Interview de Christophe Legoût

(tennis de table)

Christophe Legoût fait partie des joueurs qui ont marqué le tennis de table français. Cinquième des Jeux Olympiques de Sydney en double, il a aussi participé aux JO d’Atlanta et de Pékin. A 39 ans, il vise désormais la qualification pour les Championnats du monde 2013 disputés à Paris.

Christophe, vous êtes actuellement classé 112e mondial. Quel regard portez-vous sur vos résultats de cette année 2012 ?

Pour l’instant, je dirais que je me remets « à flots ». Quand on a été dans les tous meilleurs mondiaux (j’ai été quatorzième mondial il y a dix ans), c’est difficile de continuer à avoir des objectifs parce que l’on sait qu’à presque 40 ans, on ne reviendra jamais au niveau où on a été. Mais d’un autre côté, je me dis qu’il reste des belles choses à vivre : essayer de gagner un quatrième titre de champion de France en simple, essayer de me qualifier pour les Championnats du monde à Bercy en mai… C’est ce qui fait que je vais encore tous les jours à l’entraînement avec plaisir !

Vous n’avez pas pu vous qualifier pour les Jeux Olympiques de Londres. Cela a-t-il été difficile de vous remotiver pour l’entraînement et la compétition après avoir raté cette qualification ?

Oui. J’ai pris la décision d’arrêter la course à la qualification pour les Jeux en février. J’étais alors dans ma chambre d’hôtel au Qatar. J’avais mal joué à ce tournoi du Pro Tour. Il me restait à jouer derrière le Pro Tour du Koweït. Et en fait dans ma chambre, je me suis dit : « je pense que tu n’y arriveras pas. Il reste une infime chance et tu es en train de courir après quelque chose qui va te coûter très cher par la suite, notamment au niveau de l’énergie ». J’ai donc préféré arrêter les frais en février. C’est vrai qu’après, pendant un mois ou un mois et demi, j’ai eu beaucoup de mal. Je me suis retrouvé très loin au classement alors qu’un et demi auparavant, j’étais presque qualifié directement. Ça m’a fait mal. Mais j’ai ensuite réussi à me remotiver pour essayer de conserver mon titre de champion de France (que je n’ai finalement pas remporté).

Vous avez participé aux Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996, de Sydney en 2000 et de Pékin en 2008. Quelle est l’édition qui vous a le plus marqué ?

Les trois m’ont marqué différemment. Ceux de 1996 ont forcément été grandioses parce que c’était les premiers. C’est aussi la seule cérémonie d’ouverture que j’ai faite. C’est tellement exceptionnel que je n’oublierai jamais ça. Les Jeux de 2000 ont été extraordinaires de par les résultats, avec la médaille de bronze de Jean-Philippe Gatien et Patrick Chila à laquelle on a assisté. Le peuple australien et la ville de Sydney sont également tellement magiques que cela a été une expérience de dingue. Pékin était différent : c’était surtout le fait de m’être qualifié. Mon père était très malade, je le savais condamné et je me doutais qu’il ne pourrait pas voir les Jeux. Les Jeux avaient lieu en Chine, qui est pour nous la Mecque du ping-pong. L’objectif était alors plus de se qualifier pour les Jeux que de vivre les Jeux.

Lors des Jeux Olympiques de Sydney en 2000, vous avez terminé cinquième du double avec Damien Eloi. Avec le recul, quel est sentiment qui domine : la satisfaction d’une belle place d’honneur ou bien la déception de ne pas avoir obtenu de médaille ?

On a perdu en quarts-de-finale contre les champions olympiques. Mais dans mon palmarès, c’est une ligne que je ne mentionne jamais parce qu’on sait qu’on ne retient que les médaillés aux Jeux. Perdre au premier tour ou perdre en quarts-de-finale contre les futurs vainqueurs, c’est quasiment la même chose. C’est un peu triste à dire mais c’est malgré tout la vérité : vous remportez une médaille et vous avez alors tous les honneurs, que ce soit au club France, dans la presse ou à la télévision, mais si vous êtes éliminé en quarts-de-finale, personne ne le sait sauf si on épluche les compte-rendus. C’est un peu difficile mais on sait que notre discipline est comme ça. Et puis surtout, il n’y a que trois médailles à gagner dans notre sport. Quand on voit qu’un nageur peut gagner huit médailles d’or sur la même olympiade, ça laisse pantois. Nous, on doit lutter contre la Chine, la Corée et le Japon, qui sont des nations incroyablement fortes, et on ne peut récupérer qu’une médaille sur les trois à aller chercher…

Vous comptez plusieurs médailles à votre palmarès, particulièrement dans les compétitions par équipe. Quelle est celle dont vous êtes le plus fier ?

Je pense que c’est le premier titre avec l’équipe de France en 1994, quand on a battu la Suède. On n’était pas favori et c’était la première fois qu’on gagnait. Et puis c’est moi qui ai joué la dernière rencontre, que ce soit en demi-finale ou en finale. Être porté par les autres à la fin du match, c’est un souvenir incroyable ! Quand j’ai envie de me remettre un peu en confiance, je regarde souvent ces images-là.

Vous avez connu l’âge d’or du tennis de table français puisque vous formiez un quatuor très performant avec Jean-Philippe Gatien, Patrick Chila et Damien Eloi. Sentez-vous que vous avez du coup un rôle particulier à jouer auprès de la nouvelle génération de pongistes français ?

Oui, j’en suis sûr. Avec Patrick et Damien, on est persuadé qu’on a un rôle à jouer. Il ne s’agit pas seulement d’un rôle de grand frère. On est sans doute aujourd’hui les plus légitimes pour non pas seulement les entraîner, mais aussi pour les amener au très haut niveau. Bien sûr, il va falloir qu’on se forme pour être très compétents, mais on a un plus par rapport aux autres : on a été joueur et on connaît le très haut niveau. Je pense que ce n’est pas un hasard si les joueurs asiatiques sont coachés par des anciens champions. A mon avis, les joueurs ont besoin de ça.

Vous avez actuellement 39 ans. Avez-vous déjà une idée de quand vous souhaitez mettre un terme à votre carrière et avez-vous préparé votre reconversion ?

Je n’ai pas préparé ma reconversion. J’ai pas mal d’idées là-dessus. Je me suis toujours dit que tant que je jouais au niveau international, ce serait difficile de commencer à mettre autre chose en place. Cette année, il y a les Championnats du monde à Paris et ce serait peut-être sympa de terminer là-dessus. J’aurai alors 40 ans. Mais après coup, si je me qualifie, j’aurais peut-être envie de continuer parce que ça voudra dire que j’ai retrouvé un certain niveau !  Je ne peux toutefois pas cacher que c’est de plus en plus dur de partir de chez moi. J’ai trois enfants et j’ai aussi envie de m’occuper d’eux. Je crois que je commencerai vraiment à penser à ma reconversion quand je ne jouerai plus qu’en club, ce qui pourrait peut-être arriver dès l’année prochaine. Je pense que je me dirigerai alors vers l’entraînement. J’ai envie de partager ce que je fais et je pense que les jeunes en ont aussi besoin.

Merci beaucoup Christophe pour votre disponibilité !

Crédit 3e photo : V. Kovacs

La carrière de Christophe Legoût en quelques lignes :

Christophe Legoût remporte sa première médaille internationale en 1994 en devenant champion d’Europe par équipe avec la France. Un an plus tard, il prend le bronze par équipe aux Championnats du monde. Il participe en 1996 aux Jeux Olympiques d’Atlanta. Cette même année, il devient vice-champion du monde et d’Europe par équipe. C’est en 1999 qu’il obtient le meilleur classement de sa carrière, atteignant le 14e rang mondial.

En 2000, il dispute les Jeux Olympiques de Sydney. Associé à Damien Eloi, il est éliminé en quarts-de-finales et termine 5e du tournoi de double. Lors des Jeux Olympiques de Pékin en 2008, il est éliminé au premier tour. Au niveau national, il remporte trois titres de champion de France de simple (2005, 2010 et 2011).

En 2012, il ne parvient pas à se qualifier pour les Jeux Olympiques de Londres. Actuellement classé 112e mondial, Christophe Legoût va tenter de se qualifier pour les Championnats du monde 2013 qui auront lieu à Paris.

Pour en savoir plus sur Christophe, visitez son site officiel : www.christophelegout.com