Interview de Charline Picon

(planche à voile)

Cette semaine, c’est Charline Picon qui répond à nos questions. Huitième des Jeux Olympiques de Londres en planche à voile, elle revient pour nous sur ses souvenirs de Londres ainsi que sur le maintien in extremis de la planche à voile au programme olympique.

Charline, tu as terminé huitième des Jeux Olympiques de Londres l’année dernière en planche à voile. Avec le recul, cette place est-elle une satisfaction ou bien une déception ?

Ça reste une déception en termes de performance. Mais il faut relativiser et surtout tirer les enseignements, faire le bilan, comprendre où ont été faites les erreurs… Sur les quatre ans de la préparation olympique, mon plus mauvais résultat (toutes épreuves confondues) était dixième aux Championnats d’Europe en 2010. Je me suis toujours classée dans les sept premières, que ce soit en Coupes du monde ou en Championnats du monde. Finir huitième était donc une contre-performance.

Après, il faut savoir que le matériel est fourni par l’organisation. Il s’agit d’une monotypie, mais il n’y a pas deux ailerons qui sortent avec exactement les mêmes propriétés dans la fabrication. Ce sont les mêmes visuellement, mais ils sont différent sous les pieds. A Weymouth (lieu des épreuves de voile, ndlr), le tirage au sort ne m’a pas été favorable, c’est-à-dire que je me suis mal adaptée à mon matériel. Ma vitesse n’était pas assez bonne pour jouer les premières places. Sur les JO de Pékin, ça ne posait pas beaucoup de problèmes car il n’y avait pas beaucoup de vent (la navigation n’était pas au planning et l’aileron n’avait pas d’importance). Par contre en Angleterre, c’était une vraie course de vitesse, avec peu d’ouverture tactique, une navigation sur l’aileron avec 15/20 nœuds de vent, et des bords obligatoires (c’est-à-dire des effets de site à aller chercher pour faire le moins de chemin possible et aller le plus vite possible à la bouée). Je ne dis pas que le matériel était mauvais, mais je n’ai pas trouvé les solutions pour aller vite avec celui-ci. De plus, il me manquait sur la dernière année un petit truc technique dans les 20 nœuds pour aller aussi vite que les premières. On n’a pas réussi à le combler à temps.

Lors de ces JO, les athlètes de planche à voile ne vivaient pas à Londres mais à Weymouth. Vivre loin du village olympique a-t-il été frustrant ?

Je ne sais pas si c’est frustrant car on est tellement dans notre bulle et concentré qu’on ne pense pas à ça. C’est même parfois un avantage : on est dans un lieu familier (beaucoup de temps passé à Weymouth pendant les quatre ans), on connait tout le monde, un peu comme sur un Championnat du monde, et donc ça enlève de la pression. Mais du coup c’est aussi un inconvénient car on ne sent pas la magie des Jeux qu’il peut y avoir à Londres. Après nos régates, nous sommes allés au Village Olympique, où on a dormi une nuit et vu la finale du hand. C’est là que j’ai senti l’énergie que ça peut donner. Après tout, le jeu était de rester concentré, de ne pas être spectateur et de rester dans sa compétition.

Quels souvenirs gardes-tu de ces Jeux Olympiques de Londres ?

Malgré la contre-performance, ça reste une aventure exceptionnelle ! Il y a tout ce qu’on met en place avant avec le fait de ne négliger aucun détail. Pour être au top, tous les paramètres sont importants, et le mental particulièrement. Le fait de ne pas être à Londres ne m’a pas permis de trouver cette étincelle magique mais je n’ai jamais baissé les bras. J’y ai cru jusqu’au bout.

Mais je me revois aussi m’écrouler de déception à la fin de l’épreuve, assise au milieu du « parking » en pleurs. C’est difficile mais ça fait partie du sport. Je revois ma première arrivée à notre petit village Olympique et l’euphorie des premières heures… Je revois ma « medal race » avec ma famille, mes amis, mes deux partenaires d’entraînement, tous venus m’encourager, et les 2000 spectateurs venus voir la voile… Il y avait aussi le passage obligé à quelques mètres d’eux pour les saluer avant la manche et après la manche… Des émotions énormes ! Les cris du public pendant la course et les encouragements, tout ça ne nous arrive jamais ! Au mieux, il y a une cinquantaine de spectateurs sur nos compétitions. Il y a aussi la médaille de mon pote John Lobert (Jonathan Lobert, médaillé de bronze en Finn, ndlr) ! Et puis le tour à Londres et l’arrivée au vrai village Olympique, le défilé, la finale du hand… Un truc de malade !

En 2008, tu as été suppléante lors des Jeux Olympiques de Pékin. Comment as-tu vécu cette situation particulière ?

En voile, c’est particulier : une fois les accréditations validées, le remplaçant ne sert à rien. Si le titulaire se blesse, il n’y pas de remplaçant (c’est seulement dans le cas où le titulaire se blesse entre l’annonce de la sélection et la validation des accréditations). Comme il n’y a pas eu de blessure, je ne suis pas allée sur place pendant les Jeux. J’étais aussi partenaire d’entraînement de Faustine Merret (or olympique en 2004 et sélectionnée en 2008), donc je suivais tout le programme notamment sur le site des Jeux. Pour la première fois, j’ai pu aller sur un site olympique et commencer à sentir cette ambiance particulière. C’était une bonne expérience. L’annonce de ma « non sélection » avait été très difficile puisque j’étais souvent devant sur les compétitions. Mais après un peu de temps, je me suis engagée en tant que partenaire. C’est plus ce rôle-là que j’ai tenu que celui de remplaçant. Je ne m’étais pas mis dans la tête que je pouvais être remplaçante car la blessure du sélectionné est rare.

Tu as remporté deux fois la médaille de bronze aux Championnats du monde 2009 et 2010 et une fois l’argent aux Championnats d’Europe 2008. Quelle est la médaille dont tu es la plus fière ?

Ma deuxième place aux Championnats d’Europe était l’année olympique. Il y avait donc un gros niveau ! Quatre jours avant, j’ai fait une chute en course à pied et me suis blessée à l’épaule. J’ai quand même pu courir le Championnat et aller chercher ma première médaille sur un gros championnat. Le Mondial de 2009 était ma compétition de reprise après mon opération (réinsertion du bourrelet glénoïdien) et après un an sans compétition. Et c’est mon premier podium à un Mondial ! Le Mondial 2010 était hallucinant : j’étais sixième avant la “medal race” et il y avait peu de scenarios possibles pour que je monte sur le podium. Et pourtant, je termine deuxième de la manche et mes adversaires prennent des positions qui me font monter à la troisième place ! Je ne sais donc pas trop de quelle médaille je suis la plus fière. Peut-être les Championnats d’Europe pour avoir tenu bon et décroché ma première médaille chez les seniors !

La planche à voile a failli perdre sa place de sport olympique au profit du kite-surf. Si la planche à voile n’avait pas été confirmée au programme des JO 2016, cela aurait-il changé ton plan de carrière et ton engagement en planche à voile ?

Oui, sûrement ! Comme notre sport est vraiment peu médiatisé, il ne vit plus s’il n’est plus olympique. La majorité des athlètes de planche à voile avait envisagé de passer aux kite olympique. Quelques-uns se sont alignés au Mondial 2012 et ont fait un top 10. Il y avait donc de la place pour nous. J’aurais tenté ma chance pour voir si je pouvais monter au plus haut niveau !

En mars, tu as terminé cinquième des Championnats du monde. Cela a-t-il été difficile de se remotiver pour l’entraînement et la compétition en cette année post-olympique ?

On a su seulement en novembre que la planche reprenait sa place. Au départ, je voulais prendre un peu plus mon temps pour me remettre à fond au boulot. Mais étant donné la bataille qui a été nécessaire pour maintenir la planche, je me suis dit que ce n’était pas raisonnable de ne pas y aller. S’il n’y avait eu que vingt ou trente participants, ce n’était pas très crédible ! Je me suis mise au boulot en janvier et je n’étais donc vraiment pas prête comme je l’aurais voulu !

Pendant la préparation, je me suis posé beaucoup de questions, notamment si je voulais vraiment repartir. Mon préparateur mental m’a posé la question autrement : est-ce que je pensais pouvoir faire mieux, pouvoir encore apprendre des choses, est-ce que j’avais fait le tour de la question ? Et la réponse est que je pense pouvoir faire mieux : en n’étant pas à mes études en même temps, en choisissant mon équipe, en m’entraînant différemment…

Désormais, quels sont tes objectifs à court et à long terme ? Penses-tu déjà aux Jeux Olympiques de Rio en 2016 ?

Mon premier objectif est de devenir leader de ma discipline, sans forcément penser à Rio tout de suite. Il s’agit de gagner des titres et de passer encore un petit cran pour passer de cinquième à un podium tout le temps et gagner ! Après, l’objectif Rio viendra tout seul, et ça sera pour aller chercher l’OR olympique !

Merci beaucoup Charline d’avoir pris le temps de répondre à nos questions !

Crédits photos : Jean-Marie Liot (photo 1)

La carrière de Charline Picon en quelques lignes :

Pratiquant la planche à voile (RS :X), Charline Picon entre sur le circuit en 2002. C’est en 2008 qu’elle remporte sa première médaille internationale en devenant vice-championne d’Europe. Cette même année, elle est remplaçante pour les Jeux Olympiques de Pékin.

Lors des Championnats du monde 2009, elle obtient la médaille de bronze. Elle récidive un an plus tard avec une nouvelle médaille de bronze aux Championnats du monde.

Sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Londres en 2012, elle se classe 8e de la compétition. En mars dernier, elle prend la 5e place des Championnats du monde. Agée de 28 ans, Charline Picon se prépare actuellement pour les Championnats d’Europe.

Pour en savoir plus sur Charline, visitez son site : piconcharline.canalblog.com