Interview de Lenaïg Corson
(rugby féminin)

Lenaïg Corson est l’une des meilleures joueuses du monde à son poste. Après une troisième place à la Coupe du monde 2017, elle ambitionne de devenir championne du monde avec les Bleues en 2021. Entretien.

Lenaïg, tu as pris la troisième place de la Coupe du monde 2017 avec l’équipe de France. Pour ta première participation, ce classement était-il une satisfaction ?

Non. Notre ambition était d’être championnes du monde. On y allait pour gagner. La demi-finale perdue contre l’Angleterre a été une grosse désillusion. Cela a été dur de perdre contre elles et de se remobiliser quelques jours plus tard pour le match pour la troisième place car on visait le titre. La satisfaction est de se dire qu’on aurait aussi pu partir sans médaille. Mais le premier objectif n’a pas été atteint. Cette déception donne la force de continuer à travailler pour atteindre cet objectif pour la prochaine Coupe du monde en 2021.

Tu étais titulaire lors de cette Coupe du monde 2017. Raconte-nous comment tu as vécu le fait d’être sélectionnée ?

J’avais préparé la Coupe du monde 2014 et les Jeux Olympiques 2016 et j’avais essuyé deux échecs en n’étant pas sélectionnée pour ces deux grands événements. J’ai malgré tout continué à travailler pour jouer cette Coupe du monde 2017 avec l’équipe de France. Je croyais en moi et en tout le travail que j’avais fourni auparavant. Quand j’ai su que j’allais participer à la Coupe du monde, je me suis dit que c’était mon heure. J’avais aussi le sentiment qu’on pouvait aller chercher ce titre et j’avais envie de me donner pour l’équipe afin qu’on atteigne cet objectif.

Il s’agissait de ta première participation à la Coupe du monde. Quels souvenirs en gardes-tu ?

L’événement qui m’a le plus marquée est la défaite en demi-finale. On croyait dur comme fer qu’on allait faire quelque chose et on est tombées de très haut. Le deuxième souvenir marquant est le premier match, qu’on a joué contre le Japon. Je me souviens de l’adrénaline. J’allais participer à une Coupe du monde ! Le premier objectif de participer était réussi. J’avais du stress positif et j’étais très impatiente de démarrer et de jouer. Je craignais cependant de ne pas être au niveau. On n’avait pas eu de match de préparation. Je me rappelle aussi avoir eu peur avant ce premier match de prendre un carton rouge et que l’aventure s’arrête brutalement. Les Japonaises sont très petites et je suis très grande, donc j’avais peur de sortir pour placage haut dès le début du match et que la Coupe du monde s’arrête là pour moi.

« Deux victoires d’affilée contre les meilleures du monde contribuent à notre rêve d’être championnes du monde »

Il y a eu peu de temps entre tes débuts dans le rugby et ta première sélection en équipe de France. Peux-tu nous raconter tes débuts ?

J’ai commencé le rugby il y a dix ans. A l’époque, j’ai quitté l’athlétisme parce que j’en avais fait le tour. J’avais envie de pratiquer un sport collectif. Je suis arrivée à Rennes pour mes études et mon père m’a dit qu’il y avait une bonne équipe féminine de rugby dans cette ville. C’est comme ça que j’ai démarré ! Je ne me faisais aucune illusion et je ne pensais pas au haut niveau. J’avais juste envie de faire du sport et de me dépenser. Après, l’esprit de compétition est revenu et j’ai voulu progresser et m’entraîner plus. Cela demande beaucoup de travail de débuter un nouveau sport à 20 ans ! Je n’attrapais pas les ballons, je ne prenais pas d’initiatives sur le terrain, je ne savais pas me servir de mon gabarit… Finalement, il y a eu des déclics. Mon club m’a permis de progresser et de bien m’entraîner. Et en 2012, j’ai eu la chance d’avoir ma première sélection en équipe de France ! Si il y a dix ans, on m’avait dit que je participerais à une Coupe du monde, que je serais professionnelle et que je gagnerais de l’argent pour jouer de ma passion, j’aurais signé de suite !

Tu es à la fois en équipe de France de rugby à XV et en équipe de France de rugby à VII mais tu n’as pas été retenue pour les Jeux Olympiques de Rio en 2016. Cela est-il le plus grand regret de ta carrière à ce jour ?

Non, ce n’est pas le plus grand regret. Quand on prépare une compétition, on a forcément envie d’y participer. Je préparais les Jeux Olympiques depuis 2014. J’arrivais un peu sur le tard car d’autres joueuses les préparaient depuis sept ou huit ans. Mais je n’ai pas de regret parce que je sais que j’ai tout donné en fonction des moyens que j’avais.

En novembre 2018, l’équipe de France à XV a battu la Nouvelle-Zélande. Penses-tu que cette victoire peut-être un déclic pour la suite ?

Oui. On a même battu deux fois l’équipe de Nouvelle-Zélande, les « Black Ferns ». Elles sont championnes du monde en titre et ont gagné en tout cinq fois le titre. La première fois était un grand événement parce que cela n’était jamais arrivé auparavant. Une semaine avant, on avait eu une déception en perdant contre les Blacks à Toulon. On sentait qu’on n’était pas loin et qu’on n’était pas ridicules face à elles. Au deuxième match, on s’est dit qu’on arrêtait d’avoir un sentiment d’infériorité et qu’on était capable de les battre. On a joué dans un stade plein. Le match était très accroché et on se donnait coup pour coup. On n’a rien lâché et même si on était fatiguées sur les dernières minutes, on a été très fortes mentalement pour tenir les quelques points d’avance. Cela a été une joie incroyable partagée avec l’équipe. C’est un gros souvenir qui restera gravé à vie.

Lors de la tournée d’été 2019, la France a de nouveau battu la Nouvelle-Zélande. Je n’y ai pas participé. Deux victoires d’affilée contre les meilleures du monde contribuent à notre rêve d’être championnes du monde. Mais on n’oublie pas non plus qu’on reste sur plusieurs défaites d’affilée contre les Anglaises. Si on veut être championnes du monde, il faudra battre tout le monde !

« On est passé de joueuses amateurs qui devions prendre des congés payés pour aller en équipe de France à des joueuses semi-professionnelles »

Tu as été sélectionnée pour la première fois en équipe de France en 2012. Sens-tu que le rugby féminin a pris une nouvelle dimension depuis tes débuts ?

Oui, bien sûr ! C’est incomparable ! Déjà, nos statuts ont énormément évolués. On est passé de joueuses amateurs qui devions prendre des congés payés pour aller en équipe de France à des joueuses semi-professionnelles depuis 2014 à 7 et semi-professionnelles depuis septembre 2018 à XV. On a désormais plus d’heures d’entraînement, des facilités pour s’entraîner et un salaire qui tombe tous les mois. Il y a donc moins de précarité pour les joueuses. On est un groupe d’environ 25 à préparer la Coupe du monde l’année prochaine et on est toutes sous contrat. C’est une chance et cela évolue.

Le public et le niveau de jeu sont au rendez-vous. Les gens ont envie de regarder du rugby féminin car on ramène des titres au rugby français. On a surfé sur le fait d’amener une image très positive à la Fédération Française de Rugby. Les gens aiment notre état d’esprit, nos sourires sur le terrain et le fait de se battre jusqu’au bout. Cela correspond aux valeurs des gens et ils se retrouvent en nous. Beaucoup de femmes nous disent qu’elles nous aiment parce qu’on se bat et qu’on représente les femmes dans leur ensemble.

Comment as-tu vécu la période de confinement imposée à cause du coronavirus ?

Beaucoup de sportifs ont eu du mal à vivre cette période parce qu’on a l’habitude d’être encadrés et d’avoir un planning très organisé. Cela n’a pas été mon cas. J’ai eu la chance de retourner dans ma famille en Bretagne. Quand on est sportif de haut niveau, on ne retourne pas très souvent chez ses parents à cause des matchs de club et de l’équipe de France. Passer du temps avec ma famille était une satisfaction. Dès le début du confinement, j’ai organisé un planning pour continuer à avoir un certain rythme. J’ai organisé une séance de renforcement musculaire de 30 minutes tous les jours et une séance de course du lundi au vendredi. Cela m’a permis d’être au point musculairement et d’éviter les risques de blessure par la suite. J’ai eu des saisons très compliquées ces deux dernières années avec un enchaînement incroyable de blessures. Je me suis donc dit qu’il fallait que je fasse vraiment attention à moi. J’ai aussi profité des bons produits locaux. Tous ces efforts ont payé puisque j’ai perdu 5 kg sur la période du confinement et je me sens très en forme mentalement et physiquement, mis à part en ce qui concerne le cardio.

En 2021, les Jeux Olympiques auront lieu en juillet et la Coupe du monde de rugby à XV en septembre. Etant donné que participer aux deux compétitions paraît compliqué en termes de calendrier, comment comptes-tu te préparer ?

Je ne serai plus pensionnaire du centre d’entraînement du rugby à 7 l’année prochaine. Je quitte le projet Olympique. C’est une décision que j’ai déjà prise en janvier parce que j’ai envie de me consacrer à mon objectif de Coupe du monde à XV en 2021. Cela me paraissait compliqué de courir après deux projets à la fois. Je veux mettre toutes les chances de mon côté pour la Coupe du monde 2021 !

Merci beaucoup Lenaïg pour ta disponibilité et bonne chance pour la Coupe du monde 2021 !

La carrière de Lenaïg Corson en quelques lignes :

Evoluant au poste de deuxième ligne, Lenaïg Corson connaît sa première sélection en équipe de France à XV en 2012. En 2014, elle signe un contrat fédéral avec l’équipe de France à 7. Elle n’est pas retenue pour la Coupe du monde de rugby à XV 2014 ni pour les Jeux Olympiques de Rio 2016 en rugby à 7.

En 2017, elle est sélectionnée pour la Coupe du monde de rugby à XV, où la France prend la 3e place. Titulaire lors de tous les matchs, elle inscrit notamment un essai lors de la petite finale et est désignée dans l’équipe type de la Coupe du monde par World Rugby.

Après avoir porté les couleurs du club du Stade Rennais rugby depuis le début de sa carrière, elle rejoint en 2018 le Stade Français Paris. Aujourd’hui âgée de 31 ans, Lenaïg Corson a quitté le rugby à 7 pour se consacrer à la Coupe du monde de rugby à XV qui aura lieu en 2021.

Laisser un commentaire

COMMENTAIRE