Interview de Boladé Apithy

(escrime)

Seul sélectionné français en sabre masculin lors des Jeux Olympiques de Londres en 2012, Boladé Apithy a déjà remporté trois médailles en individuel aux Championnats d’Europe. Il ne compte pas s’arrêter là et a les Jeux Olympiques de Rio 2016 en ligne de mire.

Boladé, tu as remporté trois médailles consécutives en individuel aux Championnats d’Europe : le bronze en 2010 et l’argent en 2011 et 2012. Laquelle de ces trois médailles a été la plus dure à aller chercher selon toi ?

La plus dure, je crois que ça a été la deuxième car je ne me sentais pas bien pendant la compétition. Lors des poules de qualification, je n’étais vraiment pas bien et je suis sorti dans le fond du classement. Ensuite, j’ai galéré à tous les matchs et c’était vraiment difficile. Quand je me suis qualifié pour les demi-finales, je me suis dit que c’était déjà ça de pris ! Lors de la demi-finale, j’étais mené puis ça a basculé à un moment, je me suis mieux senti et j’ai gagné le match. Ensuite, j’ai perdu en finale 15-14, mais en ayant tenté ce que je pensais être juste. Finalement, je n’ai pas vraiment de regrets d’avoir perdu la finale parce que j’ai fait ce qu’il fallait faire !

Tu es désormais sur le circuit depuis plusieurs années. Tu penses que c’est un avantage car tu as plus d’expérience ou au contraire c’est un inconvénient car tout le monde analyse et connaît mieux ton jeu ?

C’est un avantage parce que tu as l’expérience des compétitions et tu sais comment ça se passe. Tu sais aussi mieux gérer tes émotions. Quand tu es jeune, tu as envie de bien faire et tu te mets beaucoup de pression qui n’a pas lieu d’être, notamment sur le regard des gens. Il y a eu des moments où j’ai été bon et des moments où je ne l’ai pas été. Quand tu es bon, tu as l’impression que tout le monde t’aime bien. Mais en fait, ce sont tes résultats qu’ils aiment. Quand tu es moins bon, tu ne te retrouves qu’avec les gens qui te soutiennent vraiment. Avec l’expérience, tu n’as donc plus envie de plaire aux gens : tu veux juste gagner pour toi et pour ceux qui t’entourent vraiment. Ça m’a enlevé la pression que j’avais de bien faire.

Tu as participé aux Jeux Olympiques de Londres en 2012, mais tu as été éliminé dès ton premier match. On imagine que cela a été très difficile de se remettre d’une telle déception ?

Oui, c’était dur. Sur les six derniers mois avant les Jeux, j’avais toujours atteint les quarts-de-finale ou le podium. Quand je suis allé à Londres, je n’étais pas favori mais j’y allais pour faire une médaille. Je faisais partie des outsiders. Cette compétition a été difficile à vivre. Même encore maintenant, quand j’y pense, c’est dur.

Malgré cette déception, tu as pu profiter un peu de la magie des Jeux Olympiques ?

Non. J’ai tiré le deuxième jour et l’équipe de France d’escrime n’a remporté aucune médaille ensuite. Il n’y a pas eu de journée où on a pu se raccrocher à quelque chose et fêter la médaille d’un ami. Ce n’était pas magique du tout… C’était plutôt dramatique. J’ai eu la magie à Pékin, quand j’étais remplaçant (cinquième tireur de l’équipe). J’ai eu une fois la magie et une fois le désastre !

L’équipe de France de sabre a remporté de nombreuses médailles dans les années 2000 mais elle semble un peu moins performante depuis quelques années. Tu sens qu’il peut y avoir une nouvelle dynamique qui pourrait permettre d’aller chercher des médailles par équipe prochainement ?

Après les Jeux Olympiques de Pékin, on a commencé à descendre. Ma génération n’a pas été assez bonne pour prendre la place des anciens, qui sont restés un peu par la force des choses. Ils se sont un peu reposés sur leurs acquis et du coup ça a tiré tout le monde vers le bas. On est tombés dans une mauvaise spirale. Il y a maintenant des jeunes qui arrivent mais ils viennent juste de passer senior et il faut du temps pour qu’ils apprennent. De toute façon, il n’y aura pas d’épreuve de sabre par équipe aux Jeux de Rio à cause du roulement des épreuves.

Quels sont tes objectifs pour 2015 et à moyen-terme ?

L’objectif est de remporter des médailles dans les grands championnats. Quand tu es sportif, tu vis pour gagner et faire de belles compétitions. J’ai gagné trois médailles aux Championnats d’Europe et je n’en ai pas encore gagné aux Championnats du monde. C’est donc un objectif. Et le Graal, c’est la médaille olympique. Ce n’est pas très original, mais c’est la vérité. C’est pour ça que je m’entraîne tous les jours et c’est ce qui motive.

Raconte-nous un peu les minutes avant un match important. Comment te prépares-tu physiquement et mentalement ?

Je n’ai pas de routine. Cela dépend vraiment du moment, de mon feeling et de mes sensations. Je ne tire pas de la même manière selon comment je me sens. Ma préparation est du coup un peu pareil. Si je sens que je suis bien, je vais mettre de la musique, danser, chanter et être assez ouvert. A contrario, si je ne suis pas bien, je vais essayer de me mettre dans une bulle pour essayer de me concentrer en mode « combat ». Je ne vais pas parler aux gens. Je vais me mettre tout seul, écouter ma musique et me dire : « le plaisir, ce ne sera pas aujourd’hui, mais il faut la victoire ». C’est alors un combat et je me bats avec les armes du moment pour retarder la défaite !

Merci beaucoup Boladé et bonne chance pour la suite !

La carrière de Boladé Apithy en quelques lignes :

Spécialiste du sabre, Boladé Apithy remporte sa première médaille internationale lors des Championnats d’Europe 2008 avec l’argent par équipe. Cette même année, il est remplaçant aux Jeux Olympiques de Pékin (en tant que cinquième tireur). En 2009, il gagne le bronze par équipe aux Championnats d’Europe.

En 2010, il s’affirme en individuel en obtenant la médaille de bronze lors des Championnats d’Europe. Il confirme en individuel les deux années suivantes avec l’argent en 2011 et en 2012. En 2012, il est le seul sélectionné français en sabre pour les Jeux Olympiques de Londres mais il est éliminé dès son premier match.

Aujourd’hui âgé de 29 ans, Boladé Apithy va tenter de se qualifier pour les Jeux Olympiques de Rio 2016.