocation avec elle.

Qu’est-ce-que cette expérience t’a apporté à titre sportif et à titre personnel ? Dans quels domaines as-tu le plus progressé là-bas ?

J’ai découvert une toute nouvelle méthode d’entraînement, notamment basée sur le long. J’ai effectué une grosse préparation foncière et de cardio. Je faisais beaucoup de 300 m et de 250 m, mais pas beaucoup de vitesse ni beaucoup de musculation, contrairement à ce qu’on peut penser. Ça m’a fait grandir au niveau psychologique : j’ai dû être indépendante, sortir du cadre un peu « prison dorée » de l’INSEP, qui reste un endroit génial et magnifique pour progresser. Ça m’a permis d’être plus indépendante et plus professionnelle. Là-bas, pendant trois mois, je n’ai pas eu la chance d’avoir toutes les installations qu’on a à l’INSEP comme le bain froid, le bain chaud, la cryothérapie et la kiné. Ça m’a permis de progresser aux niveaux psychologique, cardio, foncier, et de la langue. Ça a été un enrichissement personnel. Si c’était à refaire, je le referais !

Lors des Championnats du monde 2013, tu avais réalisé une superbe dernière ligne droite lors du relais 4×100 m, permettant à la France de prendre la médaille d’argent, avant que le relais français ne soit disqualifié deux heures après le podium pour un passage hors zone. On imagine que cela a été difficile de se remettre d’une telle déception ?

Oui, ça a été difficile à accepter. En plus, j’avais 19 ans. Désormais, je n’en parle plus parce qu’on en a déjà beaucoup parlé. En 2014, on a su rectifier le tir et prendre notre revanche, même si personne n’arrivera jamais à nous rendre la médaille qu’on a perdue. Aujourd’hui, c’est oublié. C’est mitigé mais ça reste quand même un bon souvenir. Je ne reste plus dessus !

Tu es devenue vice-championne d’Europe du relais 4×100 m en 2014. Considères-tu que c’est le meilleur souvenir de ta carrière à ce jour ?

Pas du tout. Par contre, cette course était une revanche sur l’année précédente où on s’était fait disqualifiées. Refaire deuxième est un beau souvenir, mais pas le meilleur de ma carrière. J’ai deux meilleurs souvenirs. D’abord, c’est mon titre de championne d’Europe junior à Rieti, en 2013. C’était mon premier titre et c’est quelque chose qui ne s’oublie pas. C’était la première fois que j’entendais la Marseillaise. Durant cette compétition, j’avais réalisé 11’’26, à un centième du record de France junior, et je m’étais qualifiée pour les Championnats du monde senior. Ensuite, c’est mon titre de championne de France Elite à Angers, en 2016. Je sortais de grosses blessures et j’avais écourté ma saison estivale. J’ai gagné au mental, parce que je partais d’assez loin !

Tu as participé aux Jeux Olympiques de Rio en 2016, étant éliminé en séries du relais 4×100 m. Malgré cette déception, as-tu quand même pu profiter de l’expérience des Jeux Olympiques ?

Ma participation aux Jeux Olympiques de Rio était aussi très mitigée parce que j’ai raté les minimas de 2 centièmes en individuel. Ma dernière chance de les réaliser était lors des Championnats d’Europe à Amsterdam, où j’ai fait un faux départ. Quand j’ai appris ma qualification pour le relais à Rio, j’étais très contente de participer à mes premiers Jeux Olympiques, mais aussi déçue de ne pas être qualifiée en individuel. J’ai quand même remercié 15 000 fois le Seigneur d’y être avec le relais et de vivre cette expérience. Les Jeux Olympiques, c’est le Graal ! C’est l’objectif de tout sportif de haut niveau. On a été éliminé en séries. C’est dommage, parce que je croit qu’on avait la possibilité d’aller plus loin. C’était une belle expérience à prendre et dans deux ans, j’espère qu’on ira en finale, voire plus, car je pense qu’on a les capacités de faire des bonnes choses.

En sprint, tout se joue en quelques secondes. Comment te prépares-tu juste avant une course importante ?

Je n’ai pas spécialement d’habitude avant les compétitions. Je me prépare toujours tranquillement dans ma chambre, avec de la musique. Quand j’arrive sur le stade, je me mets de mon côté avec mon entraîneur. Je prie beaucoup, parce que je suis chrétienne. Je communique beaucoup avec ma Maman, qui me suit partout depuis que je fais de l’athlétisme. Elle me demande toujours : « est-ce-que tu as pris ta bouteille d’eau ? Est-ce-que tu as pris ceci, est-ce-que tu as pris cela ? ». Je n’ai donc pas vraiment de rituel avant une compétition !

Ton record sur 100 m est actuellement de 11’17’’, réalisé en juin 2016, et tu as actuellement 24 ans. Tes prochains objectifs sont-ils plutôt en termes de chrono ou en termes de médailles ?

Les deux. J’ai envie de progresser au niveau chronométrique parce que je pense que j’ai une bonne marge de progression. J’ai encore beaucoup de progrès à faire : aux niveaux technique, puissance et force. En termes de médailles, maintenant que j’ai gagné des médailles chez les jeunes, j’aimerais m’imposer plus au niveau senior international. L’objectif est de commencer à grappiller des places en demi-finales et finales, puis après d’aller chercher des podiums quand c’est accessible. Il s’agit donc d’objectifs au niveau chronométrique, parce qu’on est des sprinteurs et qu’on veut toujours aller plus vite, et au niveau des médailles, parce ce sont les compétitions et les rendez-vous qui comptent.

Penses-tu que ton expérience des Jeux Olympiques de Rio va t’aider dans la perspective des Jeux Olympiques de Tokyo 2020 ? Comptes-tu changer des choses dans ta préparation pour cet objectif ?

Mon année 2016 a été très bénéfique en termes d’expérience. C’est l’année où j’ai battu tous mes records : sur 100 m, 200 m et 60 m. J’avais fait d’énormes progrès en salle, passant de 7’’29 à 7’’12, et j’avais décidé de ne pas participer aux Championnats du monde en salle pour me consacrer à l’été. En ayant eu cette progression, j’aurais dû être plus confiante pour l’été, mais en fait pas du tout. J’étais stressée dès les premières compétitions. J’ai voulu aller courir partout, alors qu’on était seulement au mois de juin. C’est comme ça que je me suis blessée : je suis malheureusement allée courir à un endroit où il faisait chaud, pour avoir des bonnes conditions et faire les minimas, alors que j’avais une douleur à l’ischio. Je n’ai pas écouté mon corps. Dans ma tête, j’étais juste envie de faire les minimas et de m’en débarrasser. Je voulais vite me qualifier pour Rio, et je n’ai pas pris le temps qui fallait. On fait du sprint, mais il faut savoir prendre le temps de construire une saison, de poser les bases et d’avoir confiance, chose que je n’ai pas su faire. J’ai quand même eu le titre de championne de France Elite, mais je pense que si je ne m’étais pas blessée trois semaines avant, les choses ne se seraient pas passées comme ça. Après, avec des « si », on refait le monde ! Cette blessure-là, soignée très rapidement pour que je sois performante aux Championnats de France, traîne encore aujourd’hui. Je ne referai donc pas les choses de la même façon. Je m’écouterai plus. Il faut prendre le temps de faire les choses.

Merci beaucoup Stella pour ta disponibilité et bonne chance pour la suite de ta carrière !

Crédit photos : L’Equipe (images 1 et 3)

La carrière de Stella Akakpo en quelques lignes :

Spécialiste du sprint, Stella Akakpo devient championne d’Europe junior du 100 m en 2013. Cette même année, elle est sélectionnée pour les Championnats du monde et termine 2e du relais 4×100 m, mais l’équipe de France est disqualifiée après le podium pour un passage de relais hors zone. Elle remporte la médaille d’argent du relais 4×100 m aux Championnats d’Europe 2014.

En 2016, elle est sacrée championne de France du 100 m. Ensuite, elle ne parvient pas à se qualifier aux Jeux Olympiques en individuel, échouant à 2 centièmes seulement des minimas. Elle est sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Rio en relais, mais la France est éliminée en séries.

En 2018, elle termine 5e des Jeux Méditerranéens et 5e du relais 4×100 m des Championnats d’Europe. Aujourd’hui âgée de 24 ans, Stella Akakpo vise les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020.