Interview de Loïc Costerg

(bobsleigh)

Loïc Costerg est actuellement le meilleur pilote de bobsleigh en France. Lors des Jeux Olympiques de Sotchi en février dernier, il a notamment pris la dix-septième place avec ses coéquipiers du bob à 4. Il revient pour nous sur ses souvenirs des JO, les particularités de son rôle de pilote et sa nouvelle structure pour la saison prochaine.

Loïc, tu as participé en début d’année à tes premiers Jeux Olympiques, terminant 17e du bob à 4 et 20e du bob à 2. Ces performances ont-elles répondu à tes objectifs ?

Oui, ces performances ont répondu à nos objectifs pour nos premiers JO. Au classement international, on était arrivés à Sotchi avec la 17e place du bob à 2 et la 21e place du bob à 4. L’objectif était alors de rentrer dans le top 20 en bob à 4 et de rester dans le top 20 en bob à 2. Les objectifs ont donc été atteints. Pour nous, la médaille d’or était en quelque sorte la quinzième place. Il faut savoir qu’on a terminé deuxième petite nation en bob à 4 : devant nous, il y avait les Tchèques à un centième de seconde et sinon, les nations devant étaient le Canada, les Etats-Unis, la Russie ou l’Allemagne. On est donc vraiment satisfaits de nos résultats, surtout en bob à 4 !

Il s’agissait de tes premiers Jeux Olympiques. Qu’est-ce-qui t’as le plus marqué lors de ces Jeux Olympiques de Sotchi ?

Le premier grand moment, c’est l’entrée dans le stade lors de la cérémonie d’ouverture. Pour un athlète, c’est grandiose de rentrer dans un stade plein de 40 000 personnes. Il n’y a jamais autant de monde autour des pistes de bob et on n’est pas du tout habitués à ça. Le deuxième grand moment, c’est l’arrivée de notre course en bob à 4. Nos objectifs sont alors plus qu’atteints et c’est l’explosion de joie !

Le bobsleigh en France est assez peu développé et soutenu. Raconte-nous un peu la course à la qualification pour les Jeux Olympiques : cela avait-il été particulièrement difficile ?

La première condition pour avoir son ticket pour les Jeux Olympiques est d’être dans le top 30 mondial. Mais ensuite, la Fédération et le Comité National Olympique et Sportif Français peuvent mettre des critères plus difficiles que ce top 30 pour accéder aux Jeux Olympiques. On n’a jamais vraiment su les critères de la Fédération et du CNOSF.

Dès le mois de décembre, on était sûrs d’être dans le top 30 à la fois en bob à 2 et en bob à 4. On avait donc décroché notre ticket au niveau des critères internationaux. Mais c’était encore l’inconnu pendant tout le mois de janvier parce qu’on ne savait pas trop ce que la Fédération et le CNOSF voulaient faire. L’attente a été très longue. Finalement, ils sont restés sur les mêmes critères internationaux et on a été retenus. Le jour où on a vu nos noms sur les listes du CNOSF, c’était un soulagement et ça faisait plaisir !

A la fin de ces Jeux Olympiques, t’es-tu tout de suite projeté avec ton équipe sur les Jeux Olympiques de Pyeongchang 2018 ?

Pendant les quatre années précédant les Jeux de Sotchi, on n’avait que très peu d’aides de la Fédération et des instances nationales. On est arrivés à ce niveau-là grâce à mon club, à la station de la Plagne, à des partenaires et à des investissements de notre propre équipage. On a quand même passé quatre ans sans entraîneur : quand on se déplaçait sur le circuit, on n’était que quatre athlètes.

Après les JO de Sotchi, on était contents de nos résultats. On a prouvé qu’on pouvait faire quelque chose. Avec les pousseurs, on s’est dit que ce serait super de pouvoir continuer. Il n’y avait vraiment rien, aucun programme, et on s’est donc dit qu’on ne pouvait qu’avoir mieux. Mais après les JO de Sotchi, on n’a pas eu les réponses tout de suite. On a attendu jusqu’au mois de septembre pour savoir qu’on allait repartir pour au moins la saison 2014-2015.

C’est à ce moment-là que la Fédération a annoncé créer une structure autour de toi pour le bobsleigh. Peux-tu nous en dire plus ?

Ça a été officiel début septembre. La Fédération s’est engagée à prendre en charge la saison prochaine d’un point de vue logistique (transports et hébergement). Elle va aussi aider à la mise en place d’un manager-entraîneur. Elle finance cette structure autour d’un seul équipage de bobsleigh dont je suis le pilote. On repart donc pour au moins une saison, en attendant la convention d’objectifs avec le Ministère qui doit être signée en décembre.

Quel est le meilleur souvenir de ta carrière à ce jour ?

Je dirais que c’est mon premier et seul top 10 en Coupe du monde. C’était il y a deux ans à Altenberg (Allemagne), pour notre première saison en Coupe du monde. On y a fait deux top 10, en bob à 2 et en bob à 4. C’est un très bon souvenir. Ca faisait quinze ans qu’il n’y avait pas eu de bob français dans les 10 premiers d’une Coupe du monde. C’est à partir de ce moment qu’on s’est dit qu’on pouvait vraiment faire quelque chose.

Le pilote a un rôle primordial dans la course. De ce fait, tes entraînements et ta préparation d’avant course diffèrent-t-ils de ceux de tes coéquipiers ?

Avant chaque compétition ou entraînement, la grosse différence avec mes coéquipiers (les pousseurs) est que j’arrive plus tôt sur la piste pour la reconnaître. Je marche à pied sur la piste pendant environ une demi-heure pour me remémorer toutes les trajectoires et pour vérifier les conditions de glace, qui vont influer sur les choix matériels et le pilotage. En effet, à 120 km/h dans le bob, il faut que tout vienne naturellement. Pendant tout ce travail de repérage d’avant course, je suis dans ma bulle et concentré à 100% sur la descente. Après, environ trois-quarts d’heure avant de partir, il y a tout l’échauffement physique pour la poussée. C’est alors un travail très semblable à celui de mes pousseurs.

Et au niveau de l’entraînement, j’imagine que le pilote a des séances spécifiques ?

On ne peut pratiquer le pilotage sur la piste que l’hiver puisqu’il n’y a pas de piste dans l’hémisphère sud. Je n’ai donc pas d’entraînement plus spécifique sur le pilotage. Il s’agit seulement des descentes d’entraînements et de compétitions l’hiver. C’est un travail d’année en année. Il y a un peu plus d’une dizaine de pistes dans le monde. En une saison, un pilote fait entre 200 et 250 descentes d’une minute, c’est-à-dire que la pratique du pilotage en une saison n’est que de 200 à 250 minutes. C’est uniquement un travail qualitatif.

Un équipage de bobsleigh se compose de deux ou quatre personnes y compris le pilote. Comment se forme l’équipage et qui décide de la sélection ?

Ce qu’on recherche chez un pousseur, ce sont des qualités physiques puisqu’il doit pousser le bob au départ. Il faut réussir à trouver quelqu’un qui associe l’explosivité, la puissance et la vitesse. Ce sont souvent des personnes qui viennent de l’athlétisme : des lanceurs ou des sprinteurs avec des gabarits importants. Sur le bob à 2, on sélectionne généralement le meilleur pousseur. Sur le bob à 4, le plus simple est de prendre les trois meilleurs mais on peut aussi mettre un sprinteur sur le poste du dernier (celui qui freine à l’arrivée) afin qu’il soit capable d’amener la survitesse au bob sur les trois ou quatre dernière foulées.

Jusqu’à présent, c’était moi qui décidais de la sélection. En tant que pilote, j’étais un peu le capitaine de l’équipe. Pour les années futures, ce sera le manager-entraîneur qui choisira.

Quels sont tes objectifs pour cette nouvelle saison ?

Jusqu’au mois d’août, je ne savais pas si je continuais le bobsleigh car on a eu une réponse assez tardive de la Fédération. Nos objectifs sont donc peut-être un peu revus à la baisse par rapport à la sortie des JO de Sotchi parce qu’on n’a pas pu préparer la nouvelle saison aussi bien.

Cette année va être une saison de transition. On a refait des détections de pousseurs pour apporter plus de concurrence au sein du groupe et préparer l’avenir. Nos objectifs sont les Championnats d’Europe qui vont se dérouler fin janvier à la Plagne, à la maison, et les Championnats du monde au mois de mars à Winterberg, en Allemagne. En termes de places, ce serait d’intégrer le top 10 voire le top 8 aux Championnats d’Europe et le top 12 aux Championnats du monde.

Merci beaucoup Loïc pour ta disponibilité et bonne saison !

Crédits photos : Icon Sport (photo 1) et Panoramic (photo 3)

La carrière de Loïc Costerg en quelques lignes :

Pilote de bobsleigh, Loïc Costerg participe aux Championnats du monde Junior en 2011, terminant 5e du bob à 2 et 10e du bob à 4.

En 2013, pour sa première saison en Coupe du monde, il termine 8e du bob à 2 et 10e du bob à 4 lors de l’épreuve d’Altenberg. Cette même année, il prend la 10e place des Championnats d’Europe en bob à 2.

En février 2014, il est sélectionné pour les Jeux Olympiques de Sotchi. En bob à 2, avec Romain Heinrich, il prend la 20e place. En bob à 4, avec Romain Heinrich, Elly Lefort et Florent Ribet, il termine 17e. Aujourd’hui âgé de 27 ans, Loïc Costerg va tenter de continuer sa progression dès cette nouvelle saison.