Interview d’Isabelle Blanc

(snowboard)

Isabelle Blanc a tout gagné en snowboard. Championne olympique à Salt Lake City en 2002, elle a également remporté deux titres de championne du monde. Pour interviewsport.fr, elle revient sur sa riche carrière arrêtée après les JO de 2006.

Isabelle, vous avez un palmarès impressionnant en snowboard. A quel moment a été le déclic psychologique qui a véritablement lancé votre carrière ?

C’est les Championnats du monde junior, à Rogla (en Slovénie, elle y a remporté le titre en 1994, ndlr). Avant, je faisais du ski : on courrait face au tracé, sans personne à côté. Là, c’était une course en parallèle et ça a vraiment été le déclic. C’était un mode de compétition qui me convenait !

Lors des Jeux Olympiques de Nagano en 1998, vous avez chuté à la dernière porte alors que vous étiez en tête sur les temps intermédiaires. Avez-vous mis du temps à digérer cette mésaventure ?

Oui, j’ai mis pas mal de temps. Certes, je suis devenue championne du monde et vice-championne du monde l’année suivante, donc ça a été… Mais c’est arrivé sur des Jeux Olympiques. Pour des sports mineurs comme le notre, si on veut espérer avoir des partenaires pour pouvoir continuer plus tranquillement sa préparation, c’est le moment où il ne faut pas se rater. Et c’est là que je suis passée à côté. L’année qui a suivi a été une grosse remise en question et sans ça, je ne serais pas arrivée sur la première marche du podium en 2002. Donc finalement, c’était une bonne chose. Mais oui, j’ai mis du temps !

En 2002, vous êtes devenue championne olympique à Salt Lake City. Racontez-nous comment vous avez vécu ce titre ?

Il y a eu beaucoup de joie sur le moment. La chute en 1998 et la victoire en 2002, ce sont deux choses très fortes émotionnellement. Pour tout événement très fort comme cela, il faut du temps. Il m’a donc fallu aussi deux ou trois ans pour digérer la médaille : ça va tellement vite, il y a tellement de bonnes choses, peut-être même trop de bonnes choses d’un coup, alors que pendant des années, on était dans un rythme assez cool…

Il a fallu s’adapter à l’image que j’avais donnée à ce moment-là, qui ne correspondait pas forcément à ce que j’étais par la suite. Il y a des moments de doute, des moments de remise en question, et les gens projettent sur nous l’image qu’ils ont vue sur les télés, des images de victoire et de joie. Or, quand on les rencontre, on n’est parfois pas dans cet état d’esprit-là. Il y a donc des moments qui sont particuliers.

Comme je l’ai dit, pour toute émotion forte, il faut du temps pour digérer. Quand c’est comme à Nagano, il y a une remise en question qui permet de se reconstruire. Alors que la médaille, ce n’est que du bonheur. Du coup, je n’ai pas eu forcément de remise en question derrière. Il n’y a donc pas eu le même travail qu’après Nagano.

Qu’est-ce qui a changé dans votre vie après ce titre olympique ?

Dans ma vie personnelle, pas forcément grand chose, si ce n’est qu’on m’ouvrait plus de portes. Mais c’est surtout le regard des gens qui a changé. A ce moment-là, quand on est encore dans la vague, qu’on se présente et qu’on a un titre olympique, ça positionne les choses et ça donne des facilités.

Aujourd’hui, maintenant que je suis dans ma reconversion, je dirais qu’il y a autant de plus que de moins. En effet, j’ai une carte de visite avec mon titre olympique, mais je ne suis plus dans ce monde de neige et de snowboard. Je fais d’autres activités et j’ai l’impression qu’on me demande de faire encore plus mes preuves parce qu’on me connaît pour une chose mais pas pour une autre !

Vous avez gagné cinq médailles lors des Championnats du monde. Parmi toutes ces médailles, y-en-a-t-il une qui vous a procuré plus d’émotion que les autres ?

Oui, celle de Berchtesgaden, en Allemagne. C’était en 1999, l’année qui a suivi les Jeux de Nagano. Ces Championnats du monde étaient importants pour moi car c’était une façon de montrer que j’avais le niveau à Nagano. J’ai joué de la guitare sur le podium et j’ai chanté sur la place de Berchtesgaden… Ca a été un très bon souvenir !

Il y a également Kreischberg, où j’ai couru en finale avec Karine Ruby. C’était en 2003. La finale en elle-même ne s’est pas bien passée car on chute toutes les deux. Finalement, les juges vont autoriser cette victoire. C’est un bon souvenir aussi car on s’est retrouvé en finale aux Championnats du monde après les Jeux de Salt Lake City !

Avez-vous été un moment tentée de vous lancer dans le boardercross, comme l’ont fait par exemple Karine Ruby ou Julie Pomagalski ?

A un moment donné, oui. J’ai vu arriver cette discipline et je me suis dit que j’allais essayer. Mais j’ai vite compris que ce n’était pas pour moi. Je ne suis pas du tout à l’aise en l’air, donc à force de faire tomber mes coéquipières ou les filles avec lesquelles je courrais en écartant les bras en l’air, j’ai arrêté ! (rires)

A quel moment avez-vous décidé d’arrêter votre carrière et pourquoi ?

C’était quelque chose qui était écrit dans ma tête depuis longtemps. Le snowboard est devenu olympique en 1998, puis il y a eu les Jeux de Salt Lake en 2002, et ensuite on a su que cela se passerait à Turin. Je m’étais dit que je ferais trois olympiades dans trois continents différents. J’ai fait le Japon, les Etats-Unis et l’Europe. Turin est à côté de l’Alpe d’Huez, c’était donc près de chez moi, et je m’étais mise en tête d’arrêter après ces Jeux-là. Ca s’est exactement passé comme ça !

Comment avez-vous vécu les JO de Turin, étant donné que vous étiez à la fois championne olympique en titre et que c’était votre dernière grande compétition ?

Pas très bien. Je crois que Turin, ce n’était pas pour moi. Je m’étais bien préparée, j’avais fait ce qu’il fallait et j’étais revenue au meilleur niveau. Mais je pense que je me suis un peu trompée d’objectif. Mon objectif était de revenir au meilleur niveau, et à partir du moment où je suis remontée sur les podiums en début de saison, j’étais prête et ne n’attendais plus que les Jeux. Or, l’attente des JO a été trop longue. Je me suis épuisée et je n’ai pas réussi à exprimer ce que j’avais appris pendant ces périodes d’entraînement et ces courses de début de saison. Je suis donc passée vraiment à côté… Je pense que j’avais le potentiel technique de faire quelque chose mais je me suis épuisée avant d’arriver à la date des Jeux !

Depuis l’arrêt de votre carrière, que devenez-vous ? Comment se passe votre reconversion ?

La reconversion, c’est une nouvelle vie. Je m’intègre donc dans un réseau professionnel. Aujourd’hui, j’ai plusieurs activités. Tout d’abord, j’encadre des séminaires : comme certains athlètes, je fais des parallèles entre les motivations, les objectifs et d’autres choses que l’on peut avoir dans une entreprise. Je fais donc des interventions autres que de l’encadrement sur la neige. C’est la partie qui est très proche de mon titre olympique.

Ensuite, ce qui n’a rien à voir : j’ai aujourd’hui une société de production audiovisuelle. Je me suis associée avec quelqu’un qui a un très bon niveau concernant la réalisation et le montage de films, qu’ils soient publicitaires, documentaires ou autres. Il y a un magasin à l’Alpe d’Huez.

Merci beaucoup Isabelle pour votre gentillesse et votre disponibilité !

La carrière d’Isabelle Blanc en quelques lignes :

Isabelle Blanc devient en 1994 la première championne du monde junior de l’histoire du snowboard. En 1998, elle participe aux Jeux Olympiques de Nagano. Mais après avoir signé le 2e temps de la première manche, elle chute à la dernière porte de la seconde manche. L’année suivante, lors des Championnats du monde, elle remporte l’or sur le slalom géant et l’argent sur le slalom parallèle. En 2001, elle gagne deux nouvelles médailles d’argent lors des Championnats du monde (en slalom parallèle et slalom géant).

Elle atteint le sommet de sa carrière en devenant championne olympique à Salt Lake City en 2002. En finale du slalom géant parallèle, elle bat sa compatriote Karine Ruby. Cette même année, elle remporte aussi la Coupe du monde.

Isabelle Blanc devient de nouveau championne du monde en 2003, en slalom parallèle. En 2006, elle participe à ses troisièmes Jeux Olympiques mais est éliminée en 8e de finale. Elle arrête sa carrière quelques semaines plus tard, à l’âge de 30 ans.

Pour en savoir plus sur Isabelle, visitez son site officiel : isabelleblanc.fr