Interview de Yoann Kowal

(athlétisme)

Yoann Kowal s’est distingué l’année dernière en remportant le titre de champion d’Europe du 3000 m steeple. Cette performance lui donne forcément des idées, à moins d’un an des Jeux Olympiques de Rio. Entretien.

Yoann, tu as malheureusement été éliminé en séries du 3000 m steeple lors des Championnats du monde de Pékin cette année. On imagine que cela a été une déception, un an après ton titre de champion d’Europe et deux ans après une place de finaliste aux Mondiaux ?

C’est clair que c’était une déception. Je visais cette année un top 6. J’étais en forme et je m’étais préparé pour. C’était d’autant plus décevant qu’il y avait des cadors dans ma série, qui d’habitude courent assez vite. Normalement, même en courant lentement pour eux, on passait en finale. C’est la série la plus lente de l’histoire de l’athlétisme sur 3000 m steeple. J’ai eu le malheur d’être dedans, c’est comme ça ! C’était une course très rapide sur le finish et je n’ai pas été ridicule. Ça se joue à pas grand-chose. Mon coach et ceux qui s’y connaissent un peu m’ont dit que je n’ai rien à regretter sur la course, à la fois physiquement et tactiquement. C’est le jeu du sport ! C’est une prise d’expérience supplémentaire pour l’an prochain et les Jeux Olympiques. Ça m’est arrivé là et j’espère que ça ne m’arrivera pas aux Jeux !

A un an des Jeux Olympiques de Rio, tu en tires des enseignements ?

C’est de l’expérience ! Tout schéma de course est différent et on ne peut rien prévoir : une course ne se passe jamais comme on l’imagine. Je pense que jusqu’à la fin de ma carrière, j’aurais des bonnes et des mauvaises expériences.

Tu es devenu champion d’Europe du 3000 m steeple l’année dernière. Qu’est-ce-que ce titre a changé pour toi, que ce soit sur la piste ou à titre personnel ?

Rien du tout ! Je suis resté le même, mon entourage est le même, mon lieu d’entraînement est le même, mon coach et mes habitudes sont les mêmes… Ça n’a rien changé de particulier ! Je ne me mets pas de pression supplémentaire, et si on m’en met, je n’y fais pas attention.

Tu es devenu champion d’Europe dans des conditions particulières et vu de l’extérieur, on peut penser que ta superbe performance de terminer deuxième de la course et été gâchée par la disqualification de Mahiedine Mekhissi, qui t’as permise de récupérer la première place. Avec le recul, comment vois-tu cela ?

Sur le moment, c’est décevant parce que je réalise un premier podium et une première Marseillaise dans des conditions que je n’aurais jamais imaginées. Mais ce n’est pas moi qui ai fait la faute. C’est comme un footballeur qui prend un carton rouge. Je n’ai rien fait pour qu’il soit disqualifié. Ça ne vient pas de moi, donc je prends le titre avec plaisir aujourd’hui. Je suis champion d’Europe ! Je prends ce qu’il y a à prendre. Je n’ai pas franchi la ligne d’arrivée en tête l’année dernière, j’espère le faire l’an prochain !

Tu as participé à tes premiers Jeux Olympiques en 2012 à Londres, sur l’épreuve du 1500 m. Etais-tu satisfait de ta performance là-bas ?

C’était plutôt pas mal. Mais j’espérais une place en finale. Je suis demi-finaliste et le premier ou le deuxième non qualifié en finale. C’était une déception car j’avais fait des erreurs tactiques et techniques dans la gestion de la course. Les Jeux sont une expérience et un monde à part. J’en ai pris plein les yeux et j’espère être performant l’an prochain ! Il y a toujours des petites marches et des étapes qui servent à être performant !

De façon plus générale, quels souvenirs gardes-tu de ces Jeux Olympiques de Londres ?

On en prend plein les yeux. Quel que soit l’âge auquel on y participe pour la première fois, on est un enfant ! Tout est démesuré : le village, les repas… Un stade de 80 000 personnes avec aucune place libre, c’est juste fou ! Il n’y a que les Jeux pour faire vivre ça. Etre ensemble avec tous les sports est une expérience unique. Chaque personne est à fond pour cet événement.

Les Jeux Olympiques de Rio auront lieu l’année prochaine. C’est déjà une obsession pour toi ?

J’y pense tous les jours. Ça fait trois ans que j’ai changé de discipline. Depuis les Jeux disputés sur 1500 m, je suis passé au steeple. Je pense qu’il fallait ça pour maîtriser une épreuve. Je me prépare depuis quatre ans avec un objectif en tête : les Jeux. J’ai pris de l’expérience aux Championnats d’Europe, et encore cette année aux Championnats du monde !

Merci beaucoup Yoann et bonne chance pour la saison prochaine !

La carrière de Yoann Kowal en quelques lignes :

Yoann Kowal débute sa carrière sur le 1500 m, dont il devient champion de France en 2008. En 2009, il décroche la médaille de bronze des Championnats d’Europe en salle à Turin. L’année suivante, il termine 5e des Championnats d’Europe.

Sélectionné pour les Jeux Olympiques de Londres en 2012, il est éliminé en demi-finales. Il décide ensuite de changer de discipline et se de consacrer au 3000 m steeple. Il prend la 8e place des Championnats du monde 2013.

En août 2014, il devient champion d’Europe du 3000 m steeple : deuxième de la course, il remporte le titre suite à la disqualification de Mahiedine Mekhissi, exclu pour avoir retiré son maillot avant la ligne d’arrivée. En 2015, il échoue en séries des Championnats du monde de Pékin. Agé de 28 ans, Yoann Kowal vise les Jeux Olympiques de Rio l’année prochaine.