Interview de Thomas Baroukh

(aviron)

Après une première participation aux Jeux Olympiques de Londres en 2012, Thomas Baroukh a brillé aux Jeux Olympiques de Rio en 2016, remportant une médaille de bronze en aviron. Il nous explique comment il a vécu cette performance de l’intérieur et revient sur ses expériences Olympiques.

Thomas, tu as remporté la médaille de bronze des Jeux Olympiques de Rio en 2016 en quatre de pointe sans barreur poids léger. A l’époque, cette médaille était-elle une surprise ou bien un objectif clair en arrivant aux Jeux ?

C’était clairement un objectif en arrivant aux Jeux Olympiques. C’était la suite logique de la saison précédente, au cours de laquelle on avait remporté une médaille de bronze aux Championnats du monde. On avait comme objectif d’aller chercher une médaille aux Jeux parce qu’on sentait que c’était possible. On savait qu’on avait le niveau pour.

Lors de la finale, les conditions météorologiques n’étaient pas faciles et il y avait beaucoup de pression. Cela était-il difficile à gérer ?

C’est vrai que les conditions n’étaient pas idéales, surtout au départ. Mais je ne m’en suis pas trop rendu compte sur le moment. C’est en regardant les images après coup que j’ai perçu à quel point les conditions étaient agitées. A ce moment-là, on était très concentré sur le plan de course, sur ce qu’on voulait faire et sur la stratégie qu’on avait décidée tous les quatre. Il y avait tellement de concentration que j’ai personnellement réussi à faire abstraction de la pression.

Raconte-nous comment tu as vécu cette finale Olympique de l’intérieur. A quel moment as-tu réalisé que tu allais remporter une médaille ?

La course s’est vraiment déroulée comme on voulait qu’elle se déroule et comme on s’y attendait. On ne va pas dire qu’on a senti la médaille arriver. Mais au bout d’un certain temps, aux trois-quarts de la course, on savait qu’en faisant juste notre boulot, on arriverait à passer le bateau qui était à côté de nous et à tenir jusqu’au bout. En effet, on était confiants sur notre capacité à bien finir grâce à nos capacités de vitesse assez importantes sur la fin du parcours. Dans les 200 derniers mètres, la course était quasiment pliée et on savait que la médaille serait pour nous. On avait alors tout en main et il ne fallait pas faire de faute pour arriver sur la ligne médaillé. On est resté concentrés, car on savait que se déconcentrer et se relâcher avant la ligne est le meilleur moyen de faire une faute.

La période d’après-médaille Olympique et le retour à l’entraînement ont-ils été difficile à gérer ?

Ce qui a été vraiment compliqué pour moi est que cinq jours après la médaille, j’ai fait face à un décès dans mon entourage très proche. Il s’agissait du président de mon club d’aviron, qui était aussi un très bon ami et mon entraîneur. Je me suis donc vite rappelé qu’il y avait d’autres choses plus importantes dans la vie que la médaille. J’ai vite déchanté !

Lors des Jeux Olympiques de Londres en 2012, tu avais pris la septième place. Quels souvenirs gardes-tu de cette compétition et plus globalement de ces premiers Jeux Olympiques ?

Côté compétition, c’était assez décevant. On avait été finalistes pendant toute la saison et on avait bien travaillé sur le stage précédant les Jeux. On espérait donc pouvoir aller titiller les meilleurs. Mais on est tombés dans la mauvaise demi-finale et on ne s’est pas qualifiés pour la grande finale. Alors qu’un bateau qu’on avait battu en séries a réussi à se qualifier pour la finale car il était tombé dans l’autre demi-finale. C’était un peu dur à avaler.

Malgré la déception, j’ai vraiment profité des Jeux Olympiques. C’étaient mes premiers Jeux et j’étais déjà très content d’y être. Je suis resté sur place jusqu’à la cérémonie de clôture, même si je ne l’ai pas faite. J’ai pu me balader sur les différents sites et voir un grand nombre d’épreuves.

En août dernier, tu as terminé sixième des Championnats du monde en quatre de couple poids léger, catégorie que tu as rejoint en cours de saison. Quel regard portes-tu sur ce résultat ?

Le résultat de cet été est clairement décevant. On ne venait pas pour ça. Le bateau montrait des bonnes choses à l’entraînement mais on n’a pas du tout réussi à les retrouver en course. On s’attendait à autre chose. Pour moi, ça vient clôturer une saison « pourrie ». Malheureusement, le résultat final est un peu à l’image de la saison. J’en garderai comme souvenir que je me suis bien amusé pendant le stage de préparation, où on a fait de bonnes sorties et où il y avait de bonnes sensations. Mais en compétition, on n’a pas réussi à refaire la même chose.

Le bateau dans lequel tu as concouru à ces Championnats du monde, le quatre de couple, n’est pas au programme des Jeux Olympiques de Tokyo l’année prochaine. On imagine que ce n’est pas une situation facile à vivre, particulièrement quand on a été médaillé olympique ?

En fait, le quatre de couple était un bateau destiné à aller aux Championnats du monde et c’était tout. Son histoire s’est arrêtée en passant la ligne d’arrivée. Notre objectif à Thibault Colard et à moi, mais aussi aux autres coéquipiers du bateau, c’est d’arriver à être sélectionné dans le double, qui est le seul bateau olympique de notre catégorie. Une fois que cette étape sera franchie, il s’agira d’arriver à qualifier le bateau pour les Jeux Olympiques. Si on arrive à franchir cette étape, on pourra enfin s’orienter plus clairement vers les Jeux Olympiques. La route est encore assez longue !

Tu as la particularité d’avoir mis entre parenthèses la pratique de l’aviron pendant deux ans pour te consacrer à tes études, les classes préparatoires, avant de reprendre l’aviron une fois que tu avais intégré l’Ecole Centrale de Paris. Ce choix d’arrêter deux ans était-il compliqué ?

Au moment où j’ai fait ce choix, j’avais certes eu un résultat plutôt intéressant en junior première année : j’avais gagné avec un autre garçon la finale D des Championnats de France bateaux courts. Mais ça restait assez loin de ce qu’il faut pour prétendre intégrer l’équipe de France junior. Le haut niveau semblait bien lointain à ce moment-là, même s’il restait une deuxième année junior pour progresser. Par contre, les études n’attendent pas. J’ai choisi de donner la priorité à ce qui me semblait le plus important sur le long terme. Le sport, c’est bien, mais ça finit par s’arrêter. Après, il faut bien continuer à vivre.

Pendant ma première année de classe préparatoire, je continuais à ramer tranquillement le weekend. En deuxième année, c’était plus compliqué parce que je sentais bien que je n’avais plus le niveau physique pour faire des entraînements de qualité. Mais j’essayais de garder le contact. Une fois les épreuves écrites des concours passées, je suis retourné au club plus régulièrement. En intégrant l’Ecole, j’avais de nouveau du temps et je me suis entraîné du mieux possible. Le haut niveau est arrivé bien plus tard !

L’aviron est un sport amateur. Comment fais-tu pour concilier la pratique à haut niveau et ton métier chez Enedis ?

J’ai la chance d’être très fortement soutenu par mon employeur. Sans ça, ce serait bien compliqué. J’ai un contrat spécifique pour les sportifs de haut niveau, qui me permet d’être libéré un certain pourcentage du temps. Sur une année classique, je dois faire l’équivalent de 50% des heures d’un temps plein. Sur une année olympique, ça peut monter jusqu’à 80% de détachement. Ça me permet de partir en stage sans problème et de libérer un peu de temps au quotidien pour les entraînements et pour se reposer, ce qui est essentiel pour être performant.

En aviron, la performance individuelle ne suffit pas puisque l’athlète fait partie de l’embarcation avec plusieurs coéquipiers. Comment se passent les entraînements et la préparation ?

C’est vrai que la performance est celle de l’équipe. Par contre, elle s’appuie essentiellement sur la performance individuelle. Il faut un travail individuel fort pour développer les capacités physiques mais aussi techniques. Presque 50% du travail de l’année se fait individuellement : à terre en musculation mais aussi en bateau. Ensuite, tout l’enjeu est de mettre ces progrès et ces qualités au service d’un équipage. Il faut arriver à trouver un compromis entre les façons de faire de chacun pour que tout le monde arrive à s’exprimer à 100% et puisse amener sa pierre à l’édifice afin que le bateau aille le plus vite possible. Ça ne sert à rien d’avoir des gens excellents individuellement mais qui n’arrivent pas à s’associer. De la même façon, ça ne sert pas à grand-chose d’avoir des gens qui arrivent très bien à s’associer mais qui ne développent pas leurs qualités individuelles.

Merci beaucoup Thomas et bonne chance pour la saison prochaine !

Crédits photo 3 : FFSA

La carrière de Thomas Baroukh en quelques lignes :

Thomas Baroukh participe à ses premiers Championnats du monde en 2009 (5e en huit de pointe avec barreur poids léger). En 2011, il termine 4e des Championnats du monde (huit de pointe avec barreur poids léger). Il est sélectionné pour les Jeux Olympiques de Londres 2012 en quatre de pointe sans barreur poids léger et termine 7e.

Il devient vice-champion du monde en 2014 (deux de pointe sans barreur poids léger). Il obtient ensuite la médaille de bronze des Championnats du monde 2015 (quatre de pointe sans barreur poids léger).

En 2016, il remporte la médaille de bronze des Jeux Olympiques de Rio en quatre de pointe sans barreur poids léger (avec ses coéquipiers Franck Solforosi, Guillaume Raineau et Thibault Colard). Lors des Championnats du monde 2019, il termine 6e (quatre de couples poids léger). Aujourd’hui âgé de 31 ans, Thomas Baroukh va essayer de se qualifier pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 en deux de couples poids léger.

Participations aux Jeux Olympiques de Londres 2012 et Rio 2016
Médaillé de bronze aux Jeux Olympiques de Rio 2016 (quatre de pointe sans barreur poids léger)