Interview de Vencelas Dabaya

(haltérophilie)

Lors des Jeux Olympiques de Pékin en 2008, Vencelas Dabaya a remporté la médaille d’argent. Cette semaine, nous avons pu le rencontrer après sa treizième place aux Championnats du monde disputés à Disneyland Paris.

Vencelas, vous venez de participer aux Championnats du monde où vous avez terminé treizième. Avant la compétition, considériez-vous ces Championnats du monde comme un objectif à part entière ou plus comme une étape vers les Jeux Olympiques de Londres ?

Il était difficile pour moi de les placer comme un objectif. Mais en même temps, c’était pour moi un retour à la compétition après trois années un peu obscures, ce qui fait que c’était quand même un objectif de revenir et d’être présent à ces Championnats du monde. Concernant le classement, c’est vrai que c’est un peu décevant. En effet, quand on est sportif, quel que soit notre quotidien, que l’on soit en forme ou non, à partir du moment où on est en compétition, on attend un exploit et une médaille, ce qui n’a pas été le cas.

D’un autre côté, c’est un passage. C’est un chemin obligatoire pour l’équipe afin de pouvoir décrocher les quotas pour les Jeux Olympiques. Il fallait donc faire un total et se placer au mieux pour qu’on puisse gagner ces trois places pour les Jeux Olympiques.

Ces Championnats du monde ont eu lieu en France, à Disneyland Paris. Qu’est-ce que cela a changé pour vous ?

Ça s’est passé à la maison. C’était la première fois que ma maman me voyait en compétition et c’était vraiment un plaisir pour moi. Sinon, je n’ai pas pu avoir de stress : lorsque l’on est bien préparé et qu’on prétend vraiment à quelque chose de fort dans une compétition, on a du stress et de l’appréhension. Ce n’était pas mon cas donc il était difficile de vivre au fond de moi un moment de stress.

Revenons un peu en arrière : aux Jeux Olympiques de 2004, vous représentiez le Cameroun, dont vous étiez le porte-drapeau. Quels souvenirs gardez-vous de ces JO d’Athènes ?

Les Jeux d’Athènes sont particuliers pour moi. C’était ma première olympiade. C’est un moment unique et c’est vraiment une récompense pour un athlète d’aller aux Jeux Olympiques. C’était vraiment le côté très fort. Le côté décevant, c’était ma cinquième place. Mais sinon, je ne garde pas particulièrement un bon ou un mauvais souvenir. Je me suis qualifié seul et non collectivement, ce qui fait que l’enjeu était encore plus fort pour moi. Ma place était honorable vu la nation qu’est le Cameroun : être cinquième, c’était quelque chose de bien.

A partir de novembre 2004, vous avez représenté la France en compétition. Est-ce un choix qui a été difficile à faire ?

La question du choix est une question qui revient assez souvent. Je pense que quand vous vivez pendant cinq ou six ans dans un pays où vous travaillez, vous cotisez et vous payez vos impôts, la question ne se pose pas. A un moment donné, soit on le vit entièrement, soit on ne le vit pas du tout !

Aux Jeux Olympiques de Pékin en 2008, vous avez remporté la médaille d’argent. Pouvez-vous nous décrire la façon dont vous avez vécu cette compétition ?

C’est une compétition que l’on travaille pendant quatre ans. Mon entraîneur à ce moment-là était Franck Collinot. Aux Jeux Olympiques, seul le total compte. Ce n’est pas comme aux Championnats du monde où il y a un podium par mouvement. Il fallait que je travaille les deux mouvements : non seulement l’arraché, où je n’étais pas très fort, mais aussi l’épaulé-jeté. Sachant que j’étais assez agacé par l’arraché, on a plus axé le travail avec mon entraîneur sur l’épaulé-jeté. Dans le cadre de l’arraché, ça s’est fait plus progressivement, sans se mettre la pression !

Cette médaille olympique a-t-elle changé des choses pour vous, que ce soit en compétition ou à titre personnel ?

A titre personnel, peut-être, peut-être pas… C’est plus dans ma discipline où ça m’a donné une image assez conquérante. Et ça a aussi donné l’image d’un sport qui peut gagner à un très haut niveau.

Quelle est la part du psychologique et du mental dans l’haltérophilie ?

Le mental, c’est 90%. Si on n’a pas le mental, je pense que c’est difficile de pouvoir parfois remonter la pente. Le mental, parfois on l’a et parfois on ne l’a pas. Ça se travaille par les compétitions, par des échecs et par des victoires. Après, on essaie de se forger un caractère de compétiteur.

L’année prochaine ont lieu les Jeux Olympiques de Londres. Vous y sentez-vous particulièrement attendu du fait que vous êtes vice-champion olympique ?

Vu mes deux dernières années, je pense que non. Mais je crois quand même qu’au fond d’eux, ils se méfient et ils savent ce que je peux faire. Les Jeux Olympiques, c’est particulier. Dès qu’on prend une fiche d’engagement, on se méfie de tout le monde engagé dans la catégorie parce que chacun les aborde différemment. C’est une fois tous les quatre ans !

Vous êtes-vous déjà donné des objectifs pour ces Jeux Olympiques ?

J’ai tout gagné. Il ne me reste qu’une seule chose à remporter : une médaille d’or olympique. Quand on a goûté au podium, on en rêve de nouveau. Donc pour moi, il s’agit de rester sur le podium ou de rêver à quelque chose de plus fort. Dans quatre mois, je vais me fixer sur ma condition physique suite à mon retour de blessure avec un entraînement un peu plus important.

Merci beaucoup Vencelas d’avoir répondu à ces questions !

Crédit photos : Jung/AFP (photo 2) et Guttenfelder/AP Photo (photo 3)

La carrière de Vencelas Dabaya en quelques lignes :

Evoluant dans la catégorie des -69 kg, Vencelas Dabaya débute sa carrière sous les couleurs du Cameroun. Il participe aux Jeux Olympiques d’Athènes en 2004 et est le porte-drapeau du pays. Il termine 5e de la compétition. Quelques mois plus tard, il commence à représenter la France. En 2005, il remporte 3 médailles de bronze aux Championnats du monde.

L’année 2006 est exceptionnelle pour lui. Aux Championnats d’Europe, il gagne l’or à l’épaulé-jeté et l’argent à l’arraché et au total. Il devient ensuite champion du monde du total.  En 2007, il remporte le titre de champion d’Europe au total.

Lors des Jeux Olympiques de Pékin en 2008, Vencelas Dabaya se distingue en devenant vice-champion olympique de la catégorie des -69 kg. Il réalise au total 338 kg (151+87). Après quelques saisons plus difficiles, il termine 13e des Championnats du monde disputés à Paris en novembre 2011. A 30 ans, il vise désormais les Jeux Olympiques de Londres.