Interview de Diane Bui Duyet

(natation)

12 décembre 2009, Istanbul : Diane Bui Duyet bat le record du monde du 100 m papillon en petit bassin. Depuis, cette marque n’a toujours pas été battue. Près d’un an après cette performance historique, elle a gentiment accepté de revenir pour nous sur sa carrière marquée également par trois médailles aux Championnats d’Europe.

Diane, tu as battu le record du monde du 100 m papillon en petit bassin lors des Championnats d’Europe d’Istanbul, en décembre 2009. A l’époque, t’attendais-tu à battre ce record ou bien cela a un peu été une surprise ?

« C’était dans mes objectifs. Au mois de novembre, lors de la Coupe du monde en Suède, j’ai battu le record d’Europe et l’Australienne qui a fini juste devant moi a battu le record du monde. Il restait une compétition, les Championnats d’Europe en petit bain, et avec mon entraîneur, on s’est dit : « pourquoi pas ? ». On est donc partis sur ce challenge. Et la veille de ce record, on s’est dit que c’était tout à fait faisable ! »

Le lendemain de ce record, tu as pris la médaille d’argent de ces Championnats d’Europe en petit bassin sur le 100 m papillon. Ce résultat était-il une déception pour toi ?

« Ce qu’il faut savoir, c’est que mon objectif était de battre le record du monde. C’est vrai que j’aurais dû également penser à la finale et à la place. Mais en sortant de la demi-finale et de mon record du monde, j’ai dit à mon entraîneur : « c’est bon, c’est fait, je peux rentrer à la maison ! ». Evidemment, ça ne se fait pas (rires) ! Je n’étais donc malheureusement pas suffisamment concentrée ou pas assez dans le coup. Le record du monde me satisfaisait largement. Je suis contente de ma médaille d’argent. Mais c’est vrai que quand on réalise un objectif, il faut aussi quasiment tout de suite se remettre dans le bain et penser à ce qu’on peut faire derrière. »

Les mois suivants le record du monde ont-ils été difficiles à gérer pour toi ?

« Ce n’était pas vraiment le record du monde et les mois suivants qui ont été particulièrement difficiles, mais le début de saison. Pour resituer un petit peu, je suis rentrée des Championnats du monde de Rome où j’ai fini septième du 50 m papillon et là, mon club m’a dit : « on ne peut pas te garder ». J’ai donc eu un peu de mal parce qu’il fallait que je me reloge, que je me trouve un nouveau club… En fait, c’était toute une logistique à réavoir pour pouvoir faire une passion, qui est la natation. Ce n’était pas forcément évident.

Après vingt ans de natation, j’ai un peu remis certaines choses en question. Je viens d’une île, la Nouvelle-Calédonie, où le côté humain est important et les convictions sur le sport également. C’est vrai que l’année dernière, ma saison a été délicate à démarrer et m’a demandé énormément d’énergie. Je pense d’ailleurs que le record du monde est aussi une revanche. Mais j’en ai laissé des plumes quasiment toute la saison d’après ! »

En 2009, tu as terminé septième du 50 m papillon des Championnats du monde de Rome. Etait-ce un aboutissement pour toi d’atteindre cette finale mondiale en grand bassin ?

« Oui. C’était une belle aventure. J’avais déjà participé aux Championnats du monde, mais je n’avais jamais fait de finale au niveau international en grand bassin. Arriver à ce niveau et côtoyer celles que l’on voit dans les journaux ou à la télé, ça fait vraiment plaisir ! C’était la suite d’un bel acheminement de trois ou quatre années de travail avec Maxime Cornillier (son entraîneur, ndlr) mais aussi de tout mon parcours sportif. »

Comme tu es née en Nouvelle-Calédonie, tu participes également tous les quatre ans aux Jeux du Pacifique, dont tu es l’athlète la plus titrée tous sports et pays confondus (32 médailles d’or). Les Jeux du Pacifique sont-ils une compétition qui te tient particulièrement à cœur ?

« Ca me tient très, très à cœur ! C’est l’une des seules compétitions que l’on ait où l’on peut représenter ses origines. Cette compétition est fabuleuse notamment pour les valeurs humaines. On retrouve sur une quinzaine de jours, toutes disciplines et toutes îles confondues, une vraie notion du Pacifique, du partage, de la joie de vivre… J’adore ! C’est une compétition qui me tient vraiment à cœur et c’est aussi le moyen pour moi de remercier mes parents et les personnes qui m’ont soutenue depuis un certain temps, et de porter au plus haut les couleurs de ma petite île ! »

En cette fin d’année ont lieu les Championnats d’Europe et du monde en petit bassin mais tu n’as pas été retenue par la Direction Technique Nationale. Comprends-tu cette décision ? Comment as-tu réagi en apprenant cela ?

« Je m’en doutais dans le sens où étant donné les résultats que j’ai pu faire en grand bassin, il se pouvait que je ne sois pas qualifiée ni pour l’une, ni pour l’autre des compétitions. C’est un combat sur lequel je bataille tout le temps. Je pose à chaque fois la question à la direction fédérale : une sélection en grand bain pour pouvoir faire une compétition en petit bain ? On est l’un des rares pays à ne pas faire la part des choses. Je suis triste de ne pas pouvoir défendre mes qualités et mon record aux Championnats du monde en petit bain. Mais ce sont eux les chefs, pas nous ! »

Pour l’instant, tu n’as pas pu participer aux Jeux Olympiques. Les JO de Londres en 2012 sont-ils du coup ton grand objectif de fin de carrière ?

« J’ai appris à aller année par année. J’ai déjà commencé à me mettre dans la course à la qualification aux Championnats du monde de l’année prochaine, disputés au mois d’août. Et puis on verra par la suite ce qu’il en est ! Il y a tellement de variantes qu’on ne maîtrise pas et dans lesquelles nous n’avons pas le pouvoir de décision que finalement, c’est bien d’avoir des objectifs, mais c’est bien aussi de pouvoir vivre et être heureux à côté, et de ne pas forcément en faire toute une montagne si jamais ça n’arrive pas ! »

Tu es toujours détentrice du record du monde et l’interdiction des combinaisons le rend encore plus difficile à battre. Accordes-tu une importance particulière à ce que ton record reste le plus longtemps possible en vigueur ?

« Les records sont faits pour être battus. Ca me fait plaisir qu’il puisse être maintenu encore un petit temps. Mais maintenant, on est passé aux combinaisons en tissu et il ne va pas non plus falloir longtemps pour pouvoir le battre, dans le sens où l’adaptation peut être relativement rapide. D’ici un an, un an et demi ou deux ans, quelques records seront battus. Et c’est le but du jeu ! Donc s’il tient jusqu’à la fin de l’année, ce serait déjà bien ! »

Merci beaucoup Diane pour ta gentillesse et bonne chance pour la suite !

La carrière de Diane Bui Duyet en quelques lignes :

Spécialiste du papillon (50 m et 100 m), Diane Bui Duyet se distingue dès 1991 lors des Jeux du Pacifique, dont elle est actuellement l’athlète la plus titrée, tous sports et pays confondus, avec 32 médailles d’or. En 2002, elle prend la 8e place du 50 m papillon des Championnats du monde en petit bassin. Trois ans plus tard, elle participe aux Mondiaux en grand bassin (21e du 100 m papillon).

Lors des Championnats d’Europe en petit bassin disputés en 2008 à Rijeka (Croatie), elle remporte deux médailles : l’argent en 100 m papillon et le bronze en 50 m papillon.

En 2009, elle termine 7e du 50 m papillon des Championnats du monde en grand bassin, disputés à Rome. Le 12 décembre, elle bat le record du monde du 100 m papillon en petit bassin lors des Championnats d’Europe d’Istanbul. Le lendemain, elle prend la médaille d’argent sur cette distance. Actuellement âgée de 30 ans, Diane Bui Duyet détient toujours le record du monde avec sa marque de 55 sec 05.