Interview d’Ingrid Jacquemod

(ski alpin)

Avec trois participations aux Jeux Olympiques et six aux Championnats du monde, Ingrid Jacquemod a marqué le ski alpin français des années 2000. Retraitée depuis 2011, elle nous donne de ses nouvelles et revient sur sa carrière.

Ingrid, tu as arrêté ta carrière en 2011, à l’âge de 32 ans. Peux-tu tout d’abord nous donner de tes nouvelles ? Quelles ont été tes principales activités de reconversion depuis ?

J’ai rangé mes skis de compétitions il y a deux ans, et je suis engagée dans un nouveau métier et un nouveau challenge au sein de la marque de Quiksilver Roxy. Je suis attachée commerciale Roxy dans tout le secteur des Alpes et plus particulièrement dans les stations de ski. J’ai enchaîné assez rapidement après la fin de ma carrière sportive dans le groupe Napali où l’on m’a fait confiance. J’ai aussi été accompagnée par l’Ecole de Sciences Po à Paris pour un bilan de compétences et ensuite un accès à des formations complémentaires.

Je suis très attachée à ma station de Val d’Isère dont je suis l’ambassadrice et je viens récemment d’être élue présidente de la section ski de mon club des sports à Val d’Isère. C’est un rôle qui me tient à cœur car je dois toute ma carrière de skieuse à mon club qui m’a formée dès le plus jeune âge. Et bien évidemment, je continue de skier !

Après avoir passé quinze ans sur le circuit mondial, les premiers mois suivants ta fin de carrière ont-ils été particulièrement difficiles à gérer ? Le ski de compétition ne t’a pas trop manqué au début ?

Il est évident que c’est une transition assez importante dans une vie. Ce qui m’a le plus marquée, c’est le changement de rythme de vie. Il a fallu trouver des nouveaux repères dans une vie un peu plus sédentarisée.

Au début, le sport m’a beaucoup manqué. Maintenant, je suis en « désintoxication » : j’arrive à pratiquer sans forcément rechercher une forte intensité ! En ce qui concerne la compétition, j’ai vraiment tourné la page lorsque j’ai décidé d’arrêter, et si j’arrive à avoir ma dose de ski régulièrement, alors tout va bien !

Au cours de ta carrière, tu as signé six podiums de Coupe du monde dont une victoire en descente en 2005 à Santa Caterina. Raconte-nous comment tu as vécu cette victoire à l’époque ?

Même si cela faisait un moment que je tournais autour des podiums, cette victoire en descente ce jour-là a été un peu inattendue pour moi. Je ne me sentais pas forcément la plus conquérante. C’était une descente assez technique avec beaucoup de vitesse. Nous avions couru la veille et je n’avais terminé seulement quatorzième. Je pense « simplement » que ce jour-là, j’ai réussi à lâcher prise. Tout s’est fait d’une façon très fluide, tout en étant très à l’attaque. J’étais assez fière car c’était un beau podium, en compagnie de Renate Goetschl et de Carole Montillet. Je regrette juste de ne pas avoir fêté la victoire du fait qu’on était tous très malades et que tout le groupe était éparpillé dans des hôtels différents…

Tu as participé à toutes les grandes compétitions mondiales entre 2001 et 2011, ce qui représente trois Jeux Olympiques et six Championnats du monde. Cette régularité au plus haut niveau est-elle finalement une fierté plus importante que les podiums obtenus ?

Pendant ma carrière, j’ai toujours rêvé de médailles. Etre sur la première marche d’un podium est la concrétisation de tout le travail effectué en amont. C’est une satisfaction personnelle mais aussi une reconnaissance dans le monde du ski et au-delà. J’ai la sensation d’avoir vécu pleinement mes années en Coupe du monde. Aujourd’hui, je ne retiens pas spécialement mes résultats obtenus. La vie de sportif de haut niveau est tellement enrichissante, faite de victoires et aussi d’échecs, de moments difficiles, de solitude même parfois, et aussi de partage, de rencontres et d’échanges. C’est cet aspect-là que je retiens de ma carrière et qui a forgé mon caractère aujourd’hui, autour des valeurs du sport.

Avec un peu de recul, quelle édition des Jeux Olympiques t’as la plus marquée : Salt Lake City 2002, Turin 2006 ou Vancouver 2010 ?

Les Jeux de Salt Lake étaient mes premiers. C’était carrément d’une autre dimension, comparé au circuit de la Coupe du monde !

Comme tu étais une spécialiste de la vitesse, tu as pu participer trois fois à l’épreuve reine des JO : la descente. De l’intérieur, as-tu senti que cette course en particulier était vraiment différente des autres ?

Pour moi, la descente est « LA » discipline ! Il y a une atmosphère particulière autour de cette discipline. C’est complet : il y a la technique, la vitesse, les sauts, l’engagement, la glisse, etc… J’ai toujours beaucoup aimé l’adrénaline que j’avais au départ d’une descente.

En 2009, tu as participé aux Championnats du monde organisés dans ta station, à Val d’Isère. Penses-tu que cela a finalement été une pression supplémentaire expliquant que tu n’aies pas réussi à y briller (15e du combiné, 19e du Super-G et 20e de la descente) ?

Le mondiaux à Val, à la maison, ont été assez difficiles à gérer pour moi. J’ai tellement voulu bien faire que j’en ai oublié l’essentiel : skier ! Plus qu’un échec sportif, ça aura été une vraie épreuve à passer. J’ai malgré tout réussi à finir la saison correctement par la suite. C’était important pour moi de relever la tête.

Si tu devais choisir un meilleur souvenir de toute ta carrière, lequel serait-ce ?

Mon meilleur souvenir en Coupe du monde reste mes deux dernières saisons sur le circuit. Les résultats étaient là, et ce que je retiens le plus est la manière d’aborder les courses et la vie « extra » ski. J’ai beaucoup passé de moments avec les filles d’autres nations, qui sont restées des amies aujourd’hui. On a tout simplement profité de la vie exceptionnelle que nous offrait le ski de haut niveau !

Merci beaucoup Ingrid et bravo pour l’ensemble de ta carrière !

Crédits photos : Panoramic (photo 2)

La carrière d’Ingrid Jacquemod en quelques lignes :

Spécialiste des épreuves de vitesse, Ingrid Jacquemod participe à ses premiers Championnats du monde en 2001, terminant 26e de la descente et 21e du Super-G. Un an plus tard, elle est sélectionnée aux Jeux Olympiques de Salt Lake City (23e de la descente et 22e du Super-G).

En janvier 2005, elle remporte l’épreuve de Coupe du monde de descente de Santa Caterina. Cette même année, elle prend notamment la 5e place de la descente et le bronze de l’épreuve par équipe des Championnats du monde. En 2006, elle participe aux Jeux Olympiques de Turin (16e de la descente, 21e du slalom géant et 32e du Super-G).

Lors de la saison 2009-2010, elle signe trois podiums de Coupe du monde et participe une nouvelle fois aux Jeux Olympiques, à Vancouver (10e du Super-G et 22e de la descente). Après une sixième participation à des Championnats du monde, Ingrid Jacquemod met un terme à sa carrière en 2011, à l’âge de 32 ans.